Les mots scénographent

Bienvenue dans la galerie des contes…de LINOTTE

Au pays des traditions calmes…enfin, pas toutes.

Ecrit pour le défi du 20 février 2017, sur une proposition de Maryline

Partager nos traditions locales (ou connues lors d’un voyage), liées elles-aussi à des évènements, hors tout aspect religieux.

Au pays des traditions calmes…enfin, pas toutes.

Invitée par ma correspondante japonaise,

 Je débarquais à Osaka,

Le 15 mars, d’une lointaine année.

Elle m’avait dit, m’attendre à l’aéroport.

Parmi tous ces gens souriants, accueillants,

Je ne la vis point.

De japonais, je ne connaissais que Banzaï,

C’était un peu gênant,

Bonzaï, je n’ai pas la culture de ces plantes nanifiées,

Samouraï, je n’en avais apparemment pas besoin,

Sumo, pour ça, je verrais plus tard,

Geisha, si seulement il y en avait  une dans l’aéroport…

Je tentais ma chance en bredouillant quelques mots d’anglais.

Ainsi, je dénichais un taxi,

Lui donnais l’adresse de mon amie,

Mie Nishiyama.

Porte close.

La voisine m’apprit que, par la police,

Elle avait été emmenée.

Me proposa, chez elle, d’entrer,

Et m’offrir un thé.

J’étais interloquée.

Mie arrêtée!

Qu’avait-elle donc fait?

  • ホワイトデー, répondit la voisine.
  • Howaito , what is this?
  • White day.

A ce moment, arriva son fils aîné,

Elle lui parla.

Aussitôt revint souriant avec la  photo ci-dessous.

white-day-saint-valentin-japon-valentine-day-japan-1

Tout mimi, c’était lui, en personne.

  • 三倍返し

Je compris quelque chose comme Sanbaigaeshi. « Geishi, pluriel de geisha, comme un scénario, des scénaris. Il me prend pour une geisha!  » Je secouais la tête. J’en voulais pas de ses cadeaux! Il continua, toujours aussi plaisant, répétant sanbagaeshi et me montrant trois doigts. « Ménage à trois?! Ho le samouraï, tu peux te faire hara-kiri! » et j’ajoutais le geste à mes pensées.

  • Are you hungry?
  • Yes, I am!

Sa mère et lui disparurent quelques instants. Pour revenir, portant un plateau couvert de sushis.

  •  Oshizushi, dit la mère.
  • Sasazushi, dit le fils.

Son accent, j’avais compris angry, il avait sûrement  demandé  si j’avais faim. Pendant ce temps, ils continuaient: » Oshizushi/ Sasazushi/Oshizushi/ Sasazushi/Oshizushi/ Sasazushi/…

  • Vous, deux, ça suffit. I am hungry, yes.

valentin-the-vert-sencha1024px-senchaTriomphant, le fils regarda sa mère, me servit un sasazushi, et la mère, un thé.valentin-sushi

  • Sencha.
  • Sencha tea, précisa le fils

Nous mangeâmes avec les doigts. Tout était très bon. Je remerciais, les imitant, mains jointes, légère inclinaison, tout sourire.

  • Mie? What happened?
  • White day, répondit le fils, montrant à nouveau la photo.

Il se mit à m’expliquer en anglo-nippon, une histoire de cravate, de white day, et de chocolat…du mari qui avait crié à l’assassin…me dessinant ceci:valentin-etrangle550934c97831b

  • Vous? dis-je le montrant. En même temps, je remarquais que Mie était devenue blonde.
  • No, répondit-il en me montrant un autre dessin. She is my wife.

valentin

Et me remontrant la première photo:

  • Sanbaigaeshi for her, the White Day, after barentain dē.

Baratin?! Kezako?

Et la mère de dire tout sourire:

  • バレンタインデー

« Encore ce baratin! Il faut que je trouve un truc pour sortir de cette maison de fous. C’est une entremetteuse. Je vais me retrouver geisha. J’ai compris! Mie n’a pas été arrêtée. Elle s’est enfuie! »

Je fis semblant de lire un message.

  • Heu, je suis inquiète pour Mie. Elle me demande de la rejoindre au commissariat. J’appelle un taxi.
  • Je vous y accompagne.

« Le piège. Et si je les assommais? »

  • Mie me demande de venir seule.
  • Dans ce cas, je vous appelle un taxi.
  • Avez-vous un message pour Mie?
  • Son mari va bien.

Au commissariat.

  • Hello, I am french…
  • Bienvenue au commissariat de Sakai…

Un nippon qui parlait français.

  • Je viens voir Mie Nishiyama.

On me fit attendre un peu. Elle arriva, se précipita en pleurant…non, je rembobine: s’inclina, mains jointes, s’assit en face de moi.

Je fis de même.

