Journal d’une confinée (22) (23)

  • Journal commencé le mercredi 18 mars 2020

CONFINEMENT J 24, p 22

Mardi 7 avril

Aujourd’hui, papa aurait 97 ans. Il n’a pas accompagné maman dans sa fin de vie. Cela aurait-il été plus facile de partager ces moments difficiles avec lui. Comment les aurait-il vécu ? Aurait-il été vaincu par la sénilité, comme maman ?

Comme il nous a manqué; maman lui a survécu de si longues années, en guise de compagnon, ce traumatisme à vie.

Pyrénées : Un ours immortalisé sur une crête à 2.800 mètres d’altitude

Après Sorita, voici Goiat

La Pavlova, mon dessert préféré. Il me restait des blancs d’oeufs; des framboises congelées, un peu de crème à la vanille et voilà !

A gauche, celle du pâtissier, à droite, les miennes.

La Pavlova qui aurait inspiré ce dessert. L’Australie et la Nouvelle Zélande se disputent la création de ce délicieux gâteau; puis les États-Unis…Peu me chaut, grec, chinois, vietnamien, suisse ou irlandais, j’adore !!!

CONFINEMENT J 25, p 23

Mercredi 8 avril 2020

Les merlots enchantent le jardin,

Où roucoulent les tourtereaux.

Un camion passe,

Grondement vital;

Les masques sont de sortie,

Pour un étrange carnaval.

Fiction d’hier,

Aujourd’hui, science de la réalité.

Quand retournerons-nous danser ?

 

Coronavirus à Bordeaux : Des étudiants isolés et en « détresse psychologique » dans un campus déserté

CONFINEMENT Depuis le début du confinement lié à l’épidémie de Covid-19, près de 3.000 étudiants sont isolés sur le plus campus de Pessac-Talence-Gradignan

« Le campus a été déserté. Les étudiants qui sont restés sont ceux qui étaient déjà dans une situation d’isolement. Etrangers, ils étaient loin de leur famille, en rupture familiale, ils sont désormais sans leurs amis. Certains, en grande précarité, n’ont aujourd’hui plus leur job, explique Jérôme, membre fondateur du collectif et enseignant chercheur en physique. Bref, on se sent utile avec nos colis. »Solidarité-Continuité alimentaire Bordeaux

MERCI ANNIE ERNAUX

Monsieur le Président,

« Je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps ».

À vous qui êtes féru de littérature, cette entrée en matière évoque sans doute quelque chose. C’est le début de la chanson de Boris Vian Le déserteur, écrite en 1954, entre la guerre d’Indochine et celle d’Algérie. Aujourd’hui, quoique vous le proclamiez, nous ne sommes pas en guerre, l’ennemi ici n’est pas humain, pas notre semblable, il n’a ni pensée ni volonté de nuire, ignore les frontières et les différences sociales, se reproduit à l’aveugle en sautant d’un individu à un autre.

Les armes, puisque vous tenez à ce lexique guerrier, ce sont les lits d’hôpital, les respirateurs, les masques et les tests, c’est le nombre de médecins, de scientifiques, de soignants. Or, depuis que vous dirigez la France, vous êtes resté sourd aux cris d’alarme du monde de la santé et  ce qu’on pouvait lire sur la  banderole  d’une manif  en novembre dernier -L’état compte ses sous, on comptera les morts – résonne tragiquement aujourd’hui.

Mais vous avez préféré écouter ceux qui prônent le désengagement de l’Etat, préconisant l’optimisation des ressources, la régulation des flux,  tout ce jargon technocratique dépourvu de  chair qