CHALLENGE LECTURES

Le singe de Hartlepool

Lu pour,

Résumé

En pleine guerre napoléonienne, un navire français fait naufrage au large de Hartlepool. Parmi les débris, un seul survivant : un chimpanzé, mascotte de l’équipage portant l’uniforme tricolore. Mais, dans ce petit village d’Angleterre, où personne n’a jamais vu de Français, l’animal correspond assez bien à l’idée qu’on se fait de l’ennemi. Aussitôt, le singe est traîné en justice, accusé d’espionnage…

Mon avis

Un album de  bande dessinée, inspiré d’une anecdote : Les habitants de Hartlepool, ayant pris un singe pour un français, et au nom d’une haine, bien connue,franco-anglaise réciproque, l’ont maltraité.

Au-delà de ce récit, c’est la démonstration que ces sentiments de racisme ordinaire, nés de la méconnaissance et  la méfiance de l’autre, des idées reçues, et de leur exacerbation et jusqu’où un être humain peut aller dans l’ignominie, la violence, l’injustice, la cruauté et la barbarie.

Malgré le ton ironique de ce récit, j’ai ressenti une grande tristesse;  cela se passait au début du 19ème siècle, mais hélas, cela existe et perdure au 21 ème siècle

 

Extrait

– Charly * Monte dans cette voiture immédiatement!
– M… Mais Papa, le Monsieur, il est…
– Ce n’est pas un « Monsieur », Charly, c’est un singe. Ils ont pendu un singe. Et pour l’amour de Dieu, cesse de me contrarier et grimpe ! Ce n’est pas le moment.
– Euh, M’sieur…? ?
– Vous pourriez nous rapprocher de Newcastle ?
– On peut payer notre voyage… un peu.
– Oh, mais avec plaisir ! Ce serait un crime de vous laisser dans ce village de fous. Montez ! Et toi-là bas, merdeux ! Descends de ce singe !!!
– Quel singe ?
– Ah les imbéciles ! Ah les ignorants ! J’aurais préféré que tu ne voies pas ça, Charly, mais puisque c’est fait, souviens-toi toute ta vie de ce que tu viens de voir. Des hommes petits, imbibés de nationalisme, ont pendu un singe ! Ah, elle est encore loin, la modernité, c’est moi qui te le dis ! On est en pleine préhistoire !
– Mais, Papa, tu es sûr que c’était un singe ? Il avait l’air tellement…
– Humain ? Bien sûr qu’il avait l’air humain. Les singes nous ressemblent, Charly. C’est comme ça. Une cruelle fantaisie du créateur pour nous rappeler qu’entre nous et les bêtes, il n’y a qu’une histoire de nuances…
– Dites, vous causez drôlement bien, M’sieur. Z’êtes un lord, ou quelque chose comme ça ?
– Je suis le Docteur Robert Darwin de Shrewsbury. Et voici mon plus jeune fils, Charles Darwin…
– On se connaît déjà… Moi, c’est Philip.
– Enchanté, Philip. Et d’où viens-tu ?
– De partout, M’sieur ! De partout et de nulle part.
– Voilà qui ne va pas te faciliter la vie, jeune homme. Déjà que l’étranger fait peur alors qu’on sait d’où il vient, m’est avis que l’apatride a du souci à se faire. Et pour longtemps…

 

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Le serpent d’étoiles

Lu pour,

Résumé

La nuit étoilée qui baigne la pastorale des bergers… La terre, maternelle et dure, et, plus que tout : les bêtes, intermédiaires entre l’homme et la nature… Malheur à celui qui les méprise ! L’auteur, avec son enthousiasme lyrique, nous décrira le grand piétinement du troupeau en révolte, et son triomphe sur celui qui les a méconnues…

Mon avis

J’ai été surprise, voire décontenancée par l’écriture de Giono. Mais, très vite, je me suis prise au jeu.Des images poétiques, tout en restant réalité; Mais, très vite, je me suis prise au jeu.Au fur et à mesure de la lecture de ce roman,  toujours en attente de ces descriptions originales et si agréables, comme une musique insolite, qui m’a charmée. Le monde qu’il nous décrit est bien loin de nous, mais a existé. Giono l’immortalise de belle façon.

Extrait

Ce soir-là, c’était l’été, la grande porte donnait en plein sur la nuit. Celle-là est venue à côté de moi et elle a passé son petit bras autour de mon cou. C’était tout juste car j’ai le cou gros et que je pèse, et je lui disais : « retire-toi, je te fais mal », mais elle restait contre moi et j’étais glacée de peur et elle était chaude comme un brasillon à me brûler la peau où elle était collée. Et elle m’a dit :
« — Mama, regarde la nuit, c’est plein d’étoiles qu’on sème tout juste. Qui c’est qui les sème ? Qui c’est qui en a le sac tout plein ? C’est des poignées et des poignées qu’on jette ; on dirait du riz, regarde. »

Tout est venu de ce jour de mai : le ciel était lisse comme une pierre de lavoir ; le mistral y écrasait du bleu à pleine main ; le soleil giclait de tous côtés ; les choses n’avaient plus d’ombre, le mystère était là, contre la peau ; ce vent de perdition arrachait les mots aux lèvres et les emportait dans les autres mondes. Malgré tout ça, on « faisait la foire. » On ne peut guère abandonner une foire de mai : si la pluie menace, on prend le parapluie en bandoulière. S’il fait ce vent, on se jette là-dedans à la nage, on gueule des prix, on vit tout le jour les yeux fermés, les oreilles rompues, comme dans une mer, mais, quand même on fait les affaires et, le soir, à l’abri des murs, on ouvre les paupières brûlées par le sel et le vent : le sac des sous, comme une chose arrachée à un fond marin est plein de débris d’herbe et de sable.

 

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Le guépard

Lu pour….

Résumé

Dans la Sicile de 1860, une famille de la haute aristocratie subit le changement de régime de l’île. Le prince Salina, d’abord pris de vertige devant la « stupéfiante accélération de l’Histoire », se laisse peu à peu gagner par une indolente et puissante nostalgie contre laquelle il ne sied plus de lutter. Son pétillant neveu, Tancrède Falconeri, incarne la force nouvelle qui ébranle son pays et devant laquelle il a l’intelligence de s’incliner. Avec son humour savoureux, son exquise courtoisie, il demande pour lui la main de la belle Angélique Sedara, quand bien même cette union signe la défaite éclatante du Guépard, le blason de sa famille. Il ne lui reste qu’à s’abîmer dans la contemplation des étoiles, aussi vertigineuse que la « sombre nuit » dans laquelle se précipite son âme.

Mon avis

J’ai aimé ce roman; la description de cette Italie, l’avenir et le progrès représentés par des personnages attachants,  jeunes et beaux, tolérant vis à vis de cet homme d’un autre âge, qui les accepte et les aime, malgré leur différence.

Extraits

Le monastère était soumis à une règle de clôture rigide et son entrée était fermée aux hommes. Justement pour cela Don Fabrizio était particulièrement content de s’y rendre en visite, car pour lui, descendant direct de la fondatrice, l’exclusion s’annulait et il était jaloux et fier comme un enfant de ce privilège qu’il ne partageait qu’avec le Roi de Naples.

      Cette faculté d’abus canonique était la cause principale mais non unique de sa prédilection pour le Monastère du Saint-Esprit. Tout lui plaisait dans ce lieu, à commencer par l’humilité fruste du parloir avec sa voûte en berceau et au centre le Guépard, sa double grille pour les conversations, le petit tourniquet de bois pour faire entrer et sortir les messages, avec la porte bien équarrie que le Roi et lui, seuls mâles au monde, pouvaient franchir licitement. Il aimait l’aspect des religieuses avec leur large guimpe de lin très blanc aux petits plis menus, qui se détachait sur la rude robe noire; il se sentait édifié en écoutant l’Abbesse raconter pour la vingtième fois les miracles naïfs de la Bienheureuse, en voyant qu’elle lui indiquait le coin du jardin mélancolique où la sainte nonne avait arrêté, le laissant suspendu en l’air, un gros caillou que le Démon, énervé par son austérité, avait lancé contre elle; il s’étonnait toujours de voir encadrées sur le mur d’une cellule les deux lettres fameuses et indéchiffrables, celle que la Bienheureuse Corbera avait écrite au Diable en l’exhortant au bien et la réponse de celui-ci exprimant, semble-t-il, le regret de ne pouvoir lui obéir; il aimait les gâteaux aux amandes que les nonnes confectionnaient d’après des recettes centenaires, il aimait suivre l’Office dans le chœur, et il était même content de verser à cette communauté une part non négligeable de ses propres rentes, comme le voulait l’acte de fondation.

Ayant laissé sa voiture au palais, le Prince se dirigea à pied là où il avait décidé d’aller. Le trajet était court, mais le quartier mal famé. Des soldats en équipement complet, si bien que l’on comprenait tout de suite qu’ils s’étaient éloignés furtivement des détachements bivouaquant sur les places, sortaient avec des regard éteints des petites maisons basses dont les frêles balcons portaient un pot de basilic qui trahissait la facilité avec laquelle ils étaient entrés. Des garnements sinistres se disputaient dans les tonalités graves des Siciliens en colère. De loin, parvenait le bruit de coups de fusil qui avaient échappé à des sentinelles nerveuses. Ce quartier dépassé, la rue longea la Cala : dans le vieux port de pêche les barques à moitié pourries se balançaient, avec l’aspect désolé des chiens galeux.

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Massacre sur l’île aux oiseaux

Lu pour…..

Résumé

Un ancien journaliste devenu écrivain reçoit un matin un bien étrange courrier. Il contient une lettre et un long manuscrit d’une soixantaine de pages, datant de plus de 200 ans, qui évoque un drame passé sur l’île aux Oiseaux en Gironde. Ce dernier va mener une enquête pour vérifier si les faits sont authentiques. Ce document, fragile, évoque un drame épouvantable qui se serait déroulé sur l’Ile aux oiseaux.
Dans un premier temps, l’écrivain croit à un canular. Il abandonne donc le document. Toutefois, différentes informations confirment l’authenticité du manuscrit : le papier est ancien, l’encre aussi. Le style du texte également.
Reste donc à vérifier si l’histoire affreuse et incroyable qui est racontée dans ces soixante pages est, elle aussi authentique. L’écrivain entreprend donc une époustouflante enquête qui le conduira évidemment sur le Bassin, sur l’Ile aux oiseaux, mais aussi au Pays basque, en Espagne, à Paris, etc.

Mon avis

Mis à part le style d’écriture que je n’apprécie pas beaucoup, j’ai aimé l’intrigue proposée dans ce livre; de plus, cela se passe en des endroits que je connais bien et dont je garde des souvenirs heureux. L’écrivain part à la recherche d’indices historiques, prouvant la véracité du document qui lui a été confié. De rencontres en rencontres, faisant connaissance avec d’aimables personnes, qui l’aideront dans ses recherches, il découvrira, en même temps que le lecteur, le fin mot de l’histoire, assez inattendu. Un agréable moment à passer en compagnie du journaliste-écrivain autour de ce bassin d’Arcachon, que j’aime tant.

Extrait

Aux archives municipales, il existait des documents relatant la grande tempête au cours de laquelle non seulement les habitants de l’île avaient été emportés, mais également les marins pêcheurs qui se trouvaient en mer au moment des grandes bourrasques.Eux aussi, tous portés disparus, noircissaient le tableau. Le dramatisaient. Quel jour maudit que ce 28 octobre 1781. Bénat, le marin de Saint Jean, patron de Gallo, était lui aussi mort ce jour-là.

Curieusement, Gallo ne sut jamais que les cieux, cette nuit d’épouvante, complétèrent leurs tueries. Ou les effacèrent.

 

Cette partie de l’enquête étant bouclée, mais n’ayant strictement rien donné de véritablement concret- ce qui me désespérait un peu- nous décidâmes de nous rendre à la Pointe aux chevaux pour essayer de retrouver une trace de l’établissement fréquenté par Gallo et ses camarades assassins et violeurs: l’auberge « Aux tchanques agiles », entre le Petit Piquey et le Grand Piquey sur la commune de Lège.

 

Marée basse

Marée haute

Les photos de l’île ne sont pas dans le livre. Ce sont des vues des quartiers, des cabanes tchanquées, symbole du Bassin.

