Agenda Ironique

Agenda ironique de janvier

 Ecrit pour agenda ironique de janvier, proposé par carnets paresseux 
Conte spatio-temporal.
Depuis que je suis spationaute,
Et ce n’est pas de ma faute,
J’ai perdu mon ciboulot,
Je tourne en rond,
C’est mon boulot.
J’ai beau vouloir changer d’orbite,
Je ne sais plus où j’ai rangé mon satellite.
 ********************
J’ai l’hippocampe,
Sur la droite,
Qui a pris la tangente.
Celui de gauche,
Est aussi moche.
Mon cerveau,
Ce tantôt,
Et c’est pas rigolo,
M’ordonnait de faire dodo.
J’explorais  la planète du chat,
Quand soudain, un rocher se fractura.
************************
Je me réveillais,
La berlue, je croyais que j’avais.
Des petits cochons verts,
Autour de moi grognaient.
Je voulus m’échapper.
Impossible de me lever.
J’étais comme un paquet ficelé.
Mon plafond serpentait,
Mes jambes étaient saucissonnées.
Et ils étaient en train de les manger.
Je voulus les en empêcher.
Aussitôt, me firent de grands signes,
Et d’horribles grimaces,
Je me sentis comme une limace.
Il fallait bien que je me débarrasse
De ces liens qui m’entravaient.
J’étouffais, comme dans une bulle.
Devant mes yeux, des milliers de tentacules,
S’agitaient dans tous les sens.
Je me trouvais, patatras,
Dans de beaux draps.
J’aurais préféré d’autres bras,
N’importe quoi, et me tirer de là.
Elle ouvrit la porte,
Son sourire et un bouquet de mimosa.
Je lui dit: » Qu’est-ce que vous faites là? »
En larmes, sitôt, elle fondit.
 » C’est bien vrai, ce qu’ils ont dit,
Tu es atteint d’amnésie. »
 ************************
J’ai l’hippocampe,
Sur la droite,
Qui a pris la tangente.
Celui de gauche,
Est aussi moche.
Mon cerveau,
Ce tantôt,
Et c’est pas rigolo,
M’ordonnait de faire dodo.
J’explorais  la planète du chat,
Quand soudain, un rocher se fractura.
 **************************
« Amnésie, rigolais-je
Quelle drôle de maladie.
Je trouve ce mot bien joli.
Comme vous l’êtes aussi.
Voulez-vous, mademoiselle,
Ma planète partager. »
Main dans la main, nous partîmes,
Quelque part, loin des abîmes.
Et depuis que je l’ai trouvée,
Vénus, je l’ai baptisée.

 

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Agenda ironique de janvier

Ecrit pour l’agenda ironique de janvier 2017, sur une proposition de Carnets Paresseux.

Et donc, où on va  cette fois-ci ? Hé bien, je vous propose d’aller explorer les :

Espèces d’espace

 Pas plus de 700 mots – comme d’habitude… J’apprécierai qu’on glisse sept des huit mots suivants : hippocampe, mimosa, n’importe, chat, manger, tentacule, épuiser, vert.

Il faut juste ne pas oublier de publier son texte avant le mercredi 18Le vote commencera le lendemain Le scrutin durera une semaine. Il sera donc clos le 25 janvier et les résultats seront proclamés illico.

Exercice à trous

  • Je t’avais dit de laisser un espace.
  • Ça fait perdre du temps.
  • Et de l’argent.
  • Monsieur se trompe.
  • D’éléphant.
  • N’importe quoi! Fermons la parenthèse. Ne perdons pas de temps.
  • Si tu avais laissé un espace…
  • Le temps qui vous était imparti est épuisé.
  • Pourquoi t’as pas laissé d’espace?
  • J’aime pas; ça me donne le vertige, tout ce vide.
  • C’est juste un blanc sur un écran, pas un espace intersidéral.
  • Et bien moi, ça me sidère, un blanc.
  • Imagine-le en couleur.
  • En couleur?
  • Oui, je sais pas moi, en vert, par exemple.
  • C’est pas mon truc, le vert.
  • Si on y allait?
  • Où ça?
  • La-bas.
  • Où ça, la-bas?
  • Au Truc Vert.
  • On a un texte à finir, je te signale et pleins de mots à caser, genre hippocampe…
  • Justement, au Truc Vert, on rencontrerait un chat…
  • Pas noir, j’espère.
  • On irait marcher dans la forêt. Tu sais, en ce moment, les mimosas sont en fleurs. On irait manger des huitres à l’Hippocampe. Puis on se baladerait sur la plage. On écouterait  les vagues. D’accord?
  • Ben, on n’a pas utilisé tentacule.
  • Voilà ! C’était le mot que je cherchais! C’est pour ça qu’il fallait que tu laisses un espace!

truc-vert-plage

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Un FAUTEUIL, plus loin…

Commencé le 5 novembre 2016 à 18 heures 09, terminé ce jour, et proposé pour

Le thème de l’agenda ironique de décembre, chez coquelicotetcompagnie, « Mondes invisibles »

Un FAUTEUIL, plus loin…

« Accrochée à la paroi nord du Trou Noir , je sortais  mon couteau transgenre,  lorsque je me sentis agrippée, que dis-je agressée,on me transplantait des pitons,  on me crochetait, on me  transperçait. Tentant une translation, l’assaillant  transita en même temps, nous transformant sans transition en une chose intranscriptible. Comment? Intranscriptible n’existe pas dans le dictionnaire? Et la chose, là, vous pouvez me la traduire, vous? Comment? Intraduisible? A moi de trouver un transcodage! Merci, veuillez transmettre mes salutations à l’ Intransigeant. 

Nous voici, la transchose et moi…ça n’existe pas? Encore vous, le transfuge de l’Intransigeant,  laissez moi transfuser comme je l’entends, et fichez-moi une transcendantale paix.

Nous voici, la transchose et moi, transbahutées, nous cognant paroi sud, nord, est, ouest, à en perdre son transalpin, loin des transports et autres transes. »

Mais voici qu’aujourd’hui, en temps réel, heure aussi, minutes, secondes, je me rebranche à cette histoire, emmitouflée dans un manteau de rêveries, espérant que le réveil me sera plus facile qu’à Walachniewicz,  faut le voir, pour le croire, et pendant que le Dodo, perd son temps à la poursuite de celui-ci,  » y’en a, j’te jure, z’ont rien d’autre à faire, en plus y fait que dormir dans son histoire, si si, j’vous jure, allez-zy voir par vous-même, et vous verrez si c’est pas la vérité », et a laissé tomber comme une vieille chaussette, enfin, plutôt comme un vieux sofa, dans le domaine blogosphérien public, une rocambolesque affaire suspecte et tout et tout, reprise au vol par des braves, et bénévoles en plus, larbins de la plume, sans pour autant devenir nègres de Monsieur Dodo. J’ai nommé Jean Marie et Le fauteuil 3, Une patte dans l’encrier et nous voici à l’orée du trou noir, orée, que dis-je, à l’orifice du trou noir.

Alors là, je ne sais ce qui m’a pris de m’y aventurer, voir plus haut, et puis plus rien, même pas une voix voie de rocker pour me chanter « Noir c’est noir »; c’était sans espoir. Oui, je sais voi avec un e, et pas x, rappelez-vous, nous sommes en train de nous tailler un repli dans la roche…ah, mais non, ça me revient, aille, je suis pleine de bleus, des bosses partout, même celle des maths.  » Miaou ». ????? »Mi-A-OU » Où, où ça? Alors s’élève un chant de miaous soprano. Une Patte aurait-elle plus d’une corde vocale à son arc? Et puis j’entends non pas une soprano, mais un deuxième chat. Tenez, écoutez vous-même.

 Et pendant que vous écoutez, je fouille dans ma poche, rencontre une patte doucement poilue, entends ronronner… mais alors, qui mi-a-oule si bien?

Alors, je comprends tout, nous avons atterri dans une fosse d’orchestre, et assistons en direct à un merveilleux duo, Duetto buffo di due gatti, de Rossini.

  • Miaou, Robert Lucas de Pearsall
  • Oui, c’est moi.
  • Miaou, non, pas possible. Enchanté.

Qu’est-ce que je raconte? Je ne suis pas du tout Robert Lucas de Pearsall. Je suis…

  • Miaou, Jacou.
  • Co…comment t’as deviné?
  • Miaou, j’ai lu ton commentaire chez Une Patte. Veux-tu que je te le rappelle.
  • N…non, merci. Je m’en souviens très bien.
  • Le 5 novembre 2016, à 11heures 37, très exactement tu as é…
  • Mais puisque je t’ai dit que je m’en souviens! Tu m’agaces, à la fin!
  • …cris:« Ce trou noioioioioir m’inspire…pour une suite. A bientôt, à moins que… »
  • Oui, bon, mais j’avais rien promis, je ne m’étais engagé à r…bon, on la finit, cette histoire, oui ou non? Au lieu d’ergoter sur des dates et que j’ai gnagnagna…
  • Mi-aaaaa-ouououou.

N’est pas diva qui veut, nous dûmes sortir sous les huées; un carnet atterrit à mes pieds.

  • Alors, comme ça, je perds mon temps. Heureusement qu’il y en a qui écrivent, pendant que d’autres se la coulent douce dans des fauteuils…
  • Se la couler douce, se la couler douce; j’aurais voulu vous y voir, quand on a dérapé dans le trou noir…c’est pas vous qui êtes pleins de bleus, de bosses…
  • Ça se voit que vous n’avez pas lu Le téléphone sonne fort,  ni Embrouilles dans la brume.

Pendant ce temps, la foule s’est rapprochée. Très fort ce Carnets, il en profite pour faire sa pub. S’il croit que je vais moi aussi, tomber dans le panneau!

  • Et vos nègres, ils en pensent quoi de leurs heures passées à jouer les remplaçants?
  • Mes nègres? Que voulez vous dire?
  • Et bien, Jean Marie et Une Patte…
  • Mais pas du tout, ce ne sont pas mes nègres. Je les ai même aidés à retrouver le fauteuil, le camion, le petit napperon brodé, enfin tout quoi!
  • Mouais…si vous le dites.
  • Allez voir, si vous ne me croyez pas.
  • Non seulement, je suis allée lire, mais en plus, je me suis retrouvée en plein dedans!
  • Ne vous plaignez pas. La chute aurait pu être pire. Vous auriez pu tomber sur un os, de dinosaure, par exemple…
  • De Dodo, aussi. Ça, ça m’aurait bien plu.
  • Chut! Ecoutez!

Tout le monde s’immobilise; et voici qu’apparaissent, se balançant au dessus de la scène, une veste en jean, une mèche bleue, une moue têtue, un crapaud, ce dernier, sitôt touchant le sol, devient fauteuil,  la veste habille un long buste épaules, surmontant des jambes longilignes, la mèche bleue éclairant une tignasse brune, et la moue se posant sur une bouche fruitée.

Elle s’installe sur le fauteuil. Elle nous regarde, nous la regardons. Carnet paresseux, Dodo, ne font plus qu’un. Moi, je lâche le chat, qui se frotte à la demoiselle et au fauteuil.

On entend un bruit; moteur; fourgon; parking; supermarché; froissement de papier des saules dans le vent*, la brume.

Enfin, nous y voilà! Oui, mais les deux autres? Je vous entends penser: les deux autres? Faut suivre, un peu. Carnets paresseux nous a parlé de la veste en jeans de la plus grande des filles, la mèche bleue du gars, la moue têtue de la dernière ** Ça fait trois, non?

Transmission de pensée (voir plus haut, en ce qui concerne la famille Trans), elle nous sourit. « Qui? » « La fille du fauteuil! » « Quel fauteuil? » « Du crapaud! » « C’est un prince? »  » Vous lisez trop de contes, vous! »…oui, j’en suis moi, transbahutée dans ce monde onirique, où les filles en fauteuil tombent des cintres, sans prévenir, en plus. Ah, oui, voilà, transversalement latéralisée,  théâtralisée, sa chute inopinée au milieu de nos discussions informellement écrivaines, blogosphériantes, tombe à pic( aille, ça fait mal), à point. Mais qu’est-ce que je dis?

Laissons la fille parler.

Lumières tamisées, fumerolles parfumées, sa voix s’élève « Bienvenue dans la troupe invisible. »

Nous nous regardons…en fait, je suis toute seule à me regarder. J’ai un peu froid. Je reste un peu sur ma faim. En réalité, je devrais dire « J’ai faim. »

Oui, mais alors, et le chat, dans tout ça? « MI-A-OU », ben quoi, vous l’entendez pas? Aller, encore un peu d’instants soprani.

Installez-vous dans le gros fauteuil crapaud, au cuir luisant, presque feutré aux accoudoirs ***, Dodo vous le prête, prenez le chat sur les genoux, caressez-le, et imaginez cha.

Merci à Carnets, Jean Marie et Une Patte, pour leurs participations; merci à Rossini, à Robert Lucas de Pearsall ****, à Annacoquelicot, pour sa proposition ironique de décembre, sans qui cette suite n’aurait pas existé (snif, snif)merci à ma bosse des maths., merci à toutes les blogueuses, blogueurs du monde invisible.

