CHALLENGE LECTURES

Massacre sur l’île aux oiseaux

Lu pour…..

Résumé

Un ancien journaliste devenu écrivain reçoit un matin un bien étrange courrier. Il contient une lettre et un long manuscrit d’une soixantaine de pages, datant de plus de 200 ans, qui évoque un drame passé sur l’île aux Oiseaux en Gironde. Ce dernier va mener une enquête pour vérifier si les faits sont authentiques. Ce document, fragile, évoque un drame épouvantable qui se serait déroulé sur l’Ile aux oiseaux.
Dans un premier temps, l’écrivain croit à un canular. Il abandonne donc le document. Toutefois, différentes informations confirment l’authenticité du manuscrit : le papier est ancien, l’encre aussi. Le style du texte également.
Reste donc à vérifier si l’histoire affreuse et incroyable qui est racontée dans ces soixante pages est, elle aussi authentique. L’écrivain entreprend donc une époustouflante enquête qui le conduira évidemment sur le Bassin, sur l’Ile aux oiseaux, mais aussi au Pays basque, en Espagne, à Paris, etc.

Mon avis

Mis à part le style d’écriture que je n’apprécie pas beaucoup, j’ai aimé l’intrigue proposée dans ce livre; de plus, cela se passe en des endroits que je connais bien et dont je garde des souvenirs heureux. L’écrivain part à la recherche d’indices historiques, prouvant la véracité du document qui lui a été confié. De rencontres en rencontres, faisant connaissance avec d’aimables personnes, qui l’aideront dans ses recherches, il découvrira, en même temps que le lecteur, le fin mot de l’histoire, assez inattendu. Un agréable moment à passer en compagnie du journaliste-écrivain autour de ce bassin d’Arcachon, que j’aime tant.

Extrait

Aux archives municipales, il existait des documents relatant la grande tempête au cours de laquelle non seulement les habitants de l’île avaient été emportés, mais également les marins pêcheurs qui se trouvaient en mer au moment des grandes bourrasques.Eux aussi, tous portés disparus, noircissaient le tableau. Le dramatisaient. Quel jour maudit que ce 28 octobre 1781. Bénat, le marin de Saint Jean, patron de Gallo, était lui aussi mort ce jour-là.

Curieusement, Gallo ne sut jamais que les cieux, cette nuit d’épouvante, complétèrent leurs tueries. Ou les effacèrent.

 

Cette partie de l’enquête étant bouclée, mais n’ayant strictement rien donné de véritablement concret- ce qui me désespérait un peu- nous décidâmes de nous rendre à la Pointe aux chevaux pour essayer de retrouver une trace de l’établissement fréquenté par Gallo et ses camarades assassins et violeurs: l’auberge « Aux tchanques agiles », entre le Petit Piquey et le Grand Piquey sur la commune de Lège.

 

Marée basse

Marée haute

Les photos de l’île ne sont pas dans le livre. Ce sont des vues des quartiers, des cabanes tchanquées, symbole du Bassin.

Catégories : CHALLENGE LECTURES | Poster un commentaire

La danse des paons

Lu pour le………

Résumé

Quatrième de couverture
Rita Maraj passe du jour au lendemain du statut de petite princesse à celui de Cendrillon. Face aux humiliations et aux réprimandes permanentes de sa belle-mère, Rita se réfugie dans un monde de mystères et d’imagination. La rivalité avec sa demi-sœur, Isabelle, laissera des traces autrement plus profondes quand ces deux jeunes femmes modernes, élevées dans la petite bourgeoisie de Georgetown, se heurteront aux blocages d’une société traditionnelle. Jusqu’au jour de leur rencontre avec Kamal dans les quartiers chauds de Bombay. Le combat de cet homme qui consacre tout son temps à la recherche de sa fille disparue bouleversera à jamais leur vie.
Entre rêve et désenchantement, La Danse des paons tient le lecteur sous le charme d’un récit tissé de toutes les couleurs de l’enfance.

Mon avis

Un roman qui témoigne de la prostitution des enfants en Inde. Le personnage clé Rita, très attachante, et active, aime et protège sa demi-soeur, dans un climat difficile et hostile, une belle-mère « méchante », un père peu présent, faisant les 4 volontés de sa nouvelle femme, négligeant Rita. Une histoire un peu mièvre, malgré des épisodes difficiles, Rita et les caprices de sa demi-soeur, l’attitude désagréable de sa belle-mère, ses déboires amoureux. Toutefois, j’ai pris plaisir à lire ce livre, pour l’évocation de la condition de ces  enfants maltraités, filles esclaves et prostituées et les évocations de la culture indienne en Inde, et de la vie des indiens en Guyanna, de même que la »ségrégation » envers ceux et celles de sang mêlé.

Extrait

 » Elle ne parvenait pas à détacher ses yeux de cet être humain miniature qui dormait paisiblement la tête posée sur l’oreiller (..). Ce fut un coup de foudre. Dès l’instant où elle posa les yeux sur elle, Rita aima sa sœur d’un amour total où se mêlaient de la vénération et un désir de protection ; un amour trop grand pour une enfant de dix ans.  » Rita, petite sauvageonne guyanaise, est le fruit d’un amour interdit entre un Indien et une métisse. Sa mère meurt alors qu’elle n’a que quelques mois et son père est un doux rêveur qui la laisse très souvent libre. Avec l’arrivée de Marilyne, sa belle-mère, la vie de Rita change radicalement. Celle-ci lui impose une règle de conduite très stricte et, par manque de savoir-faire, lui donne la responsabilité d’Isabelle, sa fille qui vient de naître. Une étrange relation va alors se dessiner entre les deux sueurs, faite de haine, de jalousie, d’admiration et d’envie… Voici une fable légère et réaliste sur la recherche du bonheur, un véritable voyage de l’enfance vers l’âge adulte.

Catégories : CHALLENGE LECTURES | Un commentaire

L’ile des pingouins

Lu pour le,…..
Résumé
Entraîné par la malice du Diable, le saint homme Maël aborde une île des mers hyperboréennes où l’a poussé une tempête de trente jours. Et là, trompé par sa mauvaise vue, le vieil apôtre baptise des pingouins, causant ainsi au Royaume des Cieux une perplexité dont Catherine d’Alexandrie tire heureusement les élus en proposant de métamorphoser les pingouins en hommes. Telle est l’origine la plus reculée de la civilisation pingouine dont Anatole France raconte l’évolution jusqu’à nos jours dans ce récit où sa verve féroce fustige les ambitieux et les politiciens de son temps : le temps de Boulanger ou de l’affaire Dreyfus. On y trouve un Pyrot compromis dans la sombre affaire des bottes de foin, un Colomban qui rappelle beaucoup Zola. Cette satire pessimiste est douée d’une pérennité qui fait penser à Swift et à Voltaire. Elle est écrite dans un style limpide où étincelle l’ironie de celui que jean Guéhenno a appelé le « dernier sage ».
 Mon avis
Anatole France relate l’histoire d’un pays « La Pingouinie », de ses origines aux années 1940, évènements inspirés de l’histoire de la France, les parodiant, église, gouvernements,les incidents politiques, sociaux,  les banques, les riches et puissants, les complots, les abus en tous genres, tout est prétexte à pamphlets, tout y est; et tout au long, j’ai retrouvé les défauts et les torts de tous les gouvernements en ce qu’ils ont failli sciemment, quelle que soit l’étiquette politique,  à considérer le peuple, comme étant humain, mais  plutôt à le manipuler, à le transformer en bête de somme.
Une lueur d’espoir, quand deux amoureux, anarchistes, assistent à l’effondrement du pays.
Extraits
Préface « Si vous voulez que votre livre soit bien accueilli, ne négligez aucune occasion d’y exalter les vertus sur lesquelles reposent les sociétés : le dévouement à la richesse, les sentiments pieux, et spécialement la résignation du pauvre, qui est le fondement de l’ordre., et on peut reconnaitre  Affirmez, monsieur, que les origines de la propriété, de la noblesse, de la gendarmerie seront traitées dans votre histoire avec tout le respect que méritent ces institutions. Faites savoir que vous admettez le surnaturel quand il se présente. À cette condition, vous réussirez dans la bonne compagnie. »
« — Plus j’y songe et plus je me persuade que Pyrot a volé ces quatre-vingt mille bottes de foin. Et où je le reconnais, c’est qu’il les a dérobées pour les vendre à vil prix aux Marsouins, nos ennemis acharnés. Trahison infâme !
— C’est certain, répondit Panther ; il ne reste plus qu’à le prouver. »

 

On notera qu’Anatole France s’est amusé à donner à ses personnages des noms utilisés pour appeler les pingouins dans diverses langues, ainsi le duc de Greatauk — le Grand Pingouin en anglais, Great Auk — ou encore Alca (le pingouin en espagnol) qui est la capitale des pingouins.WIKIPEDIA

 L’Île des Pingouins existe ! Si ! Si !… Elle est située quelques kilomètres au sud-est de l’Île des Cochons : cela ne s’invente pas… Elle fait partie, comme cette dernière, de l’archipel des Crozet, quelque part du côté de l’Antarctique…(Bibliothèque numérique romande.)

Catégories : CHALLENGE LECTURES | Poster un commentaire

Alessandro ou la guerre des chiens

Lu pour le,

4ème de COUVERTURE

Florence, novembre 1496 : la révolution intégriste, qui a provoqué la chute des Médicis, est à son apogée. Sous l’impulsion de Jérôme Savonarole, prophète et visionnaire halluciné, une véritable  » terreur blanche  » sévit en Toscane. Une théocratie catholique impitoyable dresse les pauvres contre les riches, manipule les enfants, dont elle fait des voleurs et des assassins, soulève une partie de la chrétienté contre le pape Alexandre Borgia. Le peintre Alessandro Botticelli est déchiré entre l’humanisme qui a inspiré son oeuvre et le carcan dans lequel la révolution emprisonne les artistes florentins. Hanté par le souvenir de Fiola del Lama, sa tendre amie disparue, et par la peur de l’Enfer, il cherche en vain l’apaisement. Dominicains compagnons de Savonarole ; artistes rivaux et apprentis avides de succès et de gloire… autour de Botticelli évoluent des personnages pris dans une folie collective que rien ne paraît capable d’arrêter. Bientôt, dans Florence déjà éprouvée par une épidémie de peste, l’opposition politique s’organise… Le sang ruisselle et la fumée des bûchers noircit le ciel. Alessandro, ou la Guerre des chiens est un roman d’une actualité tragique. C’est aussi l’occasion de découvrir un Botticelli méconnu dont l’oeuvre prend soudain une autre signification.

 

Mon avis

Dans la ville de Florence règnent fanatisme et intégrisme religieux; Ce qui se passa au 15ème siècle à Florence, nous le vivons, encore aujourd’hui, dans un monde « moderne ». L’épidémie de peste, prétexte à condamner la ville si florissante, et tout ce qui fait sa richesse de pensées et de culture, il n’en faut pas plus pour embrigader les pauvres et les miséreux, qui espèrent mener une révolution, apportant l’égalité et une vie meilleure et plus juste; peu importe les moyens pour y parvenir. Terreurs, assassinats, dénonciations, autodafés, cohortes d’enfants tuant, se sacrifiant pour cette République proclamée par Savonarole, qui sait si bien manipuler les foules affamées, se complaisant à la vue de ces buchers où l’on brûle la connaissance, le savoir, des chef d’oeuvre.

Botticelli va sacrifier certaines de ces oeuvres, attiré par cette république, tout en doutant de son bien-fondé. Il créera « La résurrection de Lazare » approuvé par la République, continuant dans son atelier d’autres oeuvres, qui risqueraient mettre sa vie en danger.

J’ai aimé cette histoire, et j’ai frémi aussi, en pensant que rien, aujourd’hui, n’a changé; que le fanatisme règne toujours, que les injustices, inégalités toujours criantes, en sont le terreau. Et  victimes d’une épidémie mondiale, je souhaite que les conséquences ne soient pas l’émergence d’une autre sorte de dictature.

EXTRAITS

La troisième année de la république des moines touchait à sa fin.
Aux brumes d’octobre avaient succédé les pluies glacées de novembre. La nuit, quand l’averse ne les gorgeait pas d’eau, les champs vers San Miniato et les collines du midi se couvraient de givre et le gel blanchissait les branches des arbres dénudés. Les greniers à blé se vidaient.

Le maître, qui tenait un pinceau, se retourna. Il portrait des lunettes. Une écharpe était nouée autour de son cou. Des mèches de cheveux, plus grises que blondes, sortaient en désordre de dessous son bonnet.
Catégories : CHALLENGE LECTURES | Poster un commentaire

Le zèbre

Lu pour,

 

4ème de COUVERTURE

Gaspard Sauvage, dit le Zèbre, refuse de croire au déclin des passions. Bien que notaire de province, condition qui ne porte guère aux extravagances, le Zèbre est de ces irréguliers qui vivent au rythme de leurs humeurs fantasques.
Quinze ans après avoir épousé Camille, il décide de ressusciter l’ardeur des premiers temps de leur liaison. Insensiblement, la ferveur de leurs étreintes s’est muée en une complicité de vieux époux.
Cette déconfiture désole Gaspard. Loin de se résigner, il part à la reconquête de sa femme. Grâce à des procédés cocasses et à des stratagèmes rocambolesques, il redeviendra celui qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : l’amant de Camille, l’homme de ses rêves. Même la mort pour lui n’est pas un obstacle.

MON AVIS

Lu, il y a longtemps, j’avais de vagues souvenirs,  plaçant la disparition du Zèbre en début de roman, et un rendez-vous post mortem dans un hôtel. La relecture me montre combien mes souvenirs sont erronés. J’ai relu ce roman avec curiosité, et apprécié les situations cocasses. Mais malgré cela, je n’ai pu empêcher mon jugement peu favorable à cet homme, qui, je trouve, agit en égoïste, et une scène, particulièrement, m’a fait penser que son premier désir était de « tirer un coup ». J’ai continué, la lecture, très agacée, même si j’ai ri à ses stratagèmes, aux quiproquos qu’entrainent certaines de ses fantaisies.  Je pense que pour apprécier l’humour de ce roman, il faut garder à distance nos propres émois et se garder de juger, se contentant d’une lecture au premier degré.

EXTRAITS

– Ma chérie, ne pleure pas, c’est fini. C’était un mauvais rêve.
Hagarde, elle souleva son visage humide et darda ses yeux clairs sur le Zèbre qui souriait.
– Tu m’as vraiment cru ? lui lança-t-il avec gaieté.
– Si je t’ai cru ? répéta-t-elle, effarée.
– J’ai fait semblant de te quitter !
Camille se redressa et, pour toute réplique, lui envoya un violent coup de genou au bas-ventre. Et le Zèbre de glapir.
– Qu’est-ce qui te prend? demanda-t-il replié sur lui-même.
– Te rends-tu compte du mal que tu m’as fait ?
– C’était le prix à payer.
– A payer pour quoi? repartit-elle éberluée.
– Je voulais te priver d’oxygène pour te réapprendre à goûter l’air frais.

Emporté par son débit tumultueux, toujours plié en deux, il lui annonça que son stratagème n’était qu’une préface à la cure de jouvence qu’il entendait faire subir à leur couple. Un grand ravalement en quelque sorte, bien nécessaire après quinze années d’anesthésie progressive de leurs désirs. Le Zèbre était résolu à délaisser son rôle de mari, au sens amorti du terme, pour se glisser dans la peau d’un amant légitime. Il traquerait désormais les imperceptibles habitudes qui émoussent les sentiments. Sa vigilance ne connaîtrait plus de jours fériés. A partir de cet instant, il ne cesserait d’ourdir des mises en scène, comme celle de ce matin, pour retendre le lien qui les unissait.

– Que t’est-il arrivé ? finit-elle par murmurer.
– Il y a des conversions mystiques, pourquoi n’y aurait-il pas des conversions amoureuses ? Camille, Si je n’avais pas tiré la sonnette d’alarme, nous aurions fini comme tous ces ménages en trompe-l’oeil. Un jour ou l’autre, tu aurais dormi avec un autre et moi, bête comme je suis, j’aurais été braconner du petit gibier.
Au lieu de dériver vers ces liaisons clandestines, quasi inéluctables à l’entendre, le Zèbre lui proposait de mimer leur amour pour tenter de le faire renaître. Sincère, il prévint Camille qu’il n’aborderait pas cette lutte contre l’usure du temps avec une pince à sucre.
– Ça ne sera pas une sinécure ! conclut-il, navré.
Encore ébranlée, Camille songea qu’elle ne s’était pas trompée en affublant Gaspard de son sobriquet. Il était assurément un drôle de Zèbre. Elle ne soupçonnait pas encore la violence du typhon qui allait bientôt s’abattre sur son existence paisible et réglée de professeur de lycée.

Catégories : CHALLENGE LECTURES | Un commentaire

Munkey Diaries Journal 1957-1982

Lu pour,

 

4ème de couverture

« J’ai écrit mon journal à partir de 11 ans, adressé à Munkey, mon confident, ce singe en peluche, gagné dans une tombola. Il a dormi à mes côtés, il a partagé ma vie avec John, Serge, Jacques, il a été le témoin de toutes les joies et toutes les tristesses. Devant la dévastation de mes enfants, j’ai déposé Munkey dans les bras de Serge dans le cercueil où il reposait, tel un pharaon. Mon singe pour le protéger dans l’après-vie.
En relisant mes journaux, il me semble flagrant qu’on ne change pas. Ce que je suis à 12 ans, je le suis encore aujourd’hui. Les journaux sont forcément injustes, on montre ses cartes, il y a des versions de tout, mais là, il n’y a que la mienne. J’ai pris comme principe de ne rien arranger, et croyez-moi, j’aurais préféré avoir des réactions plus sages que celles que j’ai eues… ».

On croyait tout connaître de Jane Birkin, tant elle fait partie de notre histoire depuis cinquante ans, jusqu’à ce livre qui nous fait vivre une époque flamboyante, du Swinging London au Saint-Germain-des-Prés des années 70, et donne à lire le quotidien d’une grande amoureuse, désopilante et fantasque, et d’une artiste exceptionnelle.

Un journal à la fois intime et universel.

Mon avis

Un journal qui ressemble à la Jane Birkin que je crois  connaitre. Souriante, charmante et fragile. Je suis entrée dans sa vie sans voyeurisme, l’accompagnant dans ce parcours chaotique, où aucune souffrance ne lui est épargnée. Elle traverse des épreuves terribles, à sa façon « birkinienne ».  Bien que je compatisse, et comprenne le besoin, l’envie de communiquer, partager et de se raconter de Jane Birkin,   je ne pense pas lire la suite.

Extraits

Ma pauvre petite fille que j’aime, j’espère que je t’ai dit des choses rassurantes, que personne ne s’éloigne s’il n’en a pas envie, de ne pas troubler sa tête avec les responsabilités, de regarder Isabelle, 20 ans et gaie et jeune et toujours sans responsabilités, que personne ne change dans la nuit, demain ne sera pas différent d’aujourd’hui, chaque âge est un âge beau et nouveau, et de ne pas avoir peur, de me pardonner si parfois je n’étais pas non plus une mère parfaite, que pour moi aussi c’est une première fois et qu’elle pourrait se serrer contre moi quand elle voudrait, que je l’aime. Je l’ai bercée dans mes bras comme un bébé, elle qui s’est jetée dedans comme un oiseau effrayé et ma tendre Kate s’est endormie doucement comme quand elle avait un an. Voici comme rien ne change, les pauvres enfants ne changent pas. Peut-être par pudeur, nous, on change par crainte de les choquer, par respect de cet enfant qui devient jeune fille et on se trompe, elles ont autant besoin de nous qu’avant, mais elles aussi, par pudeur, n’approchent plus des bras qui pourtant de demandent que ça.

 » Tu es nourrie et logée « , a dit Serge ce soir. J’ai répondu :  » Je n’ai rien.  » Alors que ma chambre est privée, il a fallu qu’il fourre son nez dans mes papiers en disant que c’était le bordel… Tout est à lui et je n’ai pas mon mot à dire. Perchée sur une chaise, effrayée à l’idée de casser quoi que ce soit s’il est dans la pièce et je n’ai pas le droit d’y être seule. Je reste dans la cuisine ou dans ma chambre… Je ne cesse de m’apitoyer sur mon sort. Six ans avec un homme qui te balance  » tu es logée « , je crois que c’est un peu trop, il y en a qui auraient épousé cette femme-là. J’ai l’impression qu’après dix ans de vie commune il continuera à me dire la même chose et je finirai par réaliser que je ne compte pas du tout pour lui.
Catégories : CHALLENGE LECTURES | 5 Commentaires