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La danse des paons

Lu pour le………

Résumé

Quatrième de couverture
Rita Maraj passe du jour au lendemain du statut de petite princesse à celui de Cendrillon. Face aux humiliations et aux réprimandes permanentes de sa belle-mère, Rita se réfugie dans un monde de mystères et d’imagination. La rivalité avec sa demi-sœur, Isabelle, laissera des traces autrement plus profondes quand ces deux jeunes femmes modernes, élevées dans la petite bourgeoisie de Georgetown, se heurteront aux blocages d’une société traditionnelle. Jusqu’au jour de leur rencontre avec Kamal dans les quartiers chauds de Bombay. Le combat de cet homme qui consacre tout son temps à la recherche de sa fille disparue bouleversera à jamais leur vie.
Entre rêve et désenchantement, La Danse des paons tient le lecteur sous le charme d’un récit tissé de toutes les couleurs de l’enfance.

Mon avis

Un roman qui témoigne de la prostitution des enfants en Inde. Le personnage clé Rita, très attachante, et active, aime et protège sa demi-soeur, dans un climat difficile et hostile, une belle-mère « méchante », un père peu présent, faisant les 4 volontés de sa nouvelle femme, négligeant Rita. Une histoire un peu mièvre, malgré des épisodes difficiles, Rita et les caprices de sa demi-soeur, l’attitude désagréable de sa belle-mère, ses déboires amoureux. Toutefois, j’ai pris plaisir à lire ce livre, pour l’évocation de la condition de ces  enfants maltraités, filles esclaves et prostituées et les évocations de la culture indienne en Inde, et de la vie des indiens en Guyanna, de même que la »ségrégation » envers ceux et celles de sang mêlé.

Extrait

 » Elle ne parvenait pas à détacher ses yeux de cet être humain miniature qui dormait paisiblement la tête posée sur l’oreiller (..). Ce fut un coup de foudre. Dès l’instant où elle posa les yeux sur elle, Rita aima sa sœur d’un amour total où se mêlaient de la vénération et un désir de protection ; un amour trop grand pour une enfant de dix ans.  » Rita, petite sauvageonne guyanaise, est le fruit d’un amour interdit entre un Indien et une métisse. Sa mère meurt alors qu’elle n’a que quelques mois et son père est un doux rêveur qui la laisse très souvent libre. Avec l’arrivée de Marilyne, sa belle-mère, la vie de Rita change radicalement. Celle-ci lui impose une règle de conduite très stricte et, par manque de savoir-faire, lui donne la responsabilité d’Isabelle, sa fille qui vient de naître. Une étrange relation va alors se dessiner entre les deux sueurs, faite de haine, de jalousie, d’admiration et d’envie… Voici une fable légère et réaliste sur la recherche du bonheur, un véritable voyage de l’enfance vers l’âge adulte.

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L’ile des pingouins

Lu pour le,…..
Résumé
Entraîné par la malice du Diable, le saint homme Maël aborde une île des mers hyperboréennes où l’a poussé une tempête de trente jours. Et là, trompé par sa mauvaise vue, le vieil apôtre baptise des pingouins, causant ainsi au Royaume des Cieux une perplexité dont Catherine d’Alexandrie tire heureusement les élus en proposant de métamorphoser les pingouins en hommes. Telle est l’origine la plus reculée de la civilisation pingouine dont Anatole France raconte l’évolution jusqu’à nos jours dans ce récit où sa verve féroce fustige les ambitieux et les politiciens de son temps : le temps de Boulanger ou de l’affaire Dreyfus. On y trouve un Pyrot compromis dans la sombre affaire des bottes de foin, un Colomban qui rappelle beaucoup Zola. Cette satire pessimiste est douée d’une pérennité qui fait penser à Swift et à Voltaire. Elle est écrite dans un style limpide où étincelle l’ironie de celui que jean Guéhenno a appelé le « dernier sage ».
 Mon avis
Anatole France relate l’histoire d’un pays « La Pingouinie », de ses origines aux années 1940, évènements inspirés de l’histoire de la France, les parodiant, église, gouvernements,les incidents politiques, sociaux,  les banques, les riches et puissants, les complots, les abus en tous genres, tout est prétexte à pamphlets, tout y est; et tout au long, j’ai retrouvé les défauts et les torts de tous les gouvernements en ce qu’ils ont failli sciemment, quelle que soit l’étiquette politique,  à considérer le peuple, comme étant humain, mais  plutôt à le manipuler, à le transformer en bête de somme.
Une lueur d’espoir, quand deux amoureux, anarchistes, assistent à l’effondrement du pays.
Extraits
Préface « Si vous voulez que votre livre soit bien accueilli, ne négligez aucune occasion d’y exalter les vertus sur lesquelles reposent les sociétés : le dévouement à la richesse, les sentiments pieux, et spécialement la résignation du pauvre, qui est le fondement de l’ordre., et on peut reconnaitre  Affirmez, monsieur, que les origines de la propriété, de la noblesse, de la gendarmerie seront traitées dans votre histoire avec tout le respect que méritent ces institutions. Faites savoir que vous admettez le surnaturel quand il se présente. À cette condition, vous réussirez dans la bonne compagnie. »
« — Plus j’y songe et plus je me persuade que Pyrot a volé ces quatre-vingt mille bottes de foin. Et où je le reconnais, c’est qu’il les a dérobées pour les vendre à vil prix aux Marsouins, nos ennemis acharnés. Trahison infâme !
— C’est certain, répondit Panther ; il ne reste plus qu’à le prouver. »