 

*et**,sont des textes empruntés à Carnets, dans son récit « Le fauteuil »

***Le texte exact étant: le luisant du cuir presque feutré aux accoudoirs le gros fauteuil crapaud (toujours dans « Le fauteuil »)

****Sous le pseudonyme G. Berthold, ce serait Robert Lucas de Pearsall qui aurait composé  le Duetto buffo di due gatti.

 

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La magie des mots

Ecrit pour l’agenda ironique de décembre, « Mondes invisibles », thème proposé par coquelicotetcompagniemagie

et pour La magie des mots, chez Mandrine, qui nous propose « avec la première phrase de la première page d’un livre,  broder une histoire. »

La magie des mots

“ A l’aube, ils tombent en masse du ciel, passent par dessus les remparts, caracolent au dessous des toits, descendent lentement entre les hautes maisons.”

Lu un jour, quelque part entre raison et frontière; alors je suis partie à leur recherche.

Ces « ils » devaient bien avoir un visage. J’interrogeais, fouillais, scrutais, en vain.

Un jour, je crus enfin les atteindre, je faillis même les dépasser; ce n’était qu’une image ancienne, parchemin en lambeaux, danse de mots indéchiffrables.

J’allais ainsi, quelques fractions de seconde, ou bien était-ce une éternité, ma mémoire me fait défaut sur certains points, se montrant capricieuse et indécise, se méfiant des devinettes de l’esprit qui passe, du temps réel et de ses  imaginations furtives.

Me voici perdue dans cette phrase, promesse d’un mystère à poursuivre.

Et si c’était…? Cette fois ci, je veux en avoir le coeur net. Ecarquiller grand les yeux, garder mon sang froid,  rester concentrée, je fais le tour du problème, sens bien qu’il manque quelque chose…je suis…, je l’ai sur le bout de la langue ce mot, ou alors il me pend au nez. Un miroir, vite il me faut un miroir…

  • Miroir, mon beau miroir, dis moi qui c’est?
  • Ce n’est pas toi.
  • Merci, je le savais déjà.

Me voilà bien avancée; ce miroir, je vais le…

  • Sept ans de malheurs! »

Il devine mes pensées!

  • Dis-donc, si tu réfléchissais, au lieu de m’espionner?
  • Et d’un, réfléchir est ma fonction, et de deux, tu penses tout haut, ce que les autres disent tout bas.
  • Les autres? De qui parles-tu?
  • Des mondes qui t’entourent. Ne les vois-tu pas?
  • Ah, eux! Si, si, bien sûr que je les vois! Tu penses!

Je ne vois rien du tout, mais je ne vais pas lui faire ce plaisir d’avouer mon ignor…les mondes qui m’entourent! Et si c’étaient eux…

« A l’aube  ils tombent en masse du ciel »: Le matin, ils tombent du ciel…

« Passent par dessus les remparts, caracolent au-dessus des toits »: A midi, s’élèvent dans le ciel…

 » Caracolent au-dessous des toits »: L’après-midi, se mettent à l’ombre…

« Descendent lentement entre les hautes maisons. »: Le soir,  disparaissent avec le soleil couchant.

Je pense ce que je pense? Ce sont les rayons du soleil. Oui, mais quand il pleut? Après la pluie, vient l’arc en ciel. Et tourne la terre, et ses rayons.

Elle ne perd jamais sa boussole, elle. Boussole ! Le mot que je cherchais!  Explication pas du tout tirée par les cheveux. Je vais en avoir le coeur net.

Trop tard! Il fait déjà nuit. Je n’ai rien vu venir. Ma soeur Anne, non plus! Il y a longtemps qu’elle dort, elle! Et sur ses deux oreilles, en plus. Tellement que je ne sais pas où mettre ma tête. Déboussolée, sera mon dernier mot.

 

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Agenda ironique en cadeau de décembre

 Un clin d’oeil au thème « Mondes invisibles », thème proposé par coquelicotetcompagnie

 

Bon dimanche!

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AGENDA IRONIQUE DE DECEMBRE

Thème : « Mondes invisibles »

Réflexions et philosophies
  M ince,

  O n est déjà demain!

« N on mais, c’est pas fini ce boucan! »

 « D emain est un autre jour. C’est pas compliqué! »

  E t voilà, c’est toujours pareil avec vous,

  S ommeil et compagnie.

 

  I l  y a une chose que je me demande depuis longtemps…

« N on, on veut pas savoir. »

  V ous allez comprendre.