  •   Kon’nichiha Mie. What happened?
  • Il faut demander à mon mari.
  • Justement, on m’a dit de te dire qu’il va bien.
  • Dommage.
  • Tu peux m’expliquer?
  • C’est un peu long. Je ne sais si on a le temps de…
  • Raconte.
  • Pour le Barentain dē
  • Je t’arrête, c’est quoi cette histoire de baratin?
  • Non, Barentain dē, le 14 février…
  • Ah, le jour de la Saint Valentin…
  • Voilà Barentain dē signifie Valentine Day. Ce jour là, je me suis saignée aux quatre veines pour offrir les meilleurs des meilleurs des meilleurs chocolats, à mon mari, pas des chō-giri choco, ça c’est pour les collègues hommes au travail, ni des Giri choco, pour mes amis …
  • Mie, j’y comprends rien, tu offres des chocolats aux hommes, pour quoi faire?
    • C’est une tradition qui remonte aux années 50. Quand j’étais petite fille, j’ai offert des sewa choco, ou si tu préfères desvalentin2-300x251 papa choco à mon père. Après, au lycée, j’ai offert des honmei choco à mon amoureux; enfin au garçon pour qui j’avais le béguin; parce que l’inverse, on l’apprend le jour du White Day. Et le 14 février, cette année, j’ai offert à mon mari des honmei choco, pour lui dire que je l’aime, à cet 貴様 (bon là,  je suis incapable de traduire, les  origines latines de la langue française ne pouvant rien devant le subtil  caractère policé nippon; juste écrire que j’entendis quelque chose comme pyjama, kisama…)Et lui, il les a pas mangés. Il ne m’en a même pas offert un. J’ai failli aller m’acheter des Jibun Choco. Mais j’avais tellement dépensé pour les chocolats d’amour( honmei), les giri (de courtoisie, de qualité ordinaire, pour les collègues), les tomo( pour les amis), j’avais plus rien pour m’en offrir (des jibun, plaisir perso). Et puis, quand je suis arrivée au bureau, que j’ai vu la boîte sur le bureau de cette ふしだらなおんな ( fushidaranaonna, impossible à traduire, pour des raisons citées plus haut), j’ai tout compris. Il l’avait remerciée, pour ses honmei chocos avec des gyaku chocos, en lui offrant mes honmei choco. Et le pire, il avait pas attendu le jour de howaitode (white day, vous suivez toujours? )
    • – Attends, tu vas trop vite. J’y comprends plus rien, sauf que ton mari t’a fait choc…heu pardon, t’as fait marron, heu, t’as rien donné en retour de tes honeys du 14 février…
    • Honmei, pas honey. Oui, c’est à l’autre, cette fushidaranaonna( la soi-disant copine de bureau et maîtresse du mari), qu’il les a offerts, cet kisama( son mari, enfin non, mari ne se dit pas kisama en japonais)…
    • Ce, pas cet
    • Alors, j’ai attendu le 14 mars…
    • Oui, la vengeance est un plat qui se mange froid…mais comment peux-tu être sûre que c’étaient tes chocolats?
    • Comment être sûre? Mais parce que hier, 14 mars, jour de howaitode, il ne m’a offert ni いち [ichi] , niに [ni], et encore moins 三倍返し ( sanbaigaeshi).

« Revoilà les geishis, peut-être que sanbagaeshi veut dire femme de ménage…ou une geisha qui danse la samba? »

  • Mie, ça sert à quoi une sanbagaeshi?
  • A remercier, c’est la tradition du 14 mars, les hommes offrent Kansha choco à toutes les collègues et amies; on appelle aussi gyaku chocos. Mais à moi, il aurait dû offrir trois fois plus que mes honmei chocos, pour me dire que c’est moi qu’il aime. Et rien…alors ce que j’avais vu, pensé…je l’ai attrapé par sa cravate, j’ai failli l’étrangler, j’étais furieuse, tu comprends…et voilà, je suis accusée de tentative d’assassinat.
  • Mie, je suis désolée, de ce qui t’arrive. Courage.  Sayonara.

Bon, je rentrais chez moi, mon vocabulaire japonais, très enrichi; triste pour Mie.

Je lui écrivis, appris que divorcée, et libérée, elle avait ouvert une boutique de chocolats, pensait bien venir me voir pour me présenter son fiancé; ils se seraient rencontrés lors d’un match de sumo. Sacrée Mie!

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Résumé:

En japonais, la saint valentin se dit : Barentain de  (バレンタインデー) ou Valentine Day, fêtée le 14 février.

Ce jour là les femmes offrent Honmei chokkoretto (本命チョコ) à l’homme qu’elles aiment, Tomo chokkoretto (友チョコレート) pour les vrais amis, et Giri chokkoretto (ギリチョコレート) pour les collègues de travail.

On peut aussi s’offrir des Jibun Chokkoretto (自分チョコ), les « chocolats pour soi ».

En retour, le 14 mars, a lieu Howaito dē (ホワイトデー) ou white day  la coutume veut que que les hommes  offrent les chocolats  Kansha (感謝 : remerciements), ou Gyaku choco*(逆チョコ),3 fois en retour (dit sanbaikaeshi 倍返し) de ce qu’ils ont reçu.

Gyaku choco, s’offrent aussi le 14 février, en retour des Honmei, Tomo et Giri.

