La magie des mots

Un certain silence

 Ecrit pour La Magie des Mots: Imaginer la suite de la première phrase de la première page du romanderniere-danse
« Au creux de la nuit, dans l’obscurité d’un appartement aux volets clos, le clic discret d’une porte qu’on refermait perça le silence.  »

Un certain silence

Au creux de la nuit, dans l’obscurité d’un appartement aux volets clos, le clic discret d’une porte qu’on refermait perça le silence.

Perça le silence.

Le silence.

Ce mot résonnait encore à mes oreilles, lorsque j’ouvris les volets. Le jour peinait à se lever. Blanc spectacle, devant moi, projeté sur un écran. Oreilles en persienne sur une façade blafarde et une ouverture, bouche muette, pour l’instant close sur des mots cherchant une issue.

Derrière la porte, les retenant prisonniers, la peur se disputait avec rêve, angoisse, cauchemar; la nuit essayait de chasser l’obscurité, désespoir et fatigue. Je les entendais chuchoter, supplier, ricaner…puis silence fit entendre sa voix. Une lumière pâle filtra des persiennes, la porte s’entrouvrit, un chant berceuse, tendresse sensuelle, éclats de rires amoureux; le soleil brilla, rayonnant, la vie revenait, vagues de souvenirs heureux, tendresses partagées, océan de  poésies, images joyeuses, histoires sans paroles.

Au creux d’un lit, dans la lumière tamisée d’un appartement aux volets entrouverts, deux amants se retrouvaient, enfermant dans leurs bras, le même amour.

 

 

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La magie des mots

Ecrit pour l’agenda ironique de décembre, « Mondes invisibles », thème proposé par coquelicotetcompagniemagie

et pour La magie des mots, chez Mandrine, qui nous propose « avec la première phrase de la première page d’un livre,  broder une histoire. »

La magie des mots

“ A l’aube, ils tombent en masse du ciel, passent par dessus les remparts, caracolent au dessous des toits, descendent lentement entre les hautes maisons.”

Lu un jour, quelque part entre raison et frontière; alors je suis partie à leur recherche.

Ces « ils » devaient bien avoir un visage. J’interrogeais, fouillais, scrutais, en vain.

Un jour, je crus enfin les atteindre, je faillis même les dépasser; ce n’était qu’une image ancienne, parchemin en lambeaux, danse de mots indéchiffrables.

J’allais ainsi, quelques fractions de seconde, ou bien était-ce une éternité, ma mémoire me fait défaut sur certains points, se montrant capricieuse et indécise, se méfiant des devinettes de l’esprit qui passe, du temps réel et de ses  imaginations furtives.

Me voici perdue dans cette phrase, promesse d’un mystère à poursuivre.

Et si c’était…? Cette fois ci, je veux en avoir le coeur net. Ecarquiller grand les yeux, garder mon sang froid,  rester concentrée, je fais le tour du problème, sens bien qu’il manque quelque chose…je suis…, je l’ai sur le bout de la langue ce mot, ou alors il me pend au nez. Un miroir, vite il me faut un miroir…

  • Miroir, mon beau miroir, dis moi qui c’est?
  • Ce n’est pas toi.
  • Merci, je le savais déjà.

Me voilà bien avancée; ce miroir, je vais le…

  • Sept ans de malheurs! »

Il devine mes pensées!

  • Dis-donc, si tu réfléchissais, au lieu de m’espionner?
  • Et d’un, réfléchir est ma fonction, et de deux, tu penses tout haut, ce que les autres disent tout bas.
  • Les autres? De qui parles-tu?
  • Des mondes qui t’entourent. Ne les vois-tu pas?
  • Ah, eux! Si, si, bien sûr que je les vois! Tu penses!

Je ne vois rien du tout, mais je ne vais pas lui faire ce plaisir d’avouer mon ignor…les mondes qui m’entourent! Et si c’étaient eux…

« A l’aube  ils tombent en masse du ciel »: Le matin, ils tombent du ciel…

« Passent par dessus les remparts, caracolent au-dessus des toits »: A midi, s’élèvent dans le ciel…

 » Caracolent au-dessous des toits »: L’après-midi, se mettent à l’ombre…

« Descendent lentement entre les hautes maisons. »: Le soir,  disparaissent avec le soleil couchant.

Je pense ce que je pense? Ce sont les rayons du soleil. Oui, mais quand il pleut? Après la pluie, vient l’arc en ciel. Et tourne la terre, et ses rayons.

Elle ne perd jamais sa boussole, elle. Boussole ! Le mot que je cherchais!  Explication pas du tout tirée par les cheveux. Je vais en avoir le coeur net.

Trop tard! Il fait déjà nuit. Je n’ai rien vu venir. Ma soeur Anne, non plus! Il y a longtemps qu’elle dort, elle! Et sur ses deux oreilles, en plus. Tellement que je ne sais pas où mettre ma tête. Déboussolée, sera mon dernier mot.

 

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La vieille maison tremblait sous le poids de la neige

Ecrit pour « LA MAGIE DES MOTS » chez Mandrine.

Chaque fois que je commencerai un nouveau livre,

je vous donnerai

la première phrase de la première page de ce livre, et ce sera à vous de broder à partir de cette phrase.

Aujourd’hui je commence par un livre de Sarah McCoy

mandrine

“ La vieille maison tremblait sous le poids de la neige.”

Silencieusement, elle me nargue, belle, blanche, aérienne; n’en finit pas de tomber.

J’ai la trouille, la peur à mon ventre qui gargouille. Ecrasée par cette magie maléfique, ce manteau blanc, cliché bien réel sous les pneus de ma voiture, jouet de glissades impromptues et terrifiantes. Mes doigts, auxquels j’ai communiqué mon angoisse, s’agrippent au volant.

Dans ce pays, qui n’est pas le mien, pays vanté pour ses paysages montagneux, les beaux sapins, pistes de skis à faire rêver, je cherche ma route, direction une petite école,  pour y faire un remplacement. Cette neige qui n’en finit pas, elle était belle et bienvenue dans mon pays natal, tellement rare; cet évènement,  certes, source d’embarras, mais que de jeux, bonshommes de neige, glissades sur les coteaux, réjouissements inattendus et inhabituels.

Et me voilà à la détester, obligée de la subir, envahie d’ anxiété,  et pour couronner le tout, les panneaux indicateurs rendus inutiles.  Délestés par mes soins de l’épaisse couche poudreuse,  je peux lire les indications. Enfin, la direction du village, route étroite, grimpant dans la montagne, rideaux de neige épaisse, une école, et un accueil chaleureux.

Durant une semaine, il ne cessa de neiger; un soir, à la fin des classes, un mur de neige coinçait ma voiture; je suppose créé par le chasse-neige, du moins son conducteur, avec qui, le matin même, j’avais échangé des mots aigre-doux; je montais, lui, descendait, m’obligeant à reculer sur cette route étroite, dont je ne voyais ni centre, ni bas côtés; la manoeuvre dura un certain temps, provoquant l’ impatience du conducteur, me lançant « T’as trouvé ton permis dans une pochette surprise? », amabilité à laquelle je répondis par une grossièreté, chose qui n’est pas dans mes habitudes. Mon véhicule, toujours immatriculé 33, attache sentimentale, petite R….ault 5, jaune de surcroit, ont dû les inspirer, lui et son collègue.

Bien que lui devant la priorité, je trouvais anormal cette attitude, eux du pays, habitués à circuler sur cette neige, de plus avec un véhicule autrement plus sûr que le mien, sans pneus neige, ni chaines. Pour moi de parfaits connards…et c’est avec l’aide d’une instit et des mamans que, soulevant ma voiture, garée dans la montée, nous l’avons mise dans le sens de la descente et du retour vers mon domicile.

De retour dans ma Gironde natale, lorsque tombe la neige, évènement heureux, surtout lorsque l’on peut rester chez soi, ou circuler sans souci,  reviennent à mon esprit ces moments où la neige n’était pas une amie,  sachant qu’il peut-être dur de vivre dans ces conditions, pas seulement en pays de montagne, pas seulement dans une vieille maison tremblant sous le poids de la neige, mais quand la vie jette sur les routes, ces êtres humains malmenés, guerres, dictatures, restriction des libertés, absence des droits les plus élémentaires, menaces d’esclavagisme, manque de travail, tous ces maux, qu’un joli manteau de neige n’effacera jamais .

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