Agenda Ironique

AGENDA IRONIQUE DE JUILLET 2017 TER

Ecrit pour le thème de l’agenda juillettiste, année 2017, proposé par

La perte en une phrase

Avec perte, mais sans fracas

Puisque ici il est question de perte, sachez que, pas plus tard qu’hier, ayant perdu mes lunettes, je me mis, sans perdre de temps, à leur recherche, ce fut peine perdue, car, non seulement je  ne les retrouvais pas, mais, en plus, je faillis perdre la face, me cognant dans une vitre que je n’avais pas vue, ayant perdu mes lunettes, mais cela vous le savez déjà, bref sans lunettes, c’était comme si un brouillard s’étalait, devant moi, à perte de vue, à tel point, qu’à moment donné, j’en perdis mon sang froid, et voilà que je me perdis en conjonctures, heureusement que n’ayant pas fait d’études en lettres classiques, au moins, ne risquais-je pas d’y perdre mon latin (avouez que vous y aviez pensé), et pour couronner le tout, voilà que mon patron m’annonce une perte sèche en dizaines de milliers d’euros et des poussières, que nous allons devoir vendre à perte, mettre la clef sous le paillasson, et moi qui lui répond que sa clef, il peut la mettre où il veut, que je cherche mes lunettes et que je ne finis pas ma phrase, parce que justement mes lunettes, elles étaient sous le paillasson, quel est l’idiot qui les a mises là, il perd rien pour attendre, je vais te lui dire deux mots, et là, ma vue retrouvée, qu’est-ce que je découvre, dans les bras de celle pour qui,  depuis longtemps, j’ai perdu la tête, un autre a pris ma place et j’entends ma femme dire  » Qui va à la chasse, perd sa place, qui revient, trouve un chien », alors je veux lui dire qu’elle se trompe, que je ne suis pas allé à la chasse, mais le chien, enfin l’homme lui fait une scène, aboyant qu’il n’est pas un chien, que puisque c’est comme ça, il me la rend, cette chienne, qu’elle lui dit que c’est juste une phrase, un exemple quoi, et que jamais elle ne l’a comparé à un chien, et moi, je suis là, je regrette presque d’avoir cherché mes lunettes, non, de les avoir perdues, oh et puis, je sais plus, bref, j’ai retrouvé mes lunettes, perdu ma femme, et maintenant, que vais-je faire de ce chien? Quel chien? C’est vrai, je ne vous en ai pas parlé. Voyant que je tâtonnais à la recherche des lunettes, une gentille dame m’a dit « Je crois que je l’ai retrouvé, monsieur » et elle m’a mis une laisse dans la main, et au bout il y avait ce chien d’aveugle, et puis avant que j’ai eu le temps de lui expliquer que l’animal n’est pas à moi, que je ne suis pas non-voyant, juste je cherche mes lunettes, que j’ai perdues, elle était déjà partie.

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AGENDA IRONIQUE JUILLET 2017

La perte en une phrase

Consigne pour l’agenda ironique de juillet, initié par Carnets Paresseux.

Perdre ses clefs, ses repères, ses cheveux, son âme, quelqu’un, un souvenir, une opportunité ; perdre son temps, une habitude, le repos, des kilos, ses feuilles, sa saveur, son parfum, sa raison, sa vanité. La perte est le sujet de ce mois. Elle se dira en une seule phrase, brève ou longue, avec ou sans ponctuation, fluide ou hachée, fuyante chutant avec l’objet perdu et se perdant avec lui, précipitée cherchant à le rattraper et se combler, ou lente, précautionneuse cernant le vide qu’il a laissé. On peut être ironique, ou pas. Sujet moins sombre qu’il n’y paraît : la perte ne se limite pas au manque, elle libère à sa manière, offre un espace où naître. La phrase unique lui donne voix.
Quelques livres d’une phrase, procédé très répandu dans la littérature contemporaine : Comédie classique de Marie N’Diaye, Zone de Matthias Énard, J’aime de Nane Beauregard, Anguille sous roche d’Ali Zamir, Verre cassé d’Alain Mabanckou, La nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès, Réparer les vivants de Maylis de Kerangal, et certainement bien d’autres – n’hésitez pas à les ajouter en commentaire. Autre modèle, les longues phrases de Marcel Proust et Claude Simon, mais vous pouvez aussi vous limiter à sujet verbe complément, ou même un mot, pire rien qu’un point. Prose ou vers. Bref, à vous.