Un léopard sur le garrot

Ecrit pour le

4ème de couverture

Médecin des hôpitaux, pionnier de l’humanitaire « sans frontières » , écrivain, prix Goncourt 2001, aujourd’hui ambassadeur de France au Sénégal, Jean-Christophe Rufin mène sa vie au grand galop. Selon une image tirée d’un poème de Senghor. il semble aller comme un cheval qu’un léopard aurait saisi au garrot. Pourtant, sous l’apparente diversité de cette existence, on distingue une unité profonde, née de la fidélité à une seule passion : la médecine, vécue comme un engagement total dans une discipline moins scientifique qu’humaniste. Voyage dans une vie, ce récit, en tirant sur ce fil qu’est la médecine, fait défiler sous nos yeux trente ans de notre histoire. d’un point à l’autre de la planète. De nouveau, l’auteur de Rouge Brésil et de L’Abyssin offre au lecteur une belle aventure. Mais, cette fois-ci, c’est la sienne.

Mon avis

Christophe Ruffin démontre, tout au long du récit, pourquoi il a voulu devenir médecin; ceci l’amène à exercer dans un milieu où parfois, il a du mal à trouver les valeurs qui sont les siennes; valeurs qu’il cherchera à toujours appliquer, quelle que soit sa situation. Très beau récit, tout en générosité, bien écrit et bien construit, émaillé d’anecdotes amusantes; malgré tout, j’ai trouvé un peu long ce témoignage, et que parfois, il tournait en rond.

Extrait

Il y a dans cette fresque guerrière le même mélange de gloire et de naufrage. Au premier plan, un fier général tout en blanc mène l’assaut sur un cheval cabré. Mais tout près, à un angle de la toile, lui répond l’image d’un cavalier désarmé par un coup de mitraille, affalé sur sa selle et qui regarde autour de lui sans comprendre.

Il m’arrive parfois, comme ce soir, de penser que ma vie est ainsi scandée par ces extrêmes opposés. Tour à tour champ de bataille et champ de ruines, elle n’a été qu’une suite de combats, de redoutes à emporter, de vague à l’âme l’assaut mené, de marches forcées et de nouvelles batailles. Médecine, humanitaire, littérature et aujourd’hui cette fonction nouvelle, ce nouveau défi, mon existence est une longue errance sans repos. Pourquoi suis-je incapable de m’arrêter à un destin et à un seul ? Pourquoi suis-je ainsi condamné à vivre plusieurs vies, à rouler sans répit mon rocher en haut de montagnes de plus en plus escarpées ?

L’horizon de nuit, lavé par la pluie, paraît aussi clair que peut l’être une obscurité de mer et de ciel noir. Les petites lumières de Gorée scintillent le long de la barrière de basalte. Ma femme et mes filles dorment à l’étage. Le bruit des gouttes les a bercées, comme elles le faisaient jadis sur les toits de tôle d’une autre ville d’Afrique où nous avons vécu.

J’écoute monter un murmure qui d’abord m’inquiète puis me rassure. C’est le bruit que font les souvenirs quand ils approchent en troupe. Que veulent-ils ? M’apaiser. Me dire qu’en dépit d’apparences contraires, le fil de ma vie est unique et solide. De très loin revient l’écho d’une vocation qui a fait de moi un médecin, mais en mettant dans ce mot tant d’idéal et d’espoir qu’il a pris la dimension du monde.

La médecine est la vie, ma vie, toute la vie. Aujourd’hui que je lui parais si peu fidèle, j’en suis plus proche que jamais. J’ai envie de raconter cela, de montrer cette unité.

La médecine est le véritable sujet de ce livre. Qu’on veuille bien me pardonner d’y parler beaucoup de moi ; c’est le seul moyen que j’aie trouvé pour parler d’elle.

Catégories : CHALLENGE LECTURES | Un commentaire

Hôtel des Piranhas

Pour le, voici un « deux en un »

