E comme écriture

Ecrire Comme un Roman Inventer Tout Un Récital en Ecriture

Amours dans une vitrine (1)

Lu chez carnets paresseux, le texte En vis à vis. Ce texte m’a beaucoup plu. J’ai eu très envie d’écrire sur deux personnages, extraits de la phrase ci-dessous .

« Perchée sur un présentoir, une bergère en porcelaine relace éternellement sa sandale sous le regard ahuri d’un Pierrot Gourmand ébréché. »

Amours dans une vitrine

Voilà notre Pierrot déchu ; échoué dans cette boutique de malheur, transporté, emballé de journaux à l’encre nauséabonde, pour des déménagements incessants ;
D’abord, présentoir à sucettes, sourire béat, tentation permanente. Il se trouvait un air idiot ; mais c’était ça, ou se balancer, gelé sur une balançoire lancé dans le vide.
Puis, déco sans friandises, côtoyant tantôt un Tintin de bois, une cruche poiréiforme, quelques romans poussiéreux, un plumeau, sans nostalgie, l’envoya heurter le sol.
Il fut ramassé, placé sans un regard parmi d’autres rebuts, attendant un prochain vide-grenier…
Son sourire, ou sa notoriété, lui valut d’être troqué contre quelques euros…âprement discutés.
Le voilà, curiosité d’une vitrine fourre-tout, inspecté, enlevé, reposé, soupesé, l’ébréchure dévaluant les espérances d’éventuels acheteurs. Chaque fois, l’espoir renaît, vite éteint.

P1100660
Mais aujourd’hui, il n’a plus envie de partir. Ou alors, il ne partira pas seul. Celle qu’en secret, il a baptisée Sucre d’Orge, posée là, si près de lui, fait battre son cœur, chaque jour, un peu plus. Il en sourit de béatitude, plus que jamais ; se trouve un air idiot ; mais quand on est amoureux, on a toujours l’air un peu idiot, n’est-ce pas ?
Il n’en finit pas de la contempler. Elle ne remarque rien, absorbée, qu’elle est à renouer sa sandale. Comme son pied est fin, elle dévoile une cheville joliment tournée, retenue par des doigts délicats. Il aimerait les baiser, et puis sa jambe, et puis…Pierrot ! Tu vas l’effaroucher avec tes pensées lubriques ! N’oublie pas qu’elle est en porcel…Ce rire cristallin, ce ne peut- qu’elle ! Elle s’est redressée, elle me regarde…je rêve, la voilà qui cligne de l’œil, elle…elle me fait un…un signe de la main. C’est pas possible ; c’est pas pour moi, le signe ! Oh, elle relève son jupon, dégringole de son présentoir ; sa bouche m’embrasse partout, oh ! Sucre d’Orge, même ma blessure…ses mains, ses jolies mains impatientes… que…que fait-elle ? Sucre d’Orge, ma mèche est toute en désordre, son jupon, ma collerette, tout emmêlés…elle est partout, moi aussi, nous roulons, tombons de la vitrine, ne faisons plus qu’un, Sucre d’Orge et Pierrot Gourmand, Pierrot et Sucre d’Orge.

Tout l’monde connait maintenant
L’amoureuse à Pierrot Gourmand
C’est une jolie bergère
Qui ne fait pas la fière.
Sitôt relacé son chausson
Voilà que sans faire de façon
Sur notre présentoir à sucettes,
D’un bond elle saute.
De Pierrot Gourmand, ses friandises,
Notre bergère exquise,
A bouche gourmande se délecta,
Suça, suça, tant et si bien,
Que Pierrot, Sucre d’Orge la nomma.*

Chut ! Ceci n’est qu’un rêve. N’oubliez pas, Sucre d’Orge est en porcelaine !
Pour l’éternité, elle relacera son chausson, pour l’éternité, mon sourire béat la contemplera.

A moins que…

P1100661

*Texte s’inspirant de celui d’une chanson des années20, intitulée « Elle suçait une sucette. »

PIERROT BO06007

http://www.chansonsretros.com/index.php?param1=BO06007.php

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Les modèles

Ecrit dans écristoire, co-écriture, Projet 2

Précisions:

– chaque auteur lance un titre à partir de l’illustration proposée et une première page de texte pouvant aller jusqu’à 1000 mots

– à la suite de cette première page, les autres auteurs suivent le récit en écrivant chacun un texte allant de un paragraphe (300 mots) à une page (1000 mots )

co-ecrit-american-gothic-grant-wood

Sur une peinture de Grant Wood (1930) ,  » American Gothic » 

Projet 2 : Les modèles
(lancé par Alphonsine, 16 juillet 2014))
Ils viennent de partir. Et je viens de passer deux mois absolument incroyables, je ne suis pas prêt d’oublier ce couple si particulier. Ils étaient venus me voir en me demandant de les peindre sur une toile. J’ai l’habitude de ce genre de commandes, je peins ou je dessine de nombreux portraits, directement avec le modèle ou à partir de photos.
Adèle et Marc sont venus me voir un matin. Je venais d’arriver dans mon atelier. Au départ, j’ai cru qu’ils étaient frère et sœur. En fait, ils étaient mari et femme. Jamais le dicton « qui se ressemble s’assemble » n’a été plus véridique. Ils étaient avares de mots, parlaient en phrases courtes, se ressemblaient même physiquement.
– Pouvez-vous nous peindre sur toile ? A l’huile ? Pouvez-vous reproduire le fond que nous vous donnerons ? Et pouvons-nous nous vêtir comme bon nous semble ?
J’ai acquiescé à chaque question. Nous avons pris rendez-vous, et ils sont repartis.
Trois jours plus tard, ils étaient là, ponctuels, Adèle portait un grand paquet rectangulaire sous son bras, Marc transportait un lourd sac de cuir et une fourche. En fait, je les avais vus passer devant ma fenêtre dix minutes plus tôt. Ils avaient dû faire le pied de grue en attendant l’heure. Ils sont entrés, m’ont salué, et m’ont demandé à quel endroit ils pouvaient se changer. Je leur ai indiqué le paravent installé dans un coin de la pièce.
Pendant ce temps, j’ai installé ma toile sur mon chevalet, et disposé mes couleurs selon mon habitude. Et puis ils sont apparus, l’un à droite, l’autre à gauche du paravent. Marc portait un tableau représentant une maison en bois située le long d’une route poussiéreuse. Sur la gauche, l’entrée sous une véranda, une fenêtre en ogive au premier étage. Il me semblait voir une maison typique des colons américains du XIXème siècle. Cette impression était confirmée par la tenue de Marc et d’Adèle. Ils paraissaient plus austères que jamais, regardant fixement, tristement, au loin, Marc devant lui, Adèle sur sa gauche. On aurait pu penser qu’ils étaient étrangers l’un par rapport à l’autre, mais en même temps un lien invisible les unissait indubitablement.
Jamais je n’ai eu de modèles plus parfaits. Respiraient-ils encore ? Comme à mon habitude, j’essayais de les faire parler pendant que je traçais les grandes lignes de mon tableau. Il me fallait connaître mes modèles pour pouvoir les dessiner de l’intérieur et extérioriser leurs tempéraments. Las, aucun d’eux ne me répondait. Il semblait même ne pas m’entendre. Il me faudrait donc les peindre avec leurs yeux vides qui pourtant recelaient un je ne sais quoi qu’il me faudrait découvrir pour les représenter avec plus de justesse.
Nous prenions un nouveau rendez-vous après chaque séance, et à chaque fois, le déroulement s’opérait de la même façon que la première fois. Jamais je n’ai pu leur arracher une phrase complète ou une part d’eux-mêmes durant leur présence chez moi. J’avais presque terminé le tableau, et j’avais l’impression qu’ils étaient très satisfaits du résultat. Il n’y a que les yeux qui me posaient problème, je n’arrivais toujours pas à leur donner cette expression de vide et de plein. Finalement, je me suis décidé à terminer coûte que coûte cette peinture pour qu’ils sortent de ma vie. J’étais trop fatigué pour continuer avec eux. C’est donc avec grande stupeur que j’ai constaté que Marc allait parler. Ce qu’il m’a dit est resté inoubliable.(Alphonsine)
Dans quelques jours, ils reviendront, prendre livraison de la toile.
Quelques commandes en attente, des tableaux à reprendre ; réfléchir à cette future exposition, que l’on me propose en France, dans une galerie spécialisée en peinture contemporaine, américaine. Emballer et expédier tout cela minutieusement.
J’en suis là de mes réflexions, quand une jeune fille se présente à ma porte :
– Je viens pour la toile.
– Laquelle ?
– Celle-là.
Elle me désigne le portrait d’Adèle et Marc.
– Mon petit, je ne peux vous la laisser emporter. Elle m’a été commandée par Monsieur et madame Schönbrunn.
– Ils s’excusent de ne pas venir eux-mêmes. En ce moment, ils ont trop de travail à la ferme. Ils m’ont donné un papier pour vous.
En des termes très polis, ils autorisent leur fille Magdalena à récupérer la toile.
– Ainsi tu es leur fille.
Elle acquiesce d’un signe de tête ; tourne les talons, disparaît.

Je suis en France ; vernissage, interview…rendez-vous, commandes.
Je déguste un de ces généreux vins, les images télévisuelles s’écoulent sous mes yeux. « Mystérieuse disparition d’un couple américain ; les voisins interrogés disent ne pas les avoir vus depuis longtemps, seulement quelques promenades à des heures inhabituelles ; une jeune fille semblait vivre avec eux ; les voisins sont formels, ils n’avaient pas d’enfants. Celle-ci ne s’est pas manifestée. »
Stupéfait, je reconnais Marc et Adèle. Ce qu’il m’avait confié, était vrai ; il avait raison. (Jacou)

 

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CHARABIANDE

MARCHE 110012687-vraagteken-met-spraak-bubles

Nous sommes au marché. Une jeune fille, de la noix, commande.

Devant ce que lui propose la marchande, lui dit qu’elle n’aime pas la viande. Celle-ci lui montre une limande.  Notre acheteuse répond que de poisson,  n’est guère friande. La marchande lui  offre une lichette de hollande : « Goûtez pour voir. » « De fromage, jamais je ne mange. »

De passer la jeune demoiselle au hache-viande, notre commerçante a très envie.

« Armande, occupe-toi  de madame, avant que je ne l’enguirlande. »

Faisant son plus beau sourire de propagande, Armande s’adresse à la cliente :

« Bonjour, je m’appelle Armande. Que puis-je pour v..

«Ach, foilà, ce que je foulais, des amandes! Moi, c’est Hildebrande. »

Ecrit pour Atelier de Ghislaine  45, 2 ateliers au choix, Un texte avec 10 mots ;Bourgeoise, bagatelle, braise, bretelle, envie,dénuder, lever, coller, aimer, danser, Ou10 mots contenant ANDE

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Les mots libres

08.wir.skyrock.net Guirlandes muettes,

Sur les cordes à linge,

Les mots sont retenus.

 

Bousculés par le vent,

En efforts désespérés,

Ils tentent de se libérer.

 

Inculture stupide

Qui les a entravés,

Et à l’oubli, condamnés.

 

Mais rien ni jamais,

Le message des mots,

Ne pourra museler.

 

Essaimés par le vent,

Toujours ils s’uniront,

Pour que vive la liberté.

Ecrit le 11 avril 2013

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A la ligne

 Epinglés, vulgaires chiffons, que font ici tous ces mots. Tous ? Il en manque un.

Cela a commencé le jour même. Tirés de ces pages où ils se reposaient, dans l’attente d’une meilleure utilisation. Sans avertissement, désignés par un jury, emportés ailleurs, dix mots, couchés ensemble sur une page blanche.

Un expert en clavier informatique a envoyé leurs clones, surfer sur le net, visibles maintenant, sur une infinité d’écrans. De quoi sont-ils  accusés ?

Les voilà, pendouillant, sur un même fil.

Les yeux d’Hurluberlu,   berlons exorbités,  prêts à rouler au sol, tournent plus que jamais.

Les jambes de Tohu-Bohu pendent, lamentables.

Charivari a bien  tenter de froisser sa tenue, celle-ci  reste ordonnée.

Espérant laper un peu d’humidité dans l’air, A Tire-Larigot sort une langue sans fin.

Ambiancer, yeux cernés, somnole, il dormirait n’importe où.

S’Enlivrer se tordant le cou, essaye de poursuivre la lecture d’un des nombreux livres ouverts dans sa poche.

Les hoquets  secouent  Zigzag,  qui aurait bien voulu  faire croire qu’il est sobre.

Faribole, jupon retroussé jusqu’à la taille, se tortille dans tous les sens, tentant de récupérer un peu de dignité.

Timbré, rigole de sa situation. « Poteau d’exécution, les potes. On va tous nous y coller… »

Caché derrière un buisson, observant, effaré, la scène, le Dixième Mot. « Je l’ai échappé belle ! »,pense Ouf.

Ecrit pour DISMOIDIXMOTS,  2014

 

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DISMOIDIXMOTS

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Depuis 2011, la Bataille des 10 mots rassemble toutes celles et ceux qui aiment jouer avec les mots et la langue française. Basé sur les dix mots de l’année, définis dans le cadre de l’opération « Dis-Moi Dix Mots » à l’occasion de la Semaine de la langue française et de la Francophonie, le thème peut être traité sur tous les tons : poème, court récit ou nouvelle, photo, œuvre artistique ou digitale, performance, danse, musique, chant, vidéo…

Les 10 mots retenus pour l’année 2014 sont les suivants :

AMBIANCER, À TIRE-LARIGOT, CHARIVARI, S’ENLIVRER*, FARIBOLE, HURLUBERLU, OUF, TIMBRÉ, TOHU-BOHU,  ZIGZAG.

* « être ivre de lectures », néologisme créé par un élève de CM2.

Vous aussi vous pouvez participer. Pour cela allez sur http://www.bataille-10-mots.fr

La Bataille des 10 Mots est ouverte pendant seulement 24 heures, du 20 mars à 12h au 21 mars 2014 à 11h59. C’est pendant cette période que les participants peuvent poster leur contribution sur ce site et… entrer dans la bataille !

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Des mots, rien que des mots…

 Jeudi, jour de tous les délices. Ce soir, atelier d’écriture. Des bouquets de mots vont s’offrir à ma plume. Mes mains, impatientes d’écrire, dérouleront des rubans de phrases uniques.

Coup de foudre pour le texte de mon vis-à-vis. Il s’y passe des moments de poésie mystérieuse. Ma curiosité s’anime à la lecture de ces mots, désireuse de s’en emparer.

Voilà, il ne me reste plus qu’à me laisser guider. Imagination et savoir-faire créeront ce royaume de l’inspiration. J’y serai au service d’images, de paroles gaies, réfléchies ou bien philosophiques.

L’instant de la lecture, où je me mettrai à nu, où l’anonyme ne me protègera plus, sera difficile et merveilleux à la fois.

Je percevrai l’attention fraternelle de l’équipe d’écrivains, dilettantes comme moi, partageant cet amour des mots et des aventures écrites.

Avec humilité, je leur offrirai ma création, la chair de ma chair, mon dernier enfant.

Mon cachet, fait de souvenirs et d’expériences vécues, de désirs de témoignage, d’imaginaire spontané, de rêveries fabuleuses, y sera, comme toujours, imprimé.

Ils seront émus, amusés, dubitatifs, réceptifs, jamais juges.

L’atelier sera terminé. La porte ne se fermera pas tout à fait. Je la laisserai entrouverte, pour les mots, qui ne tarderont pas à venir me visiter.

Gazinet, le 19 mars 2013

Jacou

Ecrit pour DIXMOIDIXMOTS année 2013

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Sirène m’était contée…

SIRENE 

Une petite sirène

Au bord de l’eau

Si belle et si étrange

A sa toilette était.

Une petite sirène

Qui, un air fredonnait.

Cet air là, me disait

Laisse-toi capturer.

 

Cette petite sirène

Son chant, m’a captivé.

Avait cette beauté

Que longtemps, j’ai cherchée.

Ses gestes étaient graciles

Plus rien ne m’importait.

Et j’étais là, imbécile

Devant tant d’harmonie.

 

Aujourd’hui prisonnier

De ce rêve illusoire,

Je suis là, attendant

Cet air qu’elle fredonnait,

Rien que pour moi, je le croyais.

Mais bien d’autres  avant moi,

Dans ses filets, retenus,

A jamais sont disparus.

 

Ma vie, n’a plus de sens,

Ni de contre sens,

Encore moins de raison.

Je suis là, à l’attendre,

Apparition magnifique.

Tu  m’as ensorcelé,

Toi, petite sirène,

Qui sait si bien chanter.

 

Je t’en prie, libère-moi !

Es-tu ma Loreleï,

Celle que les marins

Espèrent et redoutent à la fois.

Ma petite sirène

Coiffe ses longs cheveux

Pour s’en faire cette traîne

A laquelle je m’enchaîne.

 

Tu m’as bien envoûté

Et sous ces falaises

A l’ombre des rochers

Toujours, je vais rester.

Mon âme  par toi enchantée

A rejoint mon corps

Qui déjà a sombré.

Ma petite sirène, 

Pour moi, continue à chanter.

Ma petite sirène,

Toi, toujours je désirerai

Et jamais  ne me lasserai.

 

Ecrit pour mil et une,le 21 décembre 2013

 

 

 

 

 

 

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PAGE BLANCHE ou crampe de l’écrivaine

Anny Carrère, animatrice de Talents, partie, en tant que bénévole d’Educateurs sans frontières, en Moldavie, nous avait demandé d’écrire pendant son absence une page pour notre Journal. Ma page restait blanche, je n’étais pas vraiment inspirée. Quelques bribes d’idées traversaient mes pensées. Guidée par ces dernières, j’écrivis ce qui suit.

ecrivainMardi 6 novembre 2006

– Journal, mon cher journal, ne vois-tu rien d’écrit?

– Je ne vois que feuille blanche et plume dans l’encrier. Que t’arrive-t-il? Aurais-tu le cerveau engourdi?

– Veux-tu que je te dise? Dans ma vie, rien ne se passe. Que puis-je-en raconter? Rien à signaler, RAS, nada, nothing, nichts, le vide, le désert…

– Réfléchis, voyons!

-Rien, je te dis, rien de chez rien! Ere- i- eu- ène!

-Je vois. Tu as décidé de me laisser faire.  Ne viens pas, après, déclarer  mes idées  nulles.

– Moi? Tu exagères. J’ai toujours apprécié tes services.

– On dit ça, on dit ça…et les gros yeux, que tu m’as fait, quand j’ai écrit que tu avais plagié Col…

– Oui, ça va, ça va.  Je ne dirai rien, je te le promets. Tu es content. Qu’attends-tu pour commencer? Noooooon! Ne tourne pas la page!

– Hihi, je t’ai fait peur? Si tu savais ce que j’ai vu derrière, hihihi.

– On m’a toujours interdit de tourner la page, tant que celle-ci restait blanche. Rien de fâcheux ne s’est produit? Est-ce possible?

– Va voir toi-même!

– Tu es sûr…il ne va rien m’arriver?

– Voyons, un peu de courage!

D’une main tremblante, je tournais la page .les-10-livres-preferes-de-100-ecrivains,M19463                                                            Mes amis, quel spectacle!

  Rageusement, Victor Hugo visait une corbeille à   papiers, lançant des boulettes de feuilles froissées.

Guirlandes, découpées dans des feuillets couverts de son écriture, Colette décorait un arbre de noël.

On devinait l’esquisse d’une histoire de mare, sur les cocottes en papier fabriquées par George Sand.

  Alexandre Dumas mâchait des morceaux de papier, de l’encre violette dégoulinait sur sa chemise.

   Bouts de papier pas plus grands que des confettis, Balzac tentait de reconstituer un puzzle.

A ma vue, tous  stoppèrent leur activité.

Tous, sauf un, qui écrivait, écrivait, sa plume grattait le papier.

Je me penchais sur sa feuille, et je lus :

Je m’appliquerai à bien écrire

Tu t’appliqueras à bien écrire

Il s’appliquera à…

Nous nous appliquerons…

Vous vous…

D’autres pages pleines de signes écrits.

Je lus: Tu t’appliques à bien écrire, ou bien Nous nous appliquions, ou encore Elles se furent appliquées à.

         Mais pourquoi écrivez-vous donc cela, monsieur ?

         Ils m’ont puni.

–        Comment? Puni!

         Ils disent que j’écris mal. Qu’ils n’arrivent pas à me relire. Qu’ils ne veulent pas perdre leur temps à déchiffrer mes pattes de mouche. Ils ont décidé de cette punition.. Je dois conjuguer à tous les modes et à tous les temps de la conjugaison française ce que vous venez de voir.

         Quoi ? Mais c’est scandaleux ! Ce ne sont pas eux qui écrivent ! Mais mon pauvre monsieur, révoltez-vous ! Dénoncez cette situation !

         Hélas, c’est impossible ! Si j’agissais comme vous dites, je mettrais ma vie en danger.

         En danger ! En plus de tricher, ils se permettent de vous menacer. Je vais aller leur dire deux mots à ces gens-là.

         Je vous en supplie, n’en faites rien.

Comme vous voudrez. Dites-moi tout de même ce que vous risquez.  Il y a bien moyen de vous aider.

–    S i je les dénonce, ma vie sera pire que celle d’ aujourd’hui. C’est ma femme…

         Votre femme ?

         Je me suis enfui ; ma femme, lorsqu’elle était en colère après moi, et cela lui arrivait souvent, me faisait faire et refaire des heures durant la dictée de… vous voyez. Un jour, elle s’est endormie, recommençant à me dicter les mêmes mots, les mêmes phrases pour la énième fois. Je n’ai pas hésité, m’enfuyant.

         Et vous êtes tombé sur eux. Ce qui ne vaut pas mieux.

         Détrompez-vous. J’adore écrire, inventer, imaginer. Je suis mon maître. J’écris ce que je veux, ce qui me plaît, quand je veux, où je veux, sur des sujets que je choisis. D’ailleurs quand vous m’aurez quitté, je vais raconter votre histoire.

         Mon histoire ? Et que savez-vous de moi monsieur ? Je ne vous ai rien dit.

         Oh, ne vous en faites pas pour cela. Pour tous ceux qui tournent la page et viennent me voir, je devine toujours. Pour vous, j’ai déjà trouvé le titre, LA CRAMPE DE L’ECRIVAINE.  Au-revoir madame.

ecrivain5

Furieuse, je tournais la page dans l’autre sens ;  quelle  surprise! La page blanche s’était noircie. L’écriture? Celle d’un chat.

Et oui, ma vieille, reconnais-le, tu écris comme un chat.

chat1                                                                              MIAOU!

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ALLER JUSQU’AU BOUT

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Ouvrons la boîte aux crayons.

C’était il y a longtemps. Mais je m’en souviens comme si c’était hier.

Elle entra dans la papeterie, toute menue, les joues rougies par le froid. Me choisit, moi, aux facettes marbrées de rose.

Je rejoignis, dans une pochette, un crayon à lèvres grenat et un crayon khôl. Là se trouvaient encore deux autres objets Je ne tarderais pas à savoir à quoi ils servaient.

Elle acheta un petit carnet,  couverture  assortie à ma robe.

Chez elle, je fus placé sur un bureau, près du carnet. Je découvris divers objets,  livres,  crayons, une photo, qu’elle regarda longuement, soupirant. Une larme roula sur sa joue.

Elle se saisit de moi, grava, sur chacune de mes facettes, une lettre.

Il était écrit Elisa. J’appartenais  à Elisa.

Tout fier, j’inscrivis ce nom sur le dessus du carnet. A l’intérieur : Journal commencé le…

Nous vécûmes ainsi de longues années; je fus le témoin de tant d’émotions, de joies, de peines. Mais ceci reste un secret entre elle et moi.

J’écrivis sur des kilomètres et des kilomètres de pages, blanches, de couleur, petits carreaux, grands carreaux, à dessin, millimétrées.

Je ne me lassais jamais ; parfois, j’inscrivais des fautes d’orthographe que je n’osais lui signaler.

Vous souvenez -vous de ces objets dont j’ignorais l’usage. L’un deux, nommé gomme, était très utile dans ces cas là. Quel plaisir de voir mon travail si proprement corrigé ! Attention, la gomme devait rester nette, veiller à ne pas froisser le papier, ni à le déchirer.

J’eus le plaisir d’écrire anglais, allemand; un peu hongrois, cyrillique, même. Cachant derrière leurs signes tout un monde mystérieux, quel régal ce fut d’écrire et de lire ces lettres,  prononciation différente de celles de   notre alphabet latin.

Ainsi, j’ai aimé écrire le roumain,  langue chantante, qui roule si bien les R. Si bien que, lorsque je notais des phrases, je ne pouvais m’empêcher de tripler cette consonne.

J’ai vécu quelques moments difficiles.

Elisa croyait bien faire en me taillant, lorsqu’elle voyait ma mine épuisée  Je n’aimais pas du tout être coincé dans cet objet barbare, rencontré au tout début, et souvenez-vous-en, que je ne connaissais pas.

Cela s’appelle un taille crayon.

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Je vous explique. Vous êtes coincé, à en étouffer, dans une espèce d’entonnoir glacé. On vous fait tourner là-dedans. Cela grince à vos oreilles, entame votre belle robe et grignote vos couleurs.

Vous en ressortez , soulagé, mais épuisé; vous avez tout de même perdu quelques millimètres !

Il lui arrivait de me prêter à  un étourdi qui n’avait rien porté pour prendre quelques notes; je tremblais à l’idée que, mine de rien, je ne disparaisse dans sa poche.

Maintenant, plus de journal intime, plus de langues étrangères, mais des mots croisés, mots fléchés, énigmes en tout genre.

Au début, je ne comprenais pas que l’on enferme des lettres dans des cases. J’ai vite saisi qu’elles n’étaient pas prisonnières,  se complétant astucieusement,  formant des mots dans tous les sens. C’est passionnant.

Le sudoku, j’y ai renoncé. Il fallait sans cesse gommer. De plus subir la torture du taille-crayon, pour les lettres, je veux bien, pour les chiffres, ça jamais !

D’ailleurs aujourd’hui, je me repose de plus en plus, loin de tous ces tracas.

De même que ma maîtresse, j’ai rapetissé. Sa peau parcheminée a gardé quelqu’éclat. La mienne me fait une mine de papier mâché.

Voilà toute ma vie.

A propos de taille-crayon, savez-vous comment on le surnomme parfois ?

Aiguise-crayon ; rien que de l’écrire, j’attrape mauvaise mine.

 Que cela ne vous prive pas d’envies d’écritures.

Quelques soient les circonstances, pensez à  utiliser un crayon, même modeste, tout comme votre serviteur.

Foi de caran d’ache !

petillante-olivia-mini

 

Ecrit le 12 janvier 2013, pour Copie Double

Objet apparemment banal, le crayon mérite pourtant toute notre attention. Crayon à papier ou de couleur, crayon à dessiner ou crayon à maquillage, à vous de donner libre cours à votre imagination…

 

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