PS: je ne suis jamais allée au Japon. L’idée m’est venue de raconter cette histoire et cette tradition après avoir lu ceci:

« Une femme, âgée de 43 ans, a tenté de tuer son mari, âgé de 31 ans, en l’étranglant avec une cravate, à Sakai, dans l’ouest du Japon.  Mie Nishiyama a été interpellée lundi par la police. Elle a expliqué aux policiers qu’elle le soupçonnait d’avoir une liaison. Et comble de l’indélicatesse, «il ne m’a pas donné de cadeau en retour de la Saint-Valentin. J’étais furieuse et je l’ai étranglé».

Intriguée, j’ai voulu en savoir plus et j’ai découvert cette tradition.

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Le testament d’Aliénor

Cela se passera en Aquitaine…

Voici un projet, pour l’été 2017, à visionner.

https://dartagnans.fr/fr/projects/rock-medieval-aux-chateaux/campaign

Si cela vous intéresse, vous pouvez pouvez participez au financement.

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Aujourd’hui 8 avril 2015

Lundi 28 décembre 2015

Un article abandonné! Toujours d’une brûlante actualité

Aujourd’hui 8 avril itinéraires inachevés des migrants, dans le film Les Messagers, de Hélène Crouzillat et Laetitia Tura

AUJOURD'HUILesMessagers

Du Sahara à Melilla, des témoins racontent la façon dont ils ont frôlé la mort, qui a emporté leurs compagnons de route, migrants littéralement et symboliquement engloutis dans la frontière.

« Ils sont où tous les gens partis et jamais arrivés ? »

Les Messagers se poste sur la frêle limite qui sépare les migrants vivants des migrants morts. Cette
focalisation sur les morts sans sépulture interroge la part fantôme de l’Europe. (Charlotte Garson pour le Catalogue du Cinéma du Réel 2014)

Sortie nationale aujourd’hui  8 avril 2015. . En présence de Hélène Crouzillat et Laetitia Tura.

Plus d’informations sur le site du film.

Télécharger le dossier sur le film.

Visionner la bande annonce :

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Etoile, étoiles…et partage

tout simplement humain, et ça fait du bien

ICI

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Poussez, poussez l’escarpolette (4)

Suite de « Le cauchemar de Gisela »

Poussez, poussez l’escarpolette

Un plumeau nonchalant, la poussière retombe. Il caresse une main, chatouille une joue.

Des monocles, l’air sérieux, observent, cherchent la patte  Fragonard; se retirent en silence, l’air dubitatif. « Nous repasserons. »

Gisela est partie, achetée par un collectionneur de porcelaine: « Oh! Un d’Isigny! Cela fait longtemps que j’en cherche! »

Elle fut emballée avec précaution, dans du papier journal:  » J’étouffe! Sortez-moi d’ici! A-a-atchoum! Je suis allergique à l’encre d’imprimerie! Vous me…

Le reste de ses paroles  couvert par le grelot de la porte.

La redingote noire a retrouvé fière allure, lorgne vers Bergère, tout en surveillant les beaux étalons piaffeurs.

Pierrot,  la disparition de Gisela, l’a rendu nostalgique. Il se voit, trônant sur la cheminée, chez la vieille dame. Lorsqu’elle invitait la famille, elle l’ornait de sucettes, pour le plaisir des petits enfants, mais les grands ne résistaient pas, non plus. Un autre, aussi, ce petit aboyeur, prétentieux, frétillant à la vue des friandises, lui cassait les oreilles avec ses glapissements couinés.  » Mon petit trésor, ce n’est pas pour toi, tu gâterais tes dents; et puis, pense à ta ligne. » Déjà qu’il est gras de partout, je me demande comment il arrive encore à marcher. Bientôt, il roulera le Boud…Patatras, petit trésor a sauté sur la cheminée, volé une sucette, bousculé Pierrot, qui se retrouve au sol. On le remet en place. Petit Bouddha, ainsi l’a surnommé Pierrot, a filé, la queue entre les pattes, mort de trouille, abandonnant son butin.

On constate les dégâts. « Mamie, je t’achèterai de la peinture dorée. Tu pourras le repeindre. Ça ne se verra pas. »

Mamie n’a jamais peint. On a passé une annonce pour donner Petit Bouddha. Pierrot eut de la chance, de ne pas finir à la déchetterie. Il pouvait encore servir.

Pierrot lisse sa mèche, tâte ses égratignures. Plus de peur que de mal, tu dois l’oublier, pense-t-il. Oublier la chute ou Bergère?

Voilà que reviennent les monocles: « Nous l’emportons et celui-ci aussi. » désignant redingote noire.

Bergère se démène sur sa balançoire, s’agite. Tous, témoins muets de la scène, se tournent vers elle.

« La petite a un problème. Il faut savoir pourquoi. » Tout cela chuchoté, passé de bouche en bouche.

Déjà l’Antiquaire a décroché l’élégant; s’apprête à en faire autant de Bergère…

 » Remettez la tout de suite en place! Ce n’est qu’un simple sosie de la demoiselle peinte par Fragonard. » Une voix puissante a retenti dans la boutique. D’où vient-elle?

« Ecoutez-moi bien, messieurs les monocles, monsieur l’élégant, qui cachez si bien vos jeux. Vous ne toucherez pas un cheveu de Bergère! Foi de ramoneur! »

Les paroles venaient du chemin sinueux, on crut apercevoir survolant les collines coiffées de bosquets en plumeaux, un immense oiseau.