  I l se passe des choses pendant que vous dormez,

  S inon, comment on serait déjà demain…

« I l n’y a rien à comprendre. Tais-toi et dors! »

« B oucle-là ! »

« L a ferme! On n’en a rien à faire de tes questions! Demain est un autre jour. »

  E t voilà, c’est toujours pareil avec vous,

  S ommeil et compagnie.

 

 

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Agenda polaronique de novembre

Ecrit pour l’agenda ironique de novembre 2016, thème proposé par Valentyne

POLAR

 

Vacances sulfureuses

 

Ce samedi, beau soleil sur la petite route de campagne. Helmut et Claudia, profitant de quelques jours de vacances, roulent, direction la France.

Devant eux, un camion bâché, bouchant toute la vue, se traîne à l’allure d’un escargot.

  • Qu’est-ce que tu fais? Je te signale qu’ici la vitesse c’est 70.
  • Le camion, là devant nous, tu veux passer tes vacances derrière? J’accélère pour le doubler.

Helmut se lance. D’on ne sait où, surgit un chien, obligeant  le camion à freiner. Helmut ne peut l’éviter. Le chien poursuit son chemin tranquillement.

Les deux conducteurs n’ont plus qu’à constater les dégâts.

  • Pas très prudent, monsieur.
  • Peut-être. Mais s’il n’y avait pas eu ce chien…Un chien vagabond, c’est interdit. J’ai bien envie de le signaler.
  • Non! Ils ne se déplaceront pas pour ça. Regardez, c’est juste la plaque d’immatriculation. Rien de bien grave.
  • Parlez pour vous! Moi, ma voiture est fichue. Elle ne peut plus rouler…
  • Hé, vous deux! les apostrophe Claudia.
  • Claudia, tout va bien, juste quelques dégâts matériels.

Devant le calme de son mari, elle reste sans voix.

  • Chère dame, il a raison. Ce n’est pas si grave.
  • Pas si grave? Ça va pas, vous deux! fulmine-t-elle, montrant son front.  » Et ça? C’est aussi un dégât matériel?

Les deux hommes ne veulent surtout pas envenimer la situation. Helmut lui donne un coup de coude. « Nous avons un problème. Je n’ai pas l’autorisation d’utiliser ma voiture de fonction pendant les vacances » murmure-t-il.

Il appelle un dépanneur. Le camion redémarre.

  • Il est parti!  Le constat!

Plus tard, attendant la dépanneuse, elle dit doucement: « Tu n’as rien entendu, dans la remorque? »

  • Quoi donc?
  • Je ne sais pas. On aurait dit du bruit, comme des voix…
  • Tu entends des voix, maintenant! C’est sûrement…ta bosse! Voilà le dépanneur.
  • La police est déjà repartie? Et pour l’assurance?
  • Nous n’avons pas le dr…
  • Je règlerai, intervient Helmut.

Voiture déposée chez un carrossier, Claudia, énorme bosse,  due à l’airbag, se fait soigner dans une pharmacie.

Doucement, la pharmacienne lui dit: « Vous devriez porter plainte. » Claudia répond: » Impossible. C’est la voiture de fonction de mon mari. Nous n’avons pas le droit de nous en servir pendant nos vacances. »

Embarrassé, Helmut la prend par le coude, et ils sortent rapidement.

La pharmacienne soupire: « Encore une victime de violences conjugales. »

 

Dans la ville, tous les hôtels affichent complets.

  • Bel anniversaire de mariage. Pas de chambre. Je te félicite. Bravo.
  • Nous pourrions peut-être dormir dans la voiture, suggère Helmut timidement.
  • De mieux en mieux!
  • Tu préfères dormir dans la rue?

Après s’être arrangés avec le carrossier, ils s’installent dans la voiture.

  • Il aurait pu nous proposer de nous héberger, grommelle Claudia.

Dès le matin, en quête d’un hôtel…

  • Il n’y a pas de balcon. Je veux un balcon avec vue sur le fleuve.

Fermement Helmut prend le bras de sa femme et entre.

  • Nous voudrions une chambre. Pour la semaine.

Helmut s’écroule sur le lit; s’endort tout de suite.

Claudia le secoue, crie: « Je ne veux pas rester tout le temps ici. Je veux aller ailleurs! »

Furieuse, elle sort. La  porte claque.

Revient, aimable.

  • As-tu bien dormi? Nous allons au concert ce soir.

Une semaine, le temps des réparations.

  • Où est notre voiture?
  • Je suis vraiment désolé, je n’ai pas pu la réparer. Les ouvriers de l’usine font grèv…
  • Comment? Nous devons rentrer! Que va dire le patron d’Helmut? Nous n’avions pas le dr…
  • Pas de problème, Claudia, dit Helmut, lui faisant les gros yeux.
  • Je pourrais vous prêter une voiture.

Le jour suivant.

  • Que vas-tu dire à ton patron?
  • Je vais trouver. Ne t’en fais pas.

Le soir:

  • Comment cela s’est passé? Ton patron?
  • Il est à l’hôpital.

Quelques jours plus tard.

  • La voiture est prête.
  • Chouette!
  • Mais ça va nous coûter un maximum. 8000 euros.
  • Les pièces de rechange sont en or?!
  • Nous allons payer avec quoi? Si tu n’avais pris la voiture…
  • Nous pourrions…
  • Quoi?
  • Emprunter.
  • Pas question!
  • Mais comment…
  • T’inquiètes. J’ai ma petite idée.

Ils sont à table, silencieux, la télé allumée. Apparait un portrait.

« De nombreux clandestins ont été découverts, abandonnés dans une remorque, sans eau ni nourriture…le conducteur est en fuite. »

  • C’est le chauffeur du camion de l’accident! C’est lui! Appelle la police!
  • Tu sais bien que j’avais pas le droit de la cond…
  • On va avoir une récompense, c’est sûr.
  • Et qu’est-ce que tu leur diras? Que tu le connais? Ils vont te soupçonner. Vaut mieux rien faire.

Le jour suivant.

  • Je sais! Le patron est revenu!
  • Et alors?
  • Je l’ai vu qui descendait de notre camion.
  • Qui? Notre chauffeur?
  • Mon patron!
  • Et alors?
  • Tu ne comprends pas? Il était absent. Le revoilà avec le camion, notre camion. Nous allons  informer la police.
  • Des camions, comme celui-la,  y en a pleins. T’ es sûr?
  • Oui, mais la plaque d’immatriculation est détachée.
  • Et alors?
  • Tu as oublié? Le choc?
  • Rigoler! C’est grave, tout ça! L’accident, le prix des réparations…les voix!
  • Les voix?!
  • Celles de ces pauvres gens! J’avais raison! Le numéro! Je l’ai noté sur le ticket des wc. Mon sac. Vois. Je l’ai!
  • Je vérifierai demain.
  • On est riches!
  • Ce n’est peut-être qu’une coïncidence.
  • IM-PO-SSI-BLE! Hier, à la télé, je sais pas, j’ai ressenti, c’était étrange…je peux pas expliquer. Etrange…
  • Allons nous coucher. Demain, ça te reviendra.

Au petit déjeuner, Claudia chantonne.

  • J’ai trouvé! Le portrait…
  • Quel portrait?
  • Quel portrait?  Celui du chauffeur,  le frère de ton patron!
  • Impossible, mon patron n’a pas de frère!
  • Oh, si!
  • Et comment tu le sais?
  • Je le sais.
  • Je pars. Bonne journée!
  • Tu ne crois pas si bien dire!

 » Allo. Ces pauvres gens, que t’as abandonnés, ils t’ont donné un paquet de fric. Alors voilà…qui je suis, on s’en tape. Je t’ ai reconnu à la télé. Ce que je veux? 8000 euros. Tu  les as pas? A d’autres!   »

« Helmut! Nous sommes riches! Non je  suis pas allée à la police, je suis pas idiote. J’avais raison pour le frère; ah, bon, c’est son demi-frère. Comment je le connais? Comment tu crois que t’es rentré dans la boitaaaaaaargggh…

« Claudia, tu es toujours là? Je voulais te dire, j’ai parlé au patron, je grimpe les échelons, et tu devineras jamais, il paie les réparations, et en plus, ma voiture de fonction, je peux m’en servir quand je veux. Allo, Claudia, tu m’entends? Tu dis plus rien. C’est chouette, non? On a bien fait de pas aller à la police. Pour une fois, j’avais raison. »

 

 

 

 

 

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Isabelle Autissier

Isabelle Autissier, Une nuit, la mer…

J’aurais aimé raconter, pour l’agenda ironique d’octobre, inspirée par « Une nuit, la mer… »

Hier soir, après avoir écouté cette grande dame, après avoir entendu, respiré, vécu avec elle cette mer, la nuit, je ne peux que partager mon enthousiasme et mon admiration, pour la femme,  grande navigatrice,  conteuse,  sensible, poète, musicienne, écrivaine, ses yeux si bleus, éclairés de sympathie, joie, rêves et émerveillement.

Ecrire autre chose eut été, pour moi, comme si je plagiais son oeuvre.

Alors, voilà, je vous laisse écouter quelques instants de « Une nuit, la mer… », qu’en 2016, elle vit et partage tout aussi intensément que lors de sa création.

 

 

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Catégories : Agenda Ironique, C'EST TOUT UN POEME, Evénements | Un commentaire

AGENDA IRONIQUE D’OCTOBRE- Le jour de la grande nuit-

Ecrit pour l’agenda ironique d’octobre, et le thème « Nuits d’octobre », proposé par Laurence Délis.

 Ce samedi 8 Octobre, c’est    le-jour-de-la-nuit

Manifestations coordonnées par l’association « Agir pour l’environnement. »

Me promenant sur leur site, j’ai découvert un fait relaté à l’occasion d’un « Jour de la Nuit » année 2009.

Pensant pouvoir usurper le titre, évoquant bien le sujet, ici traité, voici

Le jour de la grande nuit

Il est un pays, entre mer et montagne, peuple de marins; femmes et hommes ensemble se mêlent, dans cet océan vigoureux, les habits collés, ruisselant d’eau.
Quand les Terre Neuvas partent pêcher, restent à terre les femmes, libres et actives.
Et de même,  que celles dont le compagnon ne fait pas métier de la mer, vivent, participent aux travaux des champs, font naitre les enfants, connaissent les herbes qui soulagent et soignent les maux.
Maitresses de leur maison, dont elles ont eu le droit d’hériter,  gérant économie et travail, ces femmes responsables ont rang de chef de famille.
Libres des rites religieux, pratiquées à la maison, à l’église ou au cimetière.
Elles s’appellent Destail, Marie, Saubadine, Catalin, Catherine, Janette, Necato, Gracy, Françoise, Mongui…
Dans ce pays, on aime à se réunir; les femmes  se rassemblent, partageant fabrication d’étoffes et de laines, cela se passe en fin de journée, jusque tard dans la nuit. Ces veillées, où l’on partage travail, mais aussi où l’on échange des nouvelles, chante, conte, rit, danse,s’amusant de bon coeur. Une vie, où difficile labeur et plaisirs du vivre ensemble se rejoignent.
En l’an 1609,  on sut  la venue de Pierre de Lancre, avocat au Parlement de Bordeaux et conseiller à la seconde chambre des enquêtes.  Un enquêteur, envoyé à la demande du roi Henri IV, pour « éradiquer la sorcellerie en Labourd ».
De cette province basque,  nombreuses et nombreux prirent la fuite en Espagne, et vers le Nouveau Monde.
Quatre mois de procès et de longues souffrances, tortures , le corps dénudé, piqué en toute sa surface afin de trouver trace du Diable.
Femmes emprisonnées, souillées, suppliciées, traitées de putains, soupçonnées d’empoisonnement, d’user de maléfices à des fins destructrices,  convaincues de turpitudes, indécences et associations avec le Malin, avouant, dénonçant malgré elles.
Nombre d’enfants, également, furent arrêtés, suppliciés.
Cela se passait  à Saint Pée sur Nivelle, Bayonne, Ustaritz, Cambo, Ascain, Saint Jean de Luz, Sare… Cinq cents personnes y furent emprisonnées, questionnées.
On brûlait, on pendait. Elles furent une centaine, d’autres enfermées au Fort du Hâ, à Bordeaux, attendant leur procès, et y mourant.

Elles s’appelaient Destail, Marie, Saubadine, Catalin, Catherine, Janette, Necato, Gracy, Françoise, Mongui…

Femmes libres, entreprenantes, femmes de savoir, capables de diriger, raisonner, décidant seules de la manière de mener leur vie, responsables de leurs actes, ayant des droits et des pouvoirs, êtres humains, victimes d’un pouvoir royal, représenté en la personne d’un magistrat fanatique et borné.
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A Saint Pée sur Nivelle, sur la Place 1609, on peut voir l’oeuvre commémorant le martyre des femmes accusées de sorcellerie et brûlées en 1609.
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Oeuvre de Nestor Basterrextea, érigée en 2009.
« Cette oeuvre commémore les persécutions tragiques vécues par des femmes, des enfants et des prêtres au XVIIème siècle en Labourd, considérés à l’époque comme sorciers, et qui furent brûlés, déportés, victimes de procès injustes sous l’ordre de Pierre de Lancre. » (http://photos.piganl.net/2012/pyr_pee/pee.php)
Mon article est écrit grâce à des  informations lues sur