A souffle d’aile

Le temps d’un silence, elle soupira, pensa à l’instant présent, qu’il n’aurait jamais dû se terminer ainsi, cette inéluctable catastrophe, frémit à l’idée des conséquences désastreuses, dans un futur proche ou lointain, qu’elle espérait bien ne pas voir arriver tout de suite, décidant, au moment même, de ne pas remettre à demain, ce qu’elle aurait pu accomplir hier, car aujourd’hui tout proche de ce passé, qu’elle voudrait oublier, qui déjà s’estompe, un brouillard couleur nuit effaçant peu à peu ce terrible souvenir, alors quand commencèrent, pour elle, une attente inespérée, un avenir comme elle n’avait jamais imaginé, elle se posa, retenant chaque seconde, savourant chaque minute, célébrant les heures, les jours, humant avec délice les semaines, les mois, goûtant ces années qui lui restaient, ces espaces de vie qu’elle avait réussi à reconquérir.

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Agenda ironique de juin 2017

imagesProposé pour le thème  objet et objectif, proposé par les narines des crayons…

Objets Objectifs(ou Objectif Objets, cela marche aussi)

Mais si les objets, à leur tour, parlaient… de nous ?

Imaginez la verve d’une lampe, d’une assiette ou d’une vieille godasse et son regard posé sur les humains que nous sommes.

Une petite contrainte pour la route? Vous devrez glisser à l’intérieur d’un texte en prose plusieurs alexandrins disséminés ça et là, mais qui, mis les uns à la suite des autres, formeront un poème en rimes plates, croisées ou embrassées.

 

…un texte écrit pour Copie Double, le 12 janvier 2013( le thème portant sur les crayons) et légèrement remanié (alexandrins obligent)

 

Aller jusqu’au bout

Ouvrons la boîte aux crayons.

C’était il y a longtemps, mais je m’en souviens comme si c’était hier.

Toute menue,  joues rougies de froid, elle entra. Dans la papeterie, elle me choisit, moi, aux facettes marbrées de rose.   Egalement,un petit carnet acheta.   Dans sa pochette, nous rejoignîmes un crayon à lèvres grenat, un crayon khôl, ainsi que deux autres objets inconnus. Je ne tarderais pas à connaître leur destinée.

Placés sur son bureau, ma robe assortie à la couverture du carnet, nous côtoyions divers objets, livres, crayons, et une photo. Elle la regarda longuement, soupirant. Je vis tomber une larme. De moi, se saisit,  une lettre gravant sur chacune de mes facettes. A Elisa, j’appartenais dorénavant.

Fier, inscrivis dessus le carnet, ce nom-la. A l’intérieur: Journal commencé le…

Ainsi, nous vécûmes de longues années, au cours desquelles je fus témoin de nombre d’émotions, joies et peines. Mais ceci, entre elle et moi,  secret restera.

Sans me lasser, des kilomètres et des kilomètres de pages, blanches, couleurs, petits ou grands carreaux, à dessins ou millimétrées, je parcourus. Orthographiquement, quelques fautes sema. Jamais,  les lui signaler, n’ai osé.

Souvenez-vous, dans la pochette, ces deux objets, dont j’ignorais l’usage. L’un deux, nommé gomme, très utile dans ces cas-là, corrigeait proprement mon travail. Mais une gomme se doit de rester propre et veiller à ne déchirer ni froisser le papier.

J’eus le plaisir d’écrire anglais, allemand; mais aussi un peu hongrois,  même cyrillique. Ces dernières, les croiser, c’est d’un  amusant! Tout un monde de mystères se cache derrière leurs signes. Ecrire le roumain, cette langue chantante, qui roule si bien les R. Me régalant, de les tripler en les notant.

Quelques moments difficiles, il m’arriva de vivre.

Ma mine épuisée, la découvrant, Elisa,

Me tailler, croyait bien faire, dans ce cas-là. Je n’appréciais nullement. Coincé par un  barbare instrument. Souvenez-vous, je l’avais rencontré au tout début, le côtoyant dans la pochette. Cela s’appelle un taille-crayon.

Je vous explique. Dans un entonnoir glacé, coincé à s’en étouffer, on vous fait tourner,  à vos oreilles grinçant, votre belle robe entamant et vos couleurs grignotant. Ressortant de là, soulagé mais épuisé, et ayant perdu quelques millimètres, tout de même!