Le voici qui tourne, menaçant au-dessus des acheteurs. Sous l’oeil courroucé du marchand, ils prennent la porte, l’élégant sous le bras.BALANçOIREDSC_0366

Un jour l’oiseau viendra
Un jour il m’emmènera
Retrouver mon ramoneur, aussi petit, qu’il soit
Goûter le bonheur, on y aura bien droit.

Quand l’odieux ravisseur
A jamais, de nos vies, disparaitra.
Et l’ oiseau est venu
Bel oiseau te voilà,
La liberté enfin, m’as redonné.

Bergère chante, se balance: « Aidez-moi les amis. »

Et voici tout le monde qui pousse, tire, efforts déployés, souffle coupé, visages rougis sous l’effort. Plus haut, toujours plus haut, dans un bruissement de jupon soyeux; au diable si Bergère en perd ses deux escarpins. Pousse, tire…

Enfin, elle atteint les larges ailes de l’Oiseau.  » Merci, les amis; je vais retrouver Ramoneur. Je suis libre!!! » Et d’envoyer à tous des baisers, tandis qu’Oiseau la dépose doucement au bord de la rivière zigzagante.

« Ramoneur devrait être arrivé » dit Oiseau.

 » Il aura voulu te faire une surprise. »

Tous deux appellent: « Ramoneur! Ramoneur! »

Et tandis que s’écoulent les eaux murmurantes de la rivière, ne revient que l’écho.

Notes de Jacou: les mots en italique sont empruntés au texte « En vis-à vis » écrit par carnets paresseux.

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Le cauchemar de Gisela (3)- après Suite pour Sucre d’Orge

Après Suite pour Sucre d’Orge (2), voici

Le cauchemar de Gisela

Ainsi passaient les jours, poussiéreux, de même que les nuits. Ainsi passait le temps, ennuyeux, de même que la pluie.

Pierrot, Gisela ne se parlaient plus. Elle tentait vainement de relacer son chausson, pestant en silence. Il prenait son mal en patience, regrettant le temps béni, où objet d’ornement adulé, il trônait sur…

Tiens, une nouveauté. Tous les regards se portèrent sur elle. Grand tableau, genre dix-huitième siècle, paysage ennuagé, délicieux et folâtre, angelots fripons, fleurs indiscrètes et cet escarpin! Oh! Lancé par un pied mutin; et puis, oh! il y en a un autre, toujours chaussé, et ces bas blancs si troublants, et ce jupon, une merveille qui dévoile, sans dévoiler; et ces bras parfaitement dodus, qu’on aimerait…et le tour de  cou ; oh! embrasser, dénouer tout cela, être l’escarpin, les jupons, la chemise, toutes ces frivolités…

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Pierrot ne dit mot. Arrange sa mèche. Il se méfie un peu. Ne voudrait pas tomber amoureux; car cette  apparition, si jolie soit-elle, n’en est pas moins une bergère. Tombé une fois, de Sucre d’Orge en Gisela, il n’a pas du tout envie que cela recommence. A celle-ci, c’est décidé, il ne donnera pas de prénom, se contentera de Bergère.

La demoiselle, affable, sourit à tout, dans la boutique; continuant à se balancer, comme si de rien n’était.

Les esprits échauffés, se mettent à rêver; s’endorment, espoirs au coeur.

« Oh! Mais, ça suffit ces grincements! Je voudrais dormir! »

Réveillés en sursaut, tout le monde se tourne vers Gisela. « Elle arrête jamais de se balancer? Jamais elle dort? Vous entendez  ce boucan! »BALANçOIREthumb_mozart_amis_fragonard-300x300

Une voix douce se fait entendre: » Pardonnez-moi, Gisela, si je vous import…

 » Mais un peu que vous m’importunez! Dans la journée, passe encore…mais la nuit! Et puis vous avez de la chance, vous, vous n’avez pas de lacets à vos chaussures. Le peintre, il  vous a pas demandé de poser pliée en deux! »

Tout le monde,  tout à fait réveillé, suit la conversation.

 » C’est que, justement, je ne devais pas arrêter de me balancer. Il voulait prendre le mouvement  de mes jupons…

 » C’est pas une raison pour « s’en balancer et se moquer de nos nuits blanches! »

 » Désolée, si je pouvais…

 » Mais dites quelque chose, les autres! Voyez si vous pouvez pas l’arrêter! Je sais pas, moi! Attrapez les cordes, retenez la! »

D’un coin de la brocante, une voix, un brin moqueuse, chante:

« Une bergère sur une balançoire,

 Se balançait, nuit et jour, dans les branches.

Elle était belle, et l’on pouvait voir

Ses jolis pieds, soulever son jupon de moire. »

Et tout le monde, de reprendre en choeur. Même l’homme en redingote s’y met.

Bergère pousse un cri:  »  Je le reconnais! C’est lui! » Et  s’évanouit.

Alors l’homme à la redingote, levant sa canne à pommeau d’argent:  » Je me présente. Hercule Granger. Enfin, je la retrouve. » Et tout en lissant ses favoris, se dirige, allure  conquérante vers Bergère.

Y’en a qui ont de la chance. Ce n’est pas à moi que cela arriverait. Hé, qui sait? se met à espérer Gisela.

 » Monsieur, pourriez-vous m’aider à lacer mon chausson. Oui, je suis danseuse étoile. Vous ne m’avez pas encore vue? Sans doute, mon cher ami, étiez vous en voyage, quand je me produisais. »

 » Mademoiselle.  » Il s’incline bien bas, poursuivant sa route.

Ses lorgnons sont sales ou quoi, à ce … Aïe, mon dos!. La prochaine fois, pour les heures de pose, en plus du salaire, je négocierai des séances chez le kiné! pense Gisela; qui n’en surveille pas moins notre élégant.

Les chevaux jaunes piaffent de plus belle, se cabrent, hennissent, et d’un seul élan, approchent Bergère, freinent des quatre fers, barrant le passage à l’inconnu. Celui-ci s’époussette, manteau couvert  d’une mince pellicule de  terre ocre.

Bergère ouvre enfin les yeux. La balançoire ne s’agite plus.

 » Bergère, enfin, je vous retrouve. »

Bergère s’agite, veut s’élancer; lance des regards désespérés.

 »  Ma chère, vous ne m’échapperez plus. J’ai donné ordre que toutes les escarpolettes du pays soient empêchées de s’envoler. »

A ces mots, sous des hennissements déments,   pattes menaçantes, dressées haut, poitrails puissants, naseaux furieux, les chevaux retombent brutalement sur l’inconnu à la redingote. Il s’en fallut de peu qu’ils ne l’écrasent. Celui-ci recule, heurte Pierrot, chute, entraînant celui-ci, se redresse, lisse ses favoris en désordre, remet tout en place, effaçant une grimace douloureuse, et claudiquant, réintègre, essayant une allure digne,  son cadre. Adieu impeccables gilet bleu très clair, cravate gris perle. Le lorgnon pend lamentablement.

 Stupéfait et saisi, l’instant d’avant, tout le monde, maintenant, éclate de rire.

Bergère se penche vers Pierrot: « Oh! mon pauvre Pierrot. Vous ne vous êtes pas fait trop de mal? »

Pierrot frotte sa tête: « Ce n’est rien, jusque quelques égratignures. » Pas seulement à ma tête, songe-t-il, un peu pantois.

Gnagnagna, gnagnagnagnagna, murmure rageusement Gisela.  » Bon, maintenant que tout est rentré dans l’ordre, on peut dormir?! »

 » Mademoiselle Bergère, j’ai une question à vous poser. Pourquoi avez-vous eu peur de la redingote; je veux dire d’Hercule Granger. Maintenant qu’il a compris que  vous êtes protégée, vous pouvez bien nous le dire? »

 » Ne croyez pas cela, cher ami; cet homme a plus d’un tour dans son sac. »

« M’étonnerait qu’il quitte son cadre de sitôt, le bonhomme! »

« C’est fini! Y’en a qui veulent dormir! »

Quelques heures de sommeil, encore, et le jour se lèverait.

 

Notes de Jacou: tous les mots en italique sont repris de la description des chevaux et de l’homme à la redingote, faite par Carnets Paresseux dans son texte En vis-à-vis.
Et merci à Gibulène pour sa suggestion, quand à la chanson.
« 
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Suite pour Sucre d’Orge (2)- après Amours dans une vitrine

Après Amours dans une vitrine(1) , inspiré par le texte « En vis à vis », chez Carnets Paresseux, voici

Suite pour Sucre d’Orge

 

Sucre d’Orge, de son vrai prénom, Gisela*, en a assez d’être figée dans cette posture. Non pas qu’elle ait mal au dos, ni même qu’elle n’apprécie pas la prestance donnée à son corps. Elle se trouve gracieuse, penchée, ainsi, sur ses pieds. Sa nuque élégamment inclinée, son cou gracile, sa taille bien tournée, son corsage avantageusement rempli, ses bras, lianes souples, cette cheville fine la font ressembler à une… « Pourquoi il arrête pas de me regarder, le gros nénuphar ? Il veut peut-être  mon portrait ! Ça risque pas. D’abord, j’en ai pas ; et si j’en avais, c’est pas à lui que je le donnerais. Que m’arrive-t-il ? Que, quoi ? C’est pas possible. Ça y est, je… je fais les pointes, mes bras, oh, mes bras en collier au-dessus de ma tête, je danse, je suis danseuse étoile. Mon rêve ! Je tourne, tourne, tourne, je ne peux plus m’arrêter ; je vais tomber. Aidez-moi s’il vous plaît ! Ma tête, je n’en peux plus ; je suis étourdie.»

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Dans son coin, Pierrot chante ; ce n’est qu’un murmure ; mais Gisela* perçoit parfaitement les paroles :
« Deux petits chaussons de satin blanc,
Sur le cœur d’un nénuphar dansaient gaiement.
Ils tournaient, tournaient, tournaient, tournaient,
Tournaient toujours. »
« Je vous en prie, taisez- vous ; cessez cette stupide chanson. Vous voyez bien que je vais tomber. Je vous promets, monsieur le Nénuph… ; heu monsieur comment ? »
« Pierrot Gourmand, chère Sucre d’Orge. Vous disiez ? Deux petits chaussons de satin blanc, Sur le cœur d’un nénuphar dansaient gaiement. Ils tournaient, tournaient, tournaient, tournaient…

« Sucre d’Orge?!. Je m’appelle pas Sucre d’Orge, Bouf…heu monsieur Pierrot, arrêtez, je vous en supplie. Je n’en peux plus. Savez- vous monsieur, que je suis en porcelaine. »
« Limoges, Saxe, Sèvres, Chine ? Deux petits chaussons de satin blanc, Sur le cœur d’un nénuphar dansaient gaiement. Ils tournaient, tournaient, tournaient…

« C’est bien le moment de faire de la géographie. »
«Tournaient, Tournaient toujours. Chelsea, Nymphenburg, Isigny ? Deux petits chaussons de sat…
« Pff ! Isigny ! C’est les caramels ! Regardez un peu l’état dans lequel vous m’avez mise ; tellement j’ai la tête qui tourne, je n’arrive plus à me pencher sur ma sandale. Monsieur, monsieur ? Vous ne chantez plus ? Elle était quand même jolie votre chanson. Dommage qu’elle me tournait le tournis. Non, non, ne chantez plus ; je vous en supplie. Pourquoi vous souriez ? »
« Parce que j’ai cessé de vous aimer. Vous étiez un joli rêve, Sucre d’Orge. Au fait, comment vous appelez-vous ? »
« Gisela*, espèce de malotru ! J’y arrive ! Vous avez vu ? J’ai retrouvé ma place. Et puis, je sais pas pourquoi je vous dis ça ; vous vous en fichez, n’est-ce pas ? »

Chaussons2448-6513-thickbox*Prononcer Guiséla

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Amours dans une vitrine (1)

Lu chez carnets paresseux, le texte En vis à vis. Ce texte m’a beaucoup plu. J’ai eu très envie d’écrire sur deux personnages, extraits de la phrase ci-dessous .

« Perchée sur un présentoir, une bergère en porcelaine relace éternellement sa sandale sous le regard ahuri d’un Pierrot Gourmand ébréché. »

Amours dans une vitrine

Voilà notre Pierrot déchu ; échoué dans cette boutique de malheur, transporté, emballé de journaux à l’encre nauséabonde, pour des déménagements incessants ;
D’abord, présentoir à sucettes, sourire béat, tentation permanente. Il se trouvait un air idiot ; mais c’était ça, ou se balancer, gelé sur une balançoire lancé dans le vide.
Puis, déco sans friandises, côtoyant tantôt un Tintin de bois, une cruche poiréiforme, quelques romans poussiéreux, un plumeau, sans nostalgie, l’envoya heurter le sol.
Il fut ramassé, placé sans un regard parmi d’autres rebuts, attendant un prochain vide-grenier…
Son sourire, ou sa notoriété, lui valut d’être troqué contre quelques euros…âprement discutés.
Le voilà, curiosité d’une vitrine fourre-tout, inspecté, enlevé, reposé, soupesé, l’ébréchure dévaluant les espérances d’éventuels acheteurs. Chaque fois, l’espoir renaît, vite éteint.

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Mais aujourd’hui, il n’a plus envie de partir. Ou alors, il ne partira pas seul. Celle qu’en secret, il a baptisée Sucre d’Orge, posée là, si près de lui, fait battre son cœur, chaque jour, un peu plus. Il en sourit de béatitude, plus que jamais ; se trouve un air idiot ; mais quand on est amoureux, on a toujours l’air un peu idiot, n’est-ce pas ?
Il n’en finit pas de la contempler. Elle ne remarque rien, absorbée, qu’elle est à renouer sa sandale. Comme son pied est fin, elle dévoile une cheville joliment tournée, retenue par des doigts délicats. Il aimerait les baiser, et puis sa jambe, et puis…Pierrot ! Tu vas l’effaroucher avec tes pensées lubriques ! N’oublie pas qu’elle est en porcel…Ce rire cristallin, ce ne peut- qu’elle ! Elle s’est redressée, elle me regarde…je rêve, la voilà qui cligne de l’œil, elle…elle me fait un…un signe de la main. C’est pas possible ; c’est pas pour moi, le signe ! Oh, elle relève son jupon, dégringole de son présentoir ; sa bouche m’embrasse partout, oh ! Sucre d’Orge, même ma blessure…ses mains, ses jolies mains impatientes… que…que fait-elle ? Sucre d’Orge, ma mèche est toute en désordre, son jupon, ma collerette, tout emmêlés…elle est partout, moi aussi, nous roulons, tombons de la vitrine, ne faisons plus qu’un, Sucre d’Orge et Pierrot Gourmand, Pierrot et Sucre d’Orge.

Tout l’monde connait maintenant
L’amoureuse à Pierrot Gourmand
C’est une jolie bergère
Qui ne fait pas la fière.
Sitôt relacé son chausson
Voilà que sans faire de façon
Sur notre présentoir à sucettes,
D’un bond elle saute.
De Pierrot Gourmand, ses friandises,
Notre bergère exquise,
A bouche gourmande se délecta,
Suça, suça, tant et si bien,
Que Pierrot, Sucre d’Orge la nomma.*

Chut ! Ceci n’est qu’un rêve. N’oubliez pas, Sucre d’Orge est en porcelaine !
Pour l’éternité, elle relacera son chausson, pour l’éternité, mon sourire béat la contemplera.