Et concernant l’oeuvre et réflexions de Pierre de Lancre, Tableau de l’inconstance et instabilité de toutes choses, revu et corrigé et augmenté d’un livre nouveau de l’inscontance de toutes les nations principales d’Europe (1610) sur http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5690664x.r=

 

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Agenda ironique octosombre

Erlkönig ou Le roi des aulnes

Un poème, que la proposition de Laurence Délis ,pour l’agenda ironique d’octobre, revient à ma mémoire.

Ce poème a inspiré de nombreuses adaptations, tant cinématographiques, littéraires que musicales, entre autres le lied Erlkönig de Franz Schubert (1815)

Ce poème a été interprété comme racontant le cauchemar  d’une victime de violence sexuelle.

Voici la version originale, pour les germanistes, et sa traduction.

Erlkönig

Johann Wolfgang von Goethe (1782)

Le roi des aulnes

Adaptation par
Jacques Porchat (1861)

Wer reitet so spät durch Nacht und Wind?
Es ist der Vater mit seinem Kind.
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,
Er fasst ihn sicher, er hält ihn warm.

Mein Sohn, was birgst du so bang dein Gesicht? –
Siehst Vater, du den Erlkönig nicht!
Den Erlenkönig mit Kron’ und Schweif? –
Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif. –

„Du liebes Kind, komm geh’ mit mir!
Gar schöne Spiele, spiel ich mit dir,
Manch bunte Blumen sind an dem Strand,
Meine Mutter hat manch gülden Gewand.“

Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht,
Was Erlenkönig mir leise verspricht? –
Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind,
In dürren Blättern säuselt der Wind. –

„Willst feiner Knabe du mit mir geh’n?
Meine Töchter sollen dich warten schön,
Meine Töchter führen den nächt lichen Reihn,
Und wiegen und tanzen und singen dich ein.“ –

Mein Vater, mein Vater, und siehst du nicht dort
Erlkönigs Töchter am düsteren Ort? –
Mein Sohn, mein Sohn, ich seh’ es genau,
Es scheinen die alten Weiden so grau. –

„Ich liebe dich, mich reizt deine schöne Gestalt,
Und bist du nicht willig, so brauch ich Gewalt!“
Mein Vater, mein Vater, jetzt fasst er mich an,
Erlkönig hat mir ein Leids getan. –

Dem Vater grauset’s, er reitet geschwind,
Er hält in Armen das ächzende Kind,
Erreicht den Hof mit Mühe und Not,
In seinen Armen das Kind war tot.

Qui chevauche si tard à travers la nuit et le vent ?
C’est le père avec son enfant.
Il porte l’enfant dans ses bras,
Il le tient ferme, il le réchauffe.

« Mon fils, pourquoi cette peur, pourquoi te cacher ainsi le visage ?
Père, ne vois-tu pas le roi des Aulnes,
Le roi des Aulnes, avec sa couronne et ses longs cheveux ?
— Mon fils, c’est un brouillard qui traîne.

— Viens, cher enfant, viens avec moi !
Nous jouerons ensemble à de si jolis jeux !
Maintes fleurs émaillées brillent sur la rive ;
Ma mère a maintes robes d’or.

— Mon père, mon père, et tu n’entends pas
Ce que le roi des Aulnes doucement me promet ?
— Sois tranquille, reste tranquille, mon enfant :
C’est le vent qui murmure dans les feuilles sèches.

— Gentil enfant, veux-tu me suivre ?
Mes filles auront grand soin de toi ;
Mes filles mènent la danse nocturne.
Elles te berceront, elles t’endormiront, à leur danse, à leur chant.

— Mon père, mon père, et ne vois-tu pas là-bas
Les filles du roi des aulnes à cette place sombre ?
— Mon fils, mon fils, je le vois bien :
Ce sont les vieux saules qui paraissent grisâtres.

— Je t’aime, ta beauté me charme,
Et, si tu ne veux pas céder, j’userai de violence.
— Mon père, mon père, voilà qu’il me saisit !
Le roi des aulnes m’a fait mal ! »

Le père frémit, il presse son cheval,
Il tient dans ses bras l’enfant qui gémit ;
Il arrive à sa maison avec peine, avec angoisse :
L’enfant dans ses bras était mort.

 

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