Et lorsqu’ à un étourdi, un jour,  me prêtant,

Celui-ci pour prendre des notes, rien n’ayant,  l’idée, que, mine de rien, je ne disparaisse dans la poche de ce dernier, me fit trembler.

Maintenant, plus de journal intime, ni langues étrangères, mais mots croisés, fléchés, énigmes…

Au début, enfermer des lettres dans des cases, je ne compris pas. Rapidement, je saisis qu’elles n’étaient pas prisonnières, mais se complétaient, formant astucieusement des mots, et ce, en tous sens. C’est passionnant.

Au sudoku, j’ai renoncé. Subir, du taille-crayon, la torture, pour les lettres, je suis d’accord, mais pour les chiffres, ça! Jamais!

Aujourd’hui,de plus en plus,  loin de tous  tracas, je me repose. De même que ma maîtresse, j’ai rapetissé. Sa peau parcheminée a gardé quelqu’éclat. La mienne me fait, de papier mâché, la mine. Voilà toute ma vie.

A propos de taille-crayon, savez-vous comment, parfois, il est  appelé?

Aiguise-crayon; rien que de l’écrire, mauvaise mine, j’attrape.

Que cela, d’envies d’écritures, ne vous prive pas.

Quelles que soient les circonstances, pensez à utiliser un crayon, aussi modeste soit-il, tout comme votre serviteur.

Foi de caran d’ache!

 

 

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AGENDA IRONIQUE DE MAI 2017

Arrangement pour une partition à 4 mains créée pour  l’agenda ironique de mai 2017, avec ses  auteurs inspiréEs Alphonsine

et Marianne Slavan des Heures Dilettantes.

L’année dernière à Mayerling

L’année dernière à Mayerling,

Tu me chantais l’air des clochettes.

Pourtant, nous n’étions pas en mai, oh, my darling,

Sous les toits, dans notre chambrette,

Tu jouais à avoir l’ air du King,

Et m’enivrais de chansonnettes.

 

L’année dernière à Mayerling,

T’en souviens-tu de ce temps-là,

Où notre amour, quat’sous, pas de bling-bling,

Et sa suite en falbalas,

On ne buvait pas de riesling,

On s’aimait si fort dans nos bras.

 

L’année dernière à Mayerling,

Tu fredonnais une chanson douce,

Souviens-toi, c’était Thanksgiving,

Abandonnés sur un lit de mousse,

On rêvait de pudding,

Et de ballades en pousse-pousse*.

 

L’année dernière à Mayerling,

Le temps a fui, et toi aussi.

Question Mozart, c’était pas le bon timing,

M’expliquas-tu, d’un air contrit.

Toi, tu préférais le swing,

Me laissant à mes clochettes, et tu partis.

 

L’année dernière à Mayerling

Sur ce poème d’une vie à deux,

Il m’arrive d’y faire un retour-zapping,

Et je susurre notre cantique des amoureux.

Nous n’avions pas même un shilling,

Mais nous étions heureux.

 

L’année dernière à Mayerling,

De ma demeure à deux balles,

Je l’ai transformée en dancing,

Et certains soirs, quand résonne un air de bal,

Je nous vois en traveling,

Chantant en choeur « Les fleurs du mal. »

 

* Qui n’a jamais rêvé de se balader en chantant la ballade « Nuit de Chine », bien installé dans un pousse-pousse ?  😉

 

 

 

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Agenda ironique d’avril 2017

Ecrit pour l’agenda ironique d’avril 2017, faisant escale chez Martine l’écrevisse, qui nous propose  de partir en croisière.

Tous les châteaux de sable ne se trouvent pas qu’en Espagne: c’est une certitude.