4ème de couverture

Au bord d’un fleuve énorme et menaçant, une case de bambous au toit de palmes où se retrouvent tous les aventuriers de l’Amazonie : c’est l’hôtel des Piranhas. Ses clients couchent dans des hamacs et mangent du tapir rôti. Il est tenu par un couple de marginaux, beaux et amoraux, autour desquels va s’organiser la ronde des terreurs tropicales et des amours torrides. Une jeune femme un peu fantasque, un peu sorcière, va déclencher les passions et la violence. Les chamans indiens s’en mêlent et Vénus en découd avec le dieu Pan, sous le regard attentif et cruel de la matoutou, la mygale géante apprivoisée de l’hôtel des Piranhas. L’auteur du Petit train de la brousse change de continent. Avec ce roman, qui réserve bien des frissons, il nous emmène dans un lieu inquiétant où se posent d’énigmatiques questions, et où l’amour suit d’étranges chemins…
Mon avis
Sur fond d’aventure en Guyane, d’évocations follement érotiques, nous faisons la connaissance de divers personnages qui passent, certains reviennent, banals ou pas, selon que l’on se place du côté du narrateur incrédule, prenant des notes dans son carnet noir, ou de celui de Nadia échafaudant des  scénarios, au gré de son imagination et observation sans limites. Je me suis régalée de ce récit truffé d’anecdotes, de dialogues, de situations, à première vue, invraisemblables.
L’humour, toujours présent, est aussi prétexte à dialogues, semblant surréalistes, traitant des horreurs du bagne, de réflexions et attitudes colonialistes, de la lutte pour l’Indépendance des indigènes, des nazis vivant impunément en Amérique Latine, des religions évoquées de manière iconoclaste.
Je me suis amusée.
EXTRAITS
Ils avaient acheté un petit house-boat pour faire des excursions et un canot à moteur. Mais les clients se lassaient rapidement de descendre des fleuves impassibles et monotones, d’où le bruit du moteur faisait fuir les animaux. Il était interdit par l’administration d’aller chez les Indiens, trop vulnérables aux maladies des Blancs. On les voyait passer en pirogue avec leurs longs cheveux, leurs lances et leurs pagnes rouges. Karl leur avait défendu d’aborder à l’hôtel des Piranhas. Il voulait éviter à ses clients le déshonneur d’acheter les fausses flèches, les faux arcs, et les faux tamis à manioc que les Indiens fabriquaient spécialement pour les touristes.Aussi la plupart de ses hôtes, convaincus au bout de quelques jours qu’il ne se passait donc rien en Amazonie, se résignaient à vivre à l’hôtel des Piranhas comme ils l’auraient fait à la plage sportive de Cannes : bains de soleil, baignades,alcool et bouffe. On finissait par trouver banal le rôti de tapir et la brochette de caïman. Quant à l’aïmara, ça n’était qu’un gros brochet, n’est-ce pas?
– Je n’ai jamais vécu aussi intensément qu’ici! proclamait pourtant Nadia, la pêcheuse de piranhas. Était-ce son vrai prénom? Était-elle russe? Que faisait-elle au fond de cette jungle, seule? Questions qu’il n’était pas convenable de poser à l’hôtel des Piranhas dont les hôtes s’entouraient volontiers de mystère comme pour laisser supposer de subtils motifs à leur présence sur ce radeau. Chacun avait souri lorsque Nadia avait prétendu être une scénariste, venue chercher l’inspiration sur les rives de l’Oyapock. L’inspiration vraiment dans les lieux les plus monotones de la planète!
– C’est dans ce silence des débuts du monde, dans cet écoulement indifférencié des jours que naît l’événement qui n’est que la revanche de l’imagination sur le cosmos inerte,disait-elle souvent entre ara et pécari 1
1. L’équivalent en Amazonie de notre expression «entre chien et loup
Catégories : CHALLENGE LECTURES | Un commentaire

Le loup peint

Je participe au challenge proposé par Sharon et Nunzy

4ème de couverture

Vincent Galtier est vétérinaire dans une petite ville de l’Yonne, près d’Auxerre. Depuis la mort accidentelle de son fils, son couple est à la dérive. Seule Marion, sa maîtresse, parvient  à lui faire vivre quelques moments d’oubli.

Une nuit, alors qu’il vient de la quitter et traverse une forêt isolée, pour rentrer chez lui, les passagers d’une voiture inconnue lui tirent dessus et tentent de le précipiter dans un ravin. Lorsque Vincent arrive finalement à son domicile, après leur avoir échappé de justesse, c’est pour y découvrir une scène de massacre. Il y en aura d’autres. Le cauchemar ne fait que commencer.