 

On notera qu’Anatole France s’est amusé à donner à ses personnages des noms utilisés pour appeler les pingouins dans diverses langues, ainsi le duc de Greatauk — le Grand Pingouin en anglais, Great Auk — ou encore Alca (le pingouin en espagnol) qui est la capitale des pingouins.WIKIPEDIA

 L’Île des Pingouins existe ! Si ! Si !… Elle est située quelques kilomètres au sud-est de l’Île des Cochons : cela ne s’invente pas… Elle fait partie, comme cette dernière, de l’archipel des Crozet, quelque part du côté de l’Antarctique…(Bibliothèque numérique romande.)

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Alessandro ou la guerre des chiens

Lu pour le,

4ème de COUVERTURE

Florence, novembre 1496 : la révolution intégriste, qui a provoqué la chute des Médicis, est à son apogée. Sous l’impulsion de Jérôme Savonarole, prophète et visionnaire halluciné, une véritable  » terreur blanche  » sévit en Toscane. Une théocratie catholique impitoyable dresse les pauvres contre les riches, manipule les enfants, dont elle fait des voleurs et des assassins, soulève une partie de la chrétienté contre le pape Alexandre Borgia. Le peintre Alessandro Botticelli est déchiré entre l’humanisme qui a inspiré son oeuvre et le carcan dans lequel la révolution emprisonne les artistes florentins. Hanté par le souvenir de Fiola del Lama, sa tendre amie disparue, et par la peur de l’Enfer, il cherche en vain l’apaisement. Dominicains compagnons de Savonarole ; artistes rivaux et apprentis avides de succès et de gloire… autour de Botticelli évoluent des personnages pris dans une folie collective que rien ne paraît capable d’arrêter. Bientôt, dans Florence déjà éprouvée par une épidémie de peste, l’opposition politique s’organise… Le sang ruisselle et la fumée des bûchers noircit le ciel. Alessandro, ou la Guerre des chiens est un roman d’une actualité tragique. C’est aussi l’occasion de découvrir un Botticelli méconnu dont l’oeuvre prend soudain une autre signification.

 

Mon avis

Dans la ville de Florence règnent fanatisme et intégrisme religieux; Ce qui se passa au 15ème siècle à Florence, nous le vivons, encore aujourd’hui, dans un monde « moderne ». L’épidémie de peste, prétexte à condamner la ville si florissante, et tout ce qui fait sa richesse de pensées et de culture, il n’en faut pas plus pour embrigader les pauvres et les miséreux, qui espèrent mener une révolution, apportant l’égalité et une vie meilleure et plus juste; peu importe les moyens pour y parvenir. Terreurs, assassinats, dénonciations, autodafés, cohortes d’enfants tuant, se sacrifiant pour cette République proclamée par Savonarole, qui sait si bien manipuler les foules affamées, se complaisant à la vue de ces buchers où l’on brûle la connaissance, le savoir, des chef d’oeuvre.

Botticelli va sacrifier certaines de ces oeuvres, attiré par cette république, tout en doutant de son bien-fondé. Il créera « La résurrection de Lazare » approuvé par la République, continuant dans son atelier d’autres oeuvres, qui risqueraient mettre sa vie en danger.