A moins que…

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*Texte s’inspirant de celui d’une chanson des années20, intitulée « Elle suçait une sucette. »

PIERROT BO06007

http://www.chansonsretros.com/index.php?param1=BO06007.php

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Des jours avec, des jours sans

Ecrit pour miletune sujet semaine 14

(voir la photo incluse dans le texte-source image : « Nous Deux »)

 

Des jours avec, des jours sans

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On voit la femme de la photo entrer dans un bar.
« Non, c’est Eléna que j’aime. M’obligez pas les gars ! »
« Vas-y, j’ai parié que t’emballerais la première venue, avant la fin de la journée. Les femmes qui viennent ici, seules, c’est pour le sexe, elles attendent que ça, se faire sauter. »
« J’aime Eléna. Je peux pas lui faire ça ! »
« Tu te dégonfles ! La dernière fois, tu disais pas pareil ! »
« La dernière fois ! Quelle dernière fois ? »
« Celle où tu t’es bourré la gueule, parce qu’Eléna t’avais plaqué ! »
« Vous écrivez quoi ! Reprenez-vous, mon vieux ! »
« Ben non, justement, j’ai envie de faire vrai, de dire qu’Eléna a plaqué Fulvio, parce qu’elle a trouvé cette photo dans les toilettes du resto, où ils avaient rendez-vous ! Que Fulvio a pas osé lui dire qu’il posait pour des romans photos ; qu’il est mannequin, c’est plus chouette, et c’est presque vrai !

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Eléna souriante, sur un petit nuage, entre dans la salle d’attente du gynéco. Elle choisit un journal. Tourne les pages rêveuses. Jette le journal, s’assoit en larmes, le nuage se brise.
« Docteur, je suis enceinte. Je ne veux pas de cet enfant. Son père m’a trahie. »
« Eléna, épousez-moi. Je vous aime depuis si longtemps. Je serais le père de votre enfant. »
Page suivante :
Fulvio à Pole Emploi, retrouve Eléna :
« Eléna, je te jure sur notre enfant que je ne t’ai pas trompée. »
« Trop tard. D’ailleurs cet enfant n’est pas de toi. »
Fulvio quitte Pole Emploi.
« Allo, Claudio, ça a marché. On est enfin libre de s’aimer, au grand jour. »
Apparaît le gynéco, tout sourire :
« Merci Pole Emploi. Grâce à Eléna, j’ai enfin trouvé un job.»

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Ultime page :
Image du mariage de Fulvio et Eléna, enfin de la femme couchée dans le lit de Fulvio qui est le gynéco.

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La Belle Hélène, opéra bouffe, Jacques Offenbach

Pour 25 mars. Aujourd’hui un air en tête, j’ai cherché l’air de l’Acte I, l’Oracle.

Voici La Belle Hélène en intégralité.

 

 

Les deux premiers actes se passent à Sparte, le troisième à Nauplie, au bord de la mer Égée.

L’intrigue se déroule après le « jugement de Pâris » : berger sur le mont Ida, celui-ci est pressé par trois déesses (Junon, Minerve, Vénus) de décerner une pomme d’or à la plus belle. Il offre le trophée à Vénus qui lui promet en échange l’amour de la plus belle femme du monde… qui n’est autre qu’Hélène, reine de Sparte et mariée à Ménélas.

Acte I : « L’Oracle »

Une place publique à Sparte. On fête Adonis. Après avoir invoqué Vénus pour qu’elle répande l’amour, Hélène questionne Calchas, l’augure de Jupiter, sur l’affaire du mont Ida dont elle sait être la récompense :

« Ce bois mystérieux, ces trois déesses, cette pomme et ce berger… ce berger surtout… vous n’avez pas de nouveaux détails ? »

Calchas n’a rien à lui apprendre mais ils sont de toutes façons interrompus par l’arrivée du prince Oreste, jeune débauché, accompagné des deux courtisanes Parthénis et Léœna. Hélène court se réfugier dans le temple pendant qu’Oreste présente ses conquêtes à Calchas (Air « Au cabaret du labyrinthe »). Ceux-ci finissent par s’en aller mais Calchas, s’apprêtant à en faire autant, est arrêté par Pâris, qui lui remet une lettre de Vénus : celle-ci demande à l’augure d’aider Pâris à séduire la reine. Calchas accepte et demande à Pâris de lui narrer sa rencontre avec les déesses. Le berger s’exécute (Air du jugement de Pâris « Au mont Ida, trois déesses »). Hélène apparaît et est frappée par la beauté du berger. Elle demande son identité à Calchas qui se garde bien de la lui révéler. Elle le prie de sortir et examine attentivement Pâris au charme duquel elle n’est pas insensible.