Mon avis

Le début, scènes d’horreurs et d’angoisses tellement bien décrites, j’ai laissé passer un jour avant de reprendre la suite. Puis, je n’ai plus quitté les personnages impliqués dans l’affaire. Un polar à l’intrigue peu banale, malgré quelques clichés, que j’ai suivie pas à pas, sachant que le vétérinaire, suspect numéro un, n’est en rien coupable de ce qu’on l’accuse. Comment va-t-il se sortir de tous les pièges qui lui ont été tendus. Quand au loup peint, il se balade dans l’histoire, petit animal innocent, sur qui repose, sans que l’on s’en doute, toute l’intrigue.

Quelques extraits

Soudain, il se figea dans l’ombre. Là, à quelques pas de lui, une silhouette obscure se faufilait dans le noir plus dense qu’elle. L’odeur était forte. Désagréable. Mais moins que ce qu’il avait dû manger depuis qu’il avait quitté les tétines de sa mère.
Joey jaugea la taille de la créature, essayant de voir si elle était dangereuse. Ses petites pattes, beaucoup moins longues que les siennes, ne l’inquiétaient pas. Mais il avait appris à se méfier des dents des autres animaux. Depuis que ses frères et sœurs étaient morts, les jeux avaient disparu. Lorsqu’il croisait une autre mâchoire sur son chemin, c’était à celui qui la refermerait le premier sur le cou de l’autre.
Et à ce jeu-là, il n’avait jamais perdu.

 

– Bon, tu accouches, oui ? Pourquoi tu penses qu’il est innocent ?
Benoît Martin, le simplet de la brigade, mit alors un sucre dans son café et commença à le touiller en rassemblant son courage à deux mains.
– À cause de son chat.
Milan crut avoir mal entendu.
– Son chat ?
Martin hocha la tête.
– Ouais. Il est venu se frotter contre lui, l’autre soir, juste avant qu’on l’embarque.
Richard Milan prit une profonde respiration. De l’air. Il lui fallait de l’air avant que…
– Une femme seule… un chat seul… je te parie ce que tu veux que le matou dormait avec sa maîtresse, cette nuit-là.
L’air resta bloqué dans les poumons de Richard Milan. Il posa des yeux incrédules sur Martin qui plissait les paupières en buvant une gorgée du café brûlant tout en soufflant sur sa tasse.
– Alors… pfuuuu… s’il avait été là quand le vétérinaire a découpé sa femme en morceaux, s’il avait assisté aux coups, au massacre… pfuuuu… tu crois vraiment qu’il serait ensuite allé se frotter contre ses jambes ?

Catégories : CHALLENGE LECTURES | Un commentaire

Le berger des abeilles

Je participe au

Résumé

, un jeune lieutenant originaire du Nord de la France rentre de prison en Allemagne; Le ministère des prisonniers l’envoie en congé dans les Pyrénées Orientales. Voulant passer en Espagne, empêché, il rejoint les résistants dans la montagne, fait la connaissance du berger des abeilles, fréquente Maillol et les danseurs de sardane.

Mon avis

Description picturale des paysages du Roussillon,  j’ai aimé ce roman, les aventures  romantiques sur fond de guerre d’Espagne et d’occupation allemande. Une foule de personnages attachants, passionnés et passionnants que j’ai suivis dans leurs vies, multiples aventures, périlleuses, humaines.

Extraits

Elle a refermé. Il va vers la porte, hésite à pousser le verrou, retourne à la fenêtre. Au-dessous, à gauche, voici la terrasse vide d’un café. Les montants du store dessinent des losanges compliqués. Plus loin, même côté, une autre terrasse. Les chaises sont blanches, encore alignées dans leur géométrie matinale. Quelques clients en bras de chemise prennent le café. En face du café blanc, la Loge de mer élève son élégante façade nerveuse. Elle aussi est devenue un café et on dirait que la Vénus de Maillol est là pour arbitrer les hésitations des consommateurs. L’ambiance est presque légère. Tout va s’arranger. A Perpignan, les tragédies sont peu plausibles.
Et puis, à sa droite, touchant presque sa chambre de l’autre côté de la ruelle, c’est l’Hôtel de Ville que l’ombre caramélise. Des beaux murs modulés en galets de rivière, trois bras de bronze, différents, émergent et se tendent on ne sait vers quoi, au-dessus de la place.

Catégories : CHALLENGE LECTURES | Un commentaire

Propulsé par WordPress.com.