J’ai aimé cette histoire, et j’ai frémi aussi, en pensant que rien, aujourd’hui, n’a changé; que le fanatisme règne toujours, que les injustices, inégalités toujours criantes, en sont le terreau. Et  victimes d’une épidémie mondiale, je souhaite que les conséquences ne soient pas l’émergence d’une autre sorte de dictature.

EXTRAITS

La troisième année de la république des moines touchait à sa fin.
Aux brumes d’octobre avaient succédé les pluies glacées de novembre. La nuit, quand l’averse ne les gorgeait pas d’eau, les champs vers San Miniato et les collines du midi se couvraient de givre et le gel blanchissait les branches des arbres dénudés. Les greniers à blé se vidaient.

Le maître, qui tenait un pinceau, se retourna. Il portrait des lunettes. Une écharpe était nouée autour de son cou. Des mèches de cheveux, plus grises que blondes, sortaient en désordre de dessous son bonnet.
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Le zèbre

Lu pour,

 

4ème de COUVERTURE

Gaspard Sauvage, dit le Zèbre, refuse de croire au déclin des passions. Bien que notaire de province, condition qui ne porte guère aux extravagances, le Zèbre est de ces irréguliers qui vivent au rythme de leurs humeurs fantasques.
Quinze ans après avoir épousé Camille, il décide de ressusciter l’ardeur des premiers temps de leur liaison. Insensiblement, la ferveur de leurs étreintes s’est muée en une complicité de vieux époux.
Cette déconfiture désole Gaspard. Loin de se résigner, il part à la reconquête de sa femme. Grâce à des procédés cocasses et à des stratagèmes rocambolesques, il redeviendra celui qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : l’amant de Camille, l’homme de ses rêves. Même la mort pour lui n’est pas un obstacle.

MON AVIS

Lu, il y a longtemps, j’avais de vagues souvenirs,  plaçant la disparition du Zèbre en début de roman, et un rendez-vous post mortem dans un hôtel. La relecture me montre combien mes souvenirs sont erronés. J’ai relu ce roman avec curiosité, et apprécié les situations cocasses. Mais malgré cela, je n’ai pu empêcher mon jugement peu favorable à cet homme, qui, je trouve, agit en égoïste, et une scène, particulièrement, m’a fait penser que son premier désir était de « tirer un coup ». J’ai continué, la lecture, très agacée, même si j’ai ri à ses stratagèmes, aux quiproquos qu’entrainent certaines de ses fantaisies.  Je pense que pour apprécier l’humour de ce roman, il faut garder à distance nos propres émois et se garder de juger, se contentant d’une lecture au premier degré.

EXTRAITS

– Ma chérie, ne pleure pas, c’est fini. C’était un mauvais rêve.
Hagarde, elle souleva son visage humide et darda ses yeux clairs sur le Zèbre qui souriait.
– Tu m’as vraiment cru ? lui lança-t-il avec gaieté.
– Si je t’ai cru ? répéta-t-elle, effarée.
– J’ai fait semblant de te quitter !
Camille se redressa et, pour toute réplique, lui envoya un violent coup de genou au bas-ventre. Et le Zèbre de glapir.
– Qu’est-ce qui te prend? demanda-t-il replié sur lui-même.
– Te rends-tu compte du mal que tu m’as fait ?
– C’était le prix à payer.
– A payer pour quoi? repartit-elle éberluée.
– Je voulais te priver d’oxygène pour te réapprendre à goûter l’air frais.

Emporté par son débit tumultueux, toujours plié en deux, il lui annonça que son stratagème n’était qu’une préface à la cure de jouvence qu’il entendait faire subir à leur couple. Un grand ravalement en quelque sorte, bien nécessaire après quinze années d’anesthésie progressive de leurs désirs. Le Zèbre était résolu à délaisser son rôle de mari, au sens amorti du terme, pour se glisser dans la peau d’un amant légitime. Il traquerait désormais les imperceptibles habitudes qui émoussent les sentiments. Sa vigilance ne connaîtrait plus de jours fériés. A partir de cet instant, il ne cesserait d’ourdir des mises en scène, comme celle de ce matin, pour retendre le lien qui les unissait.