Mais le cortège des rois arrive pour la cérémonie de la fête d’Adonis (Chœur et couplets des rois « Voici les rois de la Grèce »). Celle-ci s’accompagne d’un concours, non pas sportif, mais consacré « aux choses de l’intelligence » : devinettes, bouts-rimés et charades. Après que Ménélas en a donné la lecture, les rois lancent tour à tour des incongruités. Survient alors Pâris qui n’a guère de difficultés à remporter les trois épreuves et à recevoir ainsi le trophée (Chœur « Gloire à Pâris victorieux »). Les rois interloqués se demandent « quel est donc ce quidam ». Pâris dévoile son identité au grand trouble d’Hélène qui craint de voir la prédiction se réaliser (Ensemble « Ô Ciel ! L’homme à la pomme »).

Pâris demande alors à Calchas d’écarter Ménélas pour quelque temps afin qu’il ait le champ libre. Le grand augure fait actionner son « tonnerre » par Philocome et délivre à l’assemblée un « message des Dieux » : Ménélas doit partir un mois dans les montagnes de la Crète (Final « Pars pour la Crète »), laissant Hélène seule face à la fatalité.

Acte II : « Le Jeu de l’oie »

 
Final de l’acte II, Matelots de la Dendre, Ath, 8 avril 2008.

La chambre de la Reine. C’est bientôt le dîner et Bacchis essaye de convaincre Hélène de vêtir une robe qui dévoile sa beauté comme le veut « l’étiquette ». Au contraire, Hélène tient jusqu’au retour de son époux à étouffer sa passion pour Pâris et s’habille d’une robe « montante » qui l’enveloppe étroitement de la tête aux pieds.

Pâris demande à voir Hélène mais celle-ci préfère avant de le recevoir demander conseil à ses parents, Léda et Jupiter, avant d’adresser des reproches à Vénus (Air « Dis-moi, Vénus »). Une fois Pâris en présence de la reine, celui-ci lui fait part de son impatience à recevoir le prix promis par Vénus et lui fait la description des trois moyens d’ « arriver au cœur d’une femme » : l’amour, la violence et enfin la ruse…

Les rois s’invitent chez la Reine pour une partie de jeu de l’oie. Calchas, récoltant toute la mise en trichant, éveille la suspicion des rois et, poursuivi par eux, est finalement obligé de rendre la moitié de ses gains. Hélène, torturée par son amour naissant, lui demande de lui offrir Pâris en rêve puisqu’elle se refuse à le voir en vrai. La reine s’endort et Calchas laisse Pâris s’introduire « en douce » dans la chambre de reine et se faire passer pour le rêve demandé (Duo du rêve « Oui c’est un rêve, un doux rêve d’amour »).

C’est le moment que choisit Ménélas pour rentrer de Crète : il trouve Pâris dans le lit de son épouse et, furieux, ameute les autres rois qui devaient veiller sur son honneur (Final « À moi, rois de la Grèce ! »). Ceux-ci sont bien embêtés mais Hélène rejette la faute sur Ménélas (Couplets « Un mari sage est en voyage ») : un mari doit avoir « la bienséance », lorsqu’il s’absente, d’avertir sa femme de son retour. Tous s’accordent cependant – sauf Hélène – pour chasser le « séducteur » de la ville (Final « Un vil séducteur »).

Acte III : « La Galère de Vénus »

Les bains de Nauplie. Venus fait semer un vent de débauche sur la Grèce pour se venger des rois qui ont chassé Pâris. Les rois se sont réfugiés dans un petit village côtier pour échapper aux bacchanales mais Oreste et ses amis mènent la danse sur place (Chœur « Dansons, aimons, buvons, chantons » et air d’Oreste « Vénus au fond de notre âme »). Ménélas, lui, cherche furieusement à savoir pourquoi Hélène a parlé de « rêve » lorsqu’il l’a trouvée au lit avec Pâris. Hélène, agacée, clame son innocence (Air « Là, vrai, je ne suis pas coupable ») et le menace de lui donner de vraies raisons de se plaindre.

Agammenon et Calchas lui reprochent, quant à eux, son inaction devant la maladie qui gangrène la Grèce, l’accusant de sacrifier son pays à sa propre personne : le mari devrait « s’effacer devant le monarque » (Trio patriotique « Lorsque la Grèce est un champ de carnage »). Ils lui conseillent de se sacrifier (« Allons, immole-toi ») pour apaiser le courroux de la déesse. Ménélas, effrayé, refuse et leur apprend qu’il a invité le grand augure de Vénus pour régler l’affaire.

Ce dernier arrive juste de Cythère (Chœur « La Galère de Cythère ») et Ménélas demande à tous de se jeter à ses pieds pour implorer la miséricorde de la déesse. Mais le grand augure se plaint de l’accueil qu’on lui réserve : il veut de la joie et de la gaité et non des lamentations (Air « Je suis gai, soyez gai, il le faut, je le veux »). Il expose ensuite le marché qui apaisera la déesse : Hélène doit simplement accompagner l’augure sur son île. Ménélas, ravi que ce « tout petit voyage » soit la seule condition, pousse Hélène à accepter. Seulement cette dernière n’a aucunement l’intention de faire ce voyage pour satisfaire son époux. Le grand augure lui dévoile alors secrètement sa véritable identité : c’est Pâris. Ils embarquent alors tous deux dans la galère avec la bénédiction de Ménélas.

Ils sont déjà hors de portée lorsque la supercherie est dévoilée… La guerre de Troie peut commencer. (Source WIKIPEDIA)

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