Quelque part en ce vaste océan…

Il y a de cela des centaines d’ans…

Au milieu de nulle part…

S’échoua par hasard…

  • Oui, merci bien pour ce récit, mais je cherche des rimes en « itude », alors tes versitudes en « an » et « ar », tu peux…quoique, attends que je réfléchisse, chez La Licorne, en ce moment, on peut poétiser et rimer artistiquement, vas-y, propose.
  • Quelle ingratitude! Monsieur ne veut pas de mes vers océans, et bien qu’il les fasse lui-même!
  • Gnangnantitude, comme d’hab…
  • Comme d’habitude.
  • Arrête de répéter ce que je dis.
  • J’ai dit comme d’habitude, cela te fait un autre mot en « itude », pour l’agenda.
  • Ah! Oui! Merci, de ta sollicitude.
  • Bon, je le continue mon poème océanographique, tu veux connaitre la suite, ou pas?
  • A condition, que tu emploies une foultitude de mots se finissant en « itude ».
  • Il t’en faut combien?
  • Une dizaine.
  • Bon, nous en avons déjà six, il en reste quatre à trouver. Ce n’est pas la mer à boire.
  • A propos, tu te souviens d’Alain Bombard et de son expérience en radeau: il buvait de l’eau de mer…
  • Oui, magnifique, à bord de l’Hérétique, sur l’Océan Atlantique.
  • Alors, ton poème, c’est pour me parler de lui?
  • Mais non, espèce de nullitude!
  • Sept!
  • Quoi, sept?
  • Sept  » itude »!
  • Sceptitude! Quoi encore! Tu doutes de ma créa…oups! Y’a du tangage sur la platitude.

A cet instant,   « Recueil d’écueils »** gita dangereusement. J’entendis: »A l’abordage! » et puis, plus rien.

Une douche d’eau glacée me réveilla : » Bienvenue chez Crochet, dentelles et falbalas, monsieur! Je vous ai recueilli en mauvaise attitude. Vous avez bien failli ne plus jamais rêver. »

  • Monsieur, et quelle est donc cette attitude dont vous parlez! Jusqu’à preuve du contraire, nous ne vous avons nullement offensé! C’est vous qui…
  • Je constate, à votre promptitude, que vous voilà en meilleur état! Et de quelle bravitude, vous faites preuve! Sachez, que jamais marin navigant sur un rafiot baptisé « Recueil d’écueils »** ne sera mon ennemi. Permettez-moi de vous aider.
  • D’abord, aidez-nous à remettre en état notre bateau.
  • Hum, je crains qu’en cette instant, perdue en cette vastitude maritime et ayant subi moult vicissitudes, cela ne soit plus possible. Mais si vous le souhaitez, je peux mettre à votre disposition une de mes embarcations. Choisissez.

Je désignais un bateau, baptisé « Tromelin ».

  • Excellent choix, dit le capitaine. Tromelin, l’île des esclaves oubliés.
  • Que, quoi…mais…pourquoi dites-vous cela?
  • Quelque part en ce vaste océan…Il y a de cela des centaines d’ans…Au milieu de nulle part…S’échoua par hasard…
  • Que, quoi…mais…vous aussi, vous poétisez. Mais qu’avez vous fait de mon compagnon poète? Il faut le retrouver. Je veux connaitre la suite de son récit épique. Surtout que j’ai les dix mots, même douze en « itude », alors il pourra rimer sans servitude.
  • Quinze.
  • Vous aussi, vous  connaissez l’agenda?
  •  Vous voilà à nouveau en proie à grande lassitude, et dangereuses turpitudes. Vous ne me semblez pas être en aptitude de repartir. Il serait plus judicieux que vous vous reposiez quelques jours, ici, sur mon navire.
  • Mais mon histoire?
  • C’est la vôtre, en effet.
  • Comment le savez-vous? Et d’abord, qui êtes vous?
  • Mon bateau, le « Hollandais volant », parcourt toutes les mers, connait toutes les légendes maritimes, mais pas que…
  • Le Hollandais volant! C’est un cauchemar!

Je me précipitais sur Tromelin. Prenant les rames, je m’éloignais le plus vite possible de ce vaisseau de malheur.

  • Bon vent, monsieur. Que votre récit vous porte chance! N’oubliez pas, les passagers de « Recueil d’écueils »** ne seront jamais mes ennemis. Sur la carte océane de votre embarcation, l’île que vous cherchez porte le nom d’Îsle de Sable.

Le Hollandais volant disparut, point minuscule sur l’horizon en béatitude. Je déployais la carte, observais ma boussole, le sextant, latitude et longitude notées, je mis barre, cap sur ma destination. Un vent marin, soufflait favorablement, poussant ma coque de noix vaillamment.

Quelque part en ce vaste océan…

Il y a de cela des centaines d’ans…

Au milieu de nulle part…

S’échoua par hasard…

Une flûte, du nom de l’Utile,

Aux abords d’une ile.

Prisonnière des coraux,

Ne put regagner les hautes eaux.

Naufragés et noyés par centaines,

Le reste de la cargaison humaine,

Débarqua, sur un îlot de sable recouvert.

Deux communautés, s’organisèrent,

Sans se mélanger.

Blancs d’un côté,

Et, de l’autre, esclaves transportés,

En toute illégitimité.

De l’épave, vaillamment,

Quelques hommes, noirs et blancs,

Ensemble, un nouveau bateau construisirent,

D’autres les regardant, jugeant la chose impossible.

Intense activité, travail incessant et pénible,

Malgré tout nourrie d’espoirs, savoir-faire, et partages.

Une prame prit enfin le large,

Emportant seulement les hommes blancs,

Les hommes noirs à ce nouvel enfer, laissant,

Pas assez de place, ni de vivres, prétextant,

Promettant, de venir les chercher, les deux mois suivants.

Quinze années passeront,

Hommes, femmes, enfants à l’abandon.

Fabriquèrent, fouillant les entrailles de l’Utile,

Outils, instruments et vaisselle.

Se nourrissant d’oeufs,  de  chair d’oiseaux, et de tortues.

Victimes d’un cyclone, fragiles abris de toile, à l’état de  détritus,

Malgré  croyances et réticences religieuses,

Construire murs solides et épais, se résignèrent

Entassant blocs de  corail, plaques de grès,

Couvrant les cases, de bois de charpente,

Arraché à l’épave.

Tentèrent, certains,  de fuir ce lieu invivable,

Liberté et vie meilleure, aspirant,

Radeau de fortune, fabriquèrent vaillamment.

Sans pitié, la mer  les engloutit.

Restaient sur l’île,

Sept femmes, un enfant créole.

Ainsi, les trouva, le capitaine Tromelin,

Après ce long chemin.

Embarquèrent ces rescapés,

Derniers témoins d’un si tragique et douloureux passé.

Sur l’ile de France furent recueillis.

Je m’étais assoupi, bercé par le clapotis chantant des vagues. Je sentis tanguer mon canot. J’étais secoué. Plutôt, on me secouait.

« Monsieur, il faut partir. Le musée ferme ses portes. »

« Que, quoi…mais qui êtes-vous? Ah, oui, je me souviens, le poème, l’agenda en itude…

 » Vous êtes au musée d’Aquitaine. Devant vous, l’île de Tromelin. Vous venez de visiter l’exposition. Il faut partir, maintenant. »

 

Sur le mur, une carte de l’île, des indications archéologiques, et le bruit des vagues, de celles qui murmurent, se retirent, vous léchant les orteils au passage, laissant crépiter des bulles de vie.

  L’exposition  » TROMELIN, l’île des esclaves oubliés » est actuellement présentée au Musée d’Aquitaine à Bordeaux jusqu’au 30 avril  2017, avant d’aller au Musée Basque de Bayonne en juin 2017, puis au Musée de Tatihou dans la Manche.

A l’exception des GIF et des cartes, toutes les planches ont été conçues par Sylvain Savoia, en partie pour « Les esclaves oubliés de Tromelin », BD, où il met en scène  les êtres humains ayant connu cette épouvantable aventure, à travers  les évènements qu’ils ont dû  vivre, et les difficultés à affronter, et parallèlement, les archéologues,  et tous les obstacles, doutes, auxquels ceux-ci ont été confrontés, dans leurs recherches, et tentatives pour découvrir et comprendre la vie de ces gens.

**  Recueil d’Écueils Sous la forme d‘une carte marine avec ses climats et ses légendes, ses hauts-fonds et ses abysses,Donatien Garnier, poète, et Guillaume Bullat, graphiste, invitent le lecteur à promener son regard dans une géographie insulaire imaginaire et  à une navigation libre sur des eaux de papier, flots agités où rodent chimères et désirs d’ailleurs.

« Lire comme on navigue » afin de découvrir de façon aléatoire ces « îles-poèmes » et leurs récits
qui hantent ou attisent l’imaginaire des hommes depuis qu’ils peuplent les littoraux et s’aventurent sur les mers.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Agenda ironique de mars et sa suite.

Ecrit pour l’agenda ironique du mois des fous 2017, (re)toqué par Monesille

Un élastique grand comment?

C’était une  journée, comme tant d’autres.

Futur quotidien, heures imparfaites passées à les compter.

Présentement, rien de nouveau, juste le tic-tac sournois d’une horloge.

Un ricanement de basse-cour,

Le bouledogue gémit dans son sommeil.

Train-train des affaires courantes.

Rails bien huilés, la vinaigrette débordera à trois heures moins le quart.

Je répète: » La vinaigrette débordera à trois heures moins le quart. »

Mon coude dérape, je me cogne le menton à l’angle du bureau.

Les sirènes hurlent. Branle-bas de combats. Au feu, au feu les bourreaux, c’est plus rigolo!

Je répète: »Au feu, au feu les bourreaux, c’est plus rigolo! »

Une odeur de café chatouille mon subconscient. Trois sucres s’il vous plaît. Non merci, sans lait. Les couche-tard sont attendus au coin du bois.

Je répète: » Les couche-tard sont attendus au coin du bois. » Les couche-culottes vont défiler dans un futur proche.

Je répète: »Les couches-culottes vont défiler dans un futur proche. »

Mes cheveux me piquent l’inconscient relatif. Dans le subjonctif de ma conscience, calme plat à tous les étages. Les prédicats sont de sortie.

Je répète: » Les prédicats sont de sortie. »

Mes  écoutilles sont fermées. Les objets ont directement disparu, à la corbeille. Ou bien indirectement. Je  conjuguerai  jusqu’à  preuve du contraire,  futur réciproque et bon-sens  inversé.

Les bulles grandissent à une vitesse folle, mastiquent et recrachent, mastiquent et recrachent. Stop, il est interdit de mâcher le chewing gum de son voisin, avant de l’avoir lavé, rincé, séché et repassé.

Je répète: » Stop, il est interdit de mâcher le chewing gum de son voisin, avant de l’avoir lavé, rincé, séché et repassé. »

Mais ça va pas, non! Déjà qu’on doit cirer vos pompes, arrondir les angles, se serrer la ceinture, repasser derrière vous, et j’en passe, et pas des meilleures!  Si en plus, le chewing gum, il faut le laver, à la main, vu qu’y a pas de lave-linge, et pour le séchage, je fais comment, moi, pas de sèche-linge, non plus…attendre qu’il soit sec, faire des heures sup? Mais lavez la vous-même votre saleté. Comment? Vous ne me payez pas à rien faire. Ça tombe bien, depuis le temps que vous ne me payez plus. Même l’horloge, elle ne veut plus travailler pour vous.  Je dis n’importe quoi? Voyez vous-même.

C’est à ce moment-là, que je me réveillais. Non, je n’avais pas rêvé. Même ma montre bracelet me le confirmait. La terre tournait rond, sens inverse de ses aiguilles,  la lune lui avait fait des confidences sur l’oreiller. Désormais nous marcherions sur la tête, déboussolés et débranchés, sans horaires, ni fictions, sans complet-vestons, plus besoin de chemise ni de pantalon. Cette  révolution serait-elle martienne et va-nu-pieds de nez?

Depuis ce jour-là, une question trotte dans ma tête: C’est l’heure ou c’est pas l’heure?

 

Mujer soñando con la evasion

Joan Miró (1945)

(Femme rêvant d’évasion)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le roi de coeur et l’agenda de mars

Un clin d’oeil à l’agenda du mois des fous, avec ce film de Philippe de Broca.

Un aperçu ci-dessous

Et là le film en entier.

 

 

 

J’ai vu ce film il y a quatre ou cinq ans. Je me suis régalée.

J’y ai pensé instantanément, dès que j’ai pris connaissance du thème de l‘agenda ironique de mars, le mois des fous, chez monesille.

Amusez-vous bien, ou pas.

Je me suis laissée dire que le film ressort en salle depuis janvier 2017.

Clic sur l’affiche

fou

 

 

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Agenda ironique de mars 2017

Ecrit pour l’agenda de mars, thème proposé follement par Monesille.

Les fous, bouffons et autres amuseurs public, les fous-rires, l’espoir fou, enfin quoi Mars sera le mois des fous !

Ecrire sur le thème de la folie au sens large, un conte, poème, texte, article, selon la forme que vous désirerez, parsemé de quatre  mots composés.

Et pour écriture créative, proposition 145

qui nous propose de choisir parmi les titres d’oeuvres, projets d’écriture laissés  par Baudelaire, et d’imaginer un poème, récit, etc…

 

Le fou raisonnable et la belle aventurière

Immuable plumeau, chassant la poussière,

Chatouille mes narines,

J’éternue.

Aujourd’hui, sans cérémonie,

Le ménage attendra.

Me voilà déplacé en un lieu éclairé,

Parfumé.

Je n’éternue plus,

Mes sens alertés.

Doigts de fée, rire de gorge,

Je fourmille de pensées.

J’attends mon tour.

C’est à la reine de décider.

Je l’entends, ses pieds sautent en cadence.

La main tapote une allure, réflexion,

Ira, ira pas.

Décision, hésitation,

Aller-retours des idées.

On me fait glisser,

Pas chassés, diagonale du fou

En liberté.

Mon coeur galope,

Je n’entends plus que cette cavalcade,

Chassé-croisé d’émotions,

J’avise un cavalier,

Piétinant sur mes terres,

J’ai envie de lui botter l’arrière-train.

Une main preste l’écarte.

M’évitant le pire.

Tout va très vite,

Tour à tour, galopades effrénées,

Glissades, chevauchées infernales,

Elle s’aventure de plus en plus loin,

Ma championne,

Je la suis, haletant,

Que de risques elle prend,

Affronte les assaillants,

Renverse tout sur son passage,

M’entraînant.

Je commence à comprendre son manège.

Nous pénétrons en territoire ennemi.

Elle me protège,

Avance ses pions.

La situation devient périlleuse.

La tour prend garde,

Comme disait un lointain aïeul.

Conquérante, elle ferraille à qui mieux mieux,

Osant le tout pour le tout,

Me fait voltiger,

Hé, j’avais oublié, je ne suis pas un cavalier, moi,

Juste le fou du roi.

Elle ne recule devant rien,

Tente son va-tout.

Non, pas ça!

Si, elle le fait,

D’une main maîtresse, sûre d’elle,

J’en tremble encore,

Elle s’aventure,

A découvert

Dans ce  coupe-gorge,

Avance,

Terrain conquis,

Un tour de passe-passe,

Et…je ne veux pas savoir,

Je tente un repli,

Elle fend fièrement la foule,

Rassemble ses troupes,

Repart à l’assaut,

Combattante,

Renversante, bluffante,

Je crains pour elle,

Assistant impuissant,

A son dernier assaut.

Tout est fini, je frémis d’entendre,

Fatidique,  » Crime de lèse-majesté! Qu’on arrête la coupable! »

C’est alors que ma tête grelottante,

Pieds prêts à pendre la poudre d’escampette,

Elle pousse le cri de la victoire.

« Echec au roi! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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AGENDA IRONIQUE DE FEVRIER

Ecrit pour l’agenda ironique de février 2017, chez Jobougon, proposant ceci:

Votre mission en février.

Choisir un livre et en faire une critique littéraire.
Que vous l’ayez lu ou pas.
Qu’il existe réellement ou pas.
Qu’un livre intrus se soit glissé distraitement dans le lot.
Que vous rêviez de l’écrire, ou pas.
Ou qu’il soit, peut-être encore soigneusement conservé dans quelque bibliothèque secrète ou interdite.
Que sais-je encore…
L’idée, c’est d’écrire une critique littéraire qui donne soit envie de le lire, soit au contraire, nous en dissuade.

 

Nous sommes le premier février 2017, Comme vous n’aurez pas manqué de le noter dans vos agendas de février, votre nouvelle émission littéraire, très attendue à 0h0mn; voici la

« Chronique fébrile, du défibrillateur infiltré. »

A vous, installés devant votre thé,  un nuage de mots, et ma voix lactée j’offre.

Consacré à Saint Littré, demi-dieu des passionnés de livres vrais,  ceux-ci sauront ce à quoi je fais allusion.

Nous parlerons du dernier roman de Pitha Tlantyca, « La plume se démasque ou l’art de déplumer en se masquant. »

  • Un premier auditeur…monsieur, je vous écoute.
  • Qu’est-ce qu’on gagne?
  • Le plaisir de découvrir un nouvel auteur.
  • Même pas le remboursement du bouquin? Je l’ai lu, c’est n…
  • Merci monsieur de votre appel. Il n’y a rien à gagner à écouter notre chronique. Un autre appel?
  • Bonjour. C’est pour vous remercier de parler de tous ces livres, que je découvre grâce à vous. Celui-là, je l’ai lu en entier, de A jusqu’à Z. Je l’ai a-do-ré, j’en ai fait une chanson; tenez je vous la chante: » A B C D E F G, je crois que tout va changer…
  • Mademoiselle, là je vous arrête, avant que vous ne soyez accusée de plagiat, ceci est l’alphabet mis en musique par Mozart et écrit par Pierre Barouh. Au- revoir, mademoiselle. Chers auditeurs, vous l’aurez compris, nous ne sommes pas là pour parler musique, pour parler du Littré, mais bien pour parler de « La plume se démasque ou l’art de déplumer en se masquant. » Allo, oui, j’écoute.
  • « Alouette, gentille alouette, alouette, je te plumerai…
  • Merci monsieur Lecoq; il semblerait qu’il y ait une erreur d’émission, nous ne sommes pas radio crochet, mais…
  • Je sais pertinemment où je me trouve; je parle de votre bouquin, pseudo-roman, l’auteur se moque de nous. D’où ma chanson, et de mon vivant, moi, monsieur, je ne me laisserai pas déplumer plus longtemps. Je ne suis pas un indien, moi!
  • Monsieur, je prends note de votre avis. J’attends d’autres témoignages. Oui, monsieur…
  • Je n’irai pas par quatre chemins, si je me trouvais en face de votre écrivain de m…
  • Allez droit au but, monsieur; on me dit dans le casque que de nombreux auditeurs désirent intervenir.
  • Je vous assommerai avec ce ramassis d’inutilités calamiteuses, ce brouillon mal recopié, cette serpillère de concepts mal digérés, cette suite de clichés rabâchés depuis des siècles, sortis des poubelles de l’histoire, et en plus vous y insultez ma famille.
  • Monsieur, je ne me permettrais pas de…coupez!
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Agenda ironique de janvier

 Ecrit pour agenda ironique de janvier, proposé par carnets paresseux 
Conte spatio-temporal.
Depuis que je suis spationaute,
Et ce n’est pas de ma faute,
J’ai perdu mon ciboulot,
Je tourne en rond,
C’est mon boulot.
J’ai beau vouloir changer d’orbite,
Je ne sais plus où j’ai rangé mon satellite.
 ********************
J’ai l’hippocampe,
Sur la droite,
Qui a pris la tangente.
Celui de gauche,
Est aussi moche.
Mon cerveau,
Ce tantôt,
Et c’est pas rigolo,
M’ordonnait de faire dodo.
J’explorais  la planète du chat,
Quand soudain, un rocher se fractura.
************************
Je me réveillais,
La berlue, je croyais que j’avais.
Des petits cochons verts,
Autour de moi grognaient.
Je voulus m’échapper.
Impossible de me lever.
J’étais comme un paquet ficelé.
Mon plafond serpentait,
Mes jambes étaient saucissonnées.
Et ils étaient en train de les manger.
Je voulus les en empêcher.
Aussitôt, me firent de grands signes,
Et d’horribles grimaces,
Je me sentis comme une limace.
Il fallait bien que je me débarrasse
De ces liens qui m’entravaient.
J’étouffais, comme dans une bulle.
Devant mes yeux, des milliers de tentacules,
S’agitaient dans tous les sens.
Je me trouvais, patatras,
Dans de beaux draps.
J’aurais préféré d’autres bras,
N’importe quoi, et me tirer de là.
Elle ouvrit la porte,
Son sourire et un bouquet de mimosa.
Je lui dit: » Qu’est-ce que vous faites là? »
En larmes, sitôt, elle fondit.
 » C’est bien vrai, ce qu’ils ont dit,
Tu es atteint d’amnésie. »
 ************************
J’ai l’hippocampe,
Sur la droite,
Qui a pris la tangente.
Celui de gauche,
Est aussi moche.
Mon cerveau,
Ce tantôt,
Et c’est pas rigolo,
M’ordonnait de faire dodo.
J’explorais  la planète du chat,
Quand soudain, un rocher se fractura.
 **************************
« Amnésie, rigolais-je
Quelle drôle de maladie.
Je trouve ce mot bien joli.
Comme vous l’êtes aussi.
Voulez-vous, mademoiselle,
Ma planète partager. »
Main dans la main, nous partîmes,
Quelque part, loin des abîmes.
Et depuis que je l’ai trouvée,
Vénus, je l’ai baptisée.

 

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