C’était jour de grand déballage…

« Cet article participe au rendez-vous mensuel « Mots éparpillés » de Margarida Llabres et Florence Gindre, projet inspiré par « Mots sauvages » de Cécile Benoist. »

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C’était jour de grand déballage, de grands rangements, aussi.
Aucune valise, malle, aucun carton n’échappait à la fouille.
Fringues délavées, fripées, gardées au cas où,
Vieux draps, chiffons, vaisselle ébréchée, étalés, sortis de leur anonymat.
Fonds de bouteille, pour transformation chimique,
Souvenirs informes, disloqués, tout était passé en revue, contemplé,
Je garde, ça pourra servir; et puis à quoi bon; jeter, plutôt que garder pour entasser dans un carton.
J’ai besoin de faire la place; pour d’autres souvenirs dérisoires.
C’était jour de grand déballage, de grands désordres aussi.
Un rouleau d’affiches, rebords effilochés , cirques, festivals de musique, expositions.
Et celle-là, qui a bien pu l’apporter; et surtout la ficeler avec toutes les autres.
« Place des Moulins »…pourquoi, pourquoi ces étoiles, deux étoiles de David…
Et pourquoi…ces traductions, pour qui?
Je ne reconnais pas cette écriture…David, qui est-il? Non, qui sont-ils?
Ou bien est-ce une place classée, classée comme un restaurant, ou un hôtel?
Et si « Place des Moulins » était un hôtel ou un restaurant deux étoiles?
Oui, mais on n’aurait pas traduit sa dénomination.
Et puis ce…c’est pour un rallye. Aurais-je participé à un rallye?
C’était jour de grand déballage, de grands égarements aussi.
Je crois me rappeler; ce n’était pas un rallye, non.
C’était, c’était…une vente, un vide-grenier, peut-être?
Tu aurais de quoi en refaire un, avec tout ce que tu gardes.
Non, pas un vide-grenier, alors quoi?
Il y avait quelque chose à vendre, c’était dans l’air,
David, mon jumeau, ma moitié, mon double, je te revois, sur la place.
Nous avions fabriqué des moulins, il y en avait de toutes les dimensions, de toutes les couleurs.
Nous les avions plantés dans ce village abandonné.
Nous attendions, quoi, qui, jeunes, perdus, innocents.
Nous attendions papa, l’inscription en allemand, était pour lui,
Celle en français, était pour maman.
On nous avait dit, ils vous cherchent. Allez, là bas, au village.
Ils ne nous ont jamais retrouvés.
Tu m’as dit: « Je pars à leur rencontre. Attends-moi là. »
Tu m’as laissée seule, les moulins tournaient joyeusement, froufrou des ailes animées par le vent.
Où êtes-vous? Ma maison, je l’ai baptisée « Nice Square », un jour vous saurez.

Vous verrez: la flèche est toujours là; il vous suffira de la suivre pour…
Pourquoi doit-on se retrouver Place des Moulins?
Cette place, je ne m’en souviens plus, jolie place pour maman, niedliches Vorplatz pour papa.
David, reviens! J’ai peur. Les moulins se sont arrêtés de tourner. Je les entends grincer.
C’était jour de grand déballage, et de grands tourments, aussi

 

 

Catégories : Jeux d'écriture | 6 Commentaires

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6 réflexions sur “C’était jour de grand déballage…

  1. que dire !

  2. Pingback: Mots éparpillés : Juin 2015, le dernier avant l’ebook ! | FG - Florence Gindre

  3. Tu as décidémment l’art des débuts anodins et des fins qui clouent le bec du lecteur !
    (un dodo, le bec cloué)

  4. Un texte qui nous entraine au fur et à mesure de la lecture ! Bravo

  5. Cela évoque de biens étranges souvenirs d’une certaine période.

  6. Les larmes me viennent aux yeux… tes mots « Les moulins se sont arrêtés de tourner » me rappellent une chanson de Nana Mouskouri: « Dans le soleil et dans le vent »…

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