– Que t’est-il arrivé ? finit-elle par murmurer.
– Il y a des conversions mystiques, pourquoi n’y aurait-il pas des conversions amoureuses ? Camille, Si je n’avais pas tiré la sonnette d’alarme, nous aurions fini comme tous ces ménages en trompe-l’oeil. Un jour ou l’autre, tu aurais dormi avec un autre et moi, bête comme je suis, j’aurais été braconner du petit gibier.
Au lieu de dériver vers ces liaisons clandestines, quasi inéluctables à l’entendre, le Zèbre lui proposait de mimer leur amour pour tenter de le faire renaître. Sincère, il prévint Camille qu’il n’aborderait pas cette lutte contre l’usure du temps avec une pince à sucre.
– Ça ne sera pas une sinécure ! conclut-il, navré.
Encore ébranlée, Camille songea qu’elle ne s’était pas trompée en affublant Gaspard de son sobriquet. Il était assurément un drôle de Zèbre. Elle ne soupçonnait pas encore la violence du typhon qui allait bientôt s’abattre sur son existence paisible et réglée de professeur de lycée.

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Munkey Diaries Journal 1957-1982

Lu pour,

 

4ème de couverture

« J’ai écrit mon journal à partir de 11 ans, adressé à Munkey, mon confident, ce singe en peluche, gagné dans une tombola. Il a dormi à mes côtés, il a partagé ma vie avec John, Serge, Jacques, il a été le témoin de toutes les joies et toutes les tristesses. Devant la dévastation de mes enfants, j’ai déposé Munkey dans les bras de Serge dans le cercueil où il reposait, tel un pharaon. Mon singe pour le protéger dans l’après-vie.
En relisant mes journaux, il me semble flagrant qu’on ne change pas. Ce que je suis à 12 ans, je le suis encore aujourd’hui. Les journaux sont forcément injustes, on montre ses cartes, il y a des versions de tout, mais là, il n’y a que la mienne. J’ai pris comme principe de ne rien arranger, et croyez-moi, j’aurais préféré avoir des réactions plus sages que celles que j’ai eues… ».

On croyait tout connaître de Jane Birkin, tant elle fait partie de notre histoire depuis cinquante ans, jusqu’à ce livre qui nous fait vivre une époque flamboyante, du Swinging London au Saint-Germain-des-Prés des années 70, et donne à lire le quotidien d’une grande amoureuse, désopilante et fantasque, et d’une artiste exceptionnelle.

Un journal à la fois intime et universel.

Mon avis

Un journal qui ressemble à la Jane Birkin que je crois  connaitre. Souriante, charmante et fragile. Je suis entrée dans sa vie sans voyeurisme, l’accompagnant dans ce parcours chaotique, où aucune souffrance ne lui est épargnée. Elle traverse des épreuves terribles, à sa façon « birkinienne ».  Bien que je compatisse, et comprenne le besoin, l’envie de communiquer, partager et de se raconter de Jane Birkin,   je ne pense pas lire la suite.

Extraits

Ma pauvre petite fille que j’aime, j’espère que je t’ai dit des choses rassurantes, que personne ne s’éloigne s’il n’en a pas envie, de ne pas troubler sa tête avec les responsabilités, de regarder Isabelle, 20 ans et gaie et jeune et toujours sans responsabilités, que personne ne change dans la nuit, demain ne sera pas différent d’aujourd’hui, chaque âge est un âge beau et nouveau, et de ne pas avoir peur, de me pardonner si parfois je n’étais pas non plus une mère parfaite, que pour moi aussi c’est une première fois et qu’elle pourrait se serrer contre moi quand elle voudrait, que je l’aime. Je l’ai bercée dans mes bras comme un bébé, elle qui s’est jetée dedans comme un oiseau effrayé et ma tendre Kate s’est endormie doucement comme quand elle avait un an. Voici comme rien ne change, les pauvres enfants ne changent pas. Peut-être par pudeur, nous, on change par crainte de les choquer, par respect de cet enfant qui devient jeune fille et on se trompe, elles ont autant besoin de nous qu’avant, mais elles aussi, par pudeur, n’approchent plus des bras qui pourtant de demandent que ça.

 » Tu es nourrie et logée « , a dit Serge ce soir. J’ai répondu :  » Je n’ai rien.  » Alors que ma chambre est privée, il a fallu qu’il fourre son nez dans mes papiers en disant que c’était le bordel… Tout est à lui et je n’ai pas mon mot à dire. Perchée sur une chaise, effrayée à l’idée de casser quoi que ce soit s’il est dans la pièce et je n’ai pas le droit d’y être seule. Je reste dans la cuisine ou dans ma chambre… Je ne cesse de m’apitoyer sur mon sort. Six ans avec un homme qui te balance  » tu es logée « , je crois que c’est un peu trop, il y en a qui auraient épousé cette femme-là. J’ai l’impression qu’après dix ans de vie commune il continuera à me dire la même chose et je finirai par réaliser que je ne compte pas du tout pour lui.
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Un léopard sur le garrot

Ecrit pour le

4ème de couverture

Médecin des hôpitaux, pionnier de l’humanitaire « sans frontières » , écrivain, prix Goncourt 2001, aujourd’hui ambassadeur de France au Sénégal, Jean-Christophe Rufin mène sa vie au grand galop. Selon une image tirée d’un poème de Senghor. il semble aller comme un cheval qu’un léopard aurait saisi au garrot. Pourtant, sous l’apparente diversité de cette existence, on distingue une unité profonde, née de la fidélité à une seule passion : la médecine, vécue comme un engagement total dans une discipline moins scientifique qu’humaniste. Voyage dans une vie, ce récit, en tirant sur ce fil qu’est la médecine, fait défiler sous nos yeux trente ans de notre histoire. d’un point à l’autre de la planète. De nouveau, l’auteur de Rouge Brésil et de L’Abyssin offre au lecteur une belle aventure. Mais, cette fois-ci, c’est la sienne.

Mon avis

Christophe Ruffin démontre, tout au long du récit, pourquoi il a voulu devenir médecin; ceci l’amène à exercer dans un milieu où parfois, il a du mal à trouver les valeurs qui sont les siennes; valeurs qu’il cherchera à toujours appliquer, quelle que soit sa situation. Très beau récit, tout en générosité, bien écrit et bien construit, émaillé d’anecdotes amusantes; malgré tout, j’ai trouvé un peu long ce témoignage, et que parfois, il tournait en rond.

Extrait

Il y a dans cette fresque guerrière le même mélange de gloire et de naufrage. Au premier plan, un fier général tout en blanc mène l’assaut sur un cheval cabré. Mais tout près, à un angle de la toile, lui répond l’image d’un cavalier désarmé par un coup de mitraille, affalé sur sa selle et qui regarde autour de lui sans comprendre.

Il m’arrive parfois, comme ce soir, de penser que ma vie est ainsi scandée par ces extrêmes opposés. Tour à tour champ de bataille et champ de ruines, elle n’a été qu’une suite de combats, de redoutes à emporter, de vague à l’âme l’assaut mené, de marches forcées et de nouvelles batailles. Médecine, humanitaire, littérature et aujourd’hui cette fonction nouvelle, ce nouveau défi, mon existence est une longue errance sans repos. Pourquoi suis-je incapable de m’arrêter à un destin et à un seul ? Pourquoi suis-je ainsi condamné à vivre plusieurs vies, à rouler sans répit mon rocher en haut de montagnes de plus en plus escarpées ?

L’horizon de nuit, lavé par la pluie, paraît aussi clair que peut l’être une obscurité de mer et de ciel noir. Les petites lumières de Gorée scintillent le long de la barrière de basalte. Ma femme et mes filles dorment à l’étage. Le bruit des gouttes les a bercées, comme elles le faisaient jadis sur les toits de tôle d’une autre ville d’Afrique où nous avons vécu.

J’écoute monter un murmure qui d’abord m’inquiète puis me rassure. C’est le bruit que font les souvenirs quand ils approchent en troupe. Que veulent-ils ? M’apaiser. Me dire qu’en dépit d’apparences contraires, le fil de ma vie est unique et solide. De très loin revient l’écho d’une vocation qui a fait de moi un médecin, mais en mettant dans ce mot tant d’idéal et d’espoir qu’il a pris la dimension du monde.

La médecine est la vie, ma vie, toute la vie. Aujourd’hui que je lui parais si peu fidèle, j’en suis plus proche que jamais. J’ai envie de raconter cela, de montrer cette unité.

La médecine est le véritable sujet de ce livre. Qu’on veuille bien me pardonner d’y parler beaucoup de moi ; c’est le seul moyen que j’aie trouvé pour parler d’elle.

Catégories : CHALLENGE LECTURES | 2 Commentaires

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