ANTHOLOGIE EPHEMERE

Entrez, c’est ouvert.

Ecrit pour la cinquième anthologie éphémère, « orchestrée » par Quichottine

Cette fois il sera question des Possibles Voyages des personnages que chaque auteur aura choisi.

Humain, animal, végétal, minéral… tout est possible, le monde est vaste.

L’important est de nous faire rêver.

Entrez, c’est ouvert.

  • LINE OLÉUM?
  • Oui, c’est moi.
  • Vous?
  • Oui, moi!
  • Avancez- Stop- Tournez-Revenez-Ne bougez plus!

Perchée sur des talons aiguilles, je me sens figée, épinglée comme un insecte. J’ai chaud, j’ai trop chaud; papillon sans ailes, je tournoie, je bascule, ne sais où m’accrocher.

  • Qu’est-ce qu’elle fiche? Comprends pas le français, ou quoi? Astuce, fais quelque chose!
  • A-a-a-atchoum!

Sans m’en rendre compte, je sors un mouchoir de ma poche, le tends à Astuce. « Oh, mademoiselle, je n’oserai jamais! Un si beau mouchoir, et il sent si bon! »

  • Bon, c’est fini. Astuce, mouche-toi, avec ce que tu veux, avec tes doigts, je m’en fiche, on n’est pas là pour discuter chiffon, rhume…

C’est alors que le mouchoir s’envole, va se plaquer sur le visage de Raideuse. Celle-ci tente de se dépêtrer du mouchoir, qui lui colle à la peau, tel un chewing-gum. Raideuse souffle en vain, on voit sa bouche en cul de poule se déformer sous l’effort, joues enflées, yeux exorbités, billes en furie; le mouchoir gonfle, garni d’air, Raideuse également et nous avons bientôt devant nous un énorme ballon qui bat des mains et des pieds, mais plus pour longtemps.

Astuce me tend la main; j’envoie valdinguer les escarpins, et nous quittons l’espace, courant.

Un peu plus loin, hors d’haleine, nous nous regardons, riant.

  • Tu m’as sauvé la vie. Comment savais tu?
  • Mais je ne savais pas. C’est seulement quand je l’ai aperçue, l’autre, ses grands airs, mes pieds m’ont fait très mal. Alors, voilà, j’ai compris que j’étais tombée dans le piège,et toi, dans une voie sans issue, j’ai juste pensé »Que tout cela est devenu poussiéreux », alors tu as éternué, j’ai trouvé ce mouchoir, oublié depuis des éternités, et hop, nous voici libérés, toi et moi, sortis de ce carcan, les convenances, les habitudes et rituels moisis. Nous sommes libres, Astuce!
  • Mais qui es tu?
  • Comme toi, je viens de la même planète. Je n’avais pas compris ce que je venais faire ici. Maintenant, je sais.
  • Line Oléum, c’est ton nom?
  • Pas exactement. C’est un surnom. Parce que lorsque je trouve le temps long, ou bien que j’ai envie d’oublier, de m’évader, je m’installe sur un linoléum, et je voyage n’importe où, dans mes rêves, dans des magies, des devinettes, je flotte, loin, en apesanteur. D’ailleurs, c’est la seule chose que j’ai emporté dans mes bagages. Si tu veux y prendre place avec moi.
  • Tu n’as pas peur de rencontrer Raideuse. Tu as vu, comme elle a filé là-haut.
  • N’aies crainte. A l’heure qu’il est, elle s’est déballonnée. Elle pique un roupillon quelque part. D’ailleurs, nous allons nous en servir.
  • Quoi? Que? Comment? La mère Raideuse va servir à quoi?
  • Nous allons utiliser l’énergie de ses ronflements pour nous envoler.
  • Et bien, ça alors, tu ne t’appellerais pas Astuce, par hasard?
  • Et oui, le hasard fait bien les choses, parfois. Toi et moi étions faits pour nous rencontrer.

Les Astuces prirent place sur le linoléum,  décollant au même instant, loopings, plongeons à bride abattue, s’envoyant en l’air,  jouant des coudes avec les étoiles, surfant sur une aurore boréale,  tressant un arc en ciel de lauriers…sous les applaudissements du public, venu à leur rencontre, voir et entendre « La véritable histoire d’Astuce et Astuce », mise en scène par Mère Raideuse.

Illustration d’Ellen Guillard

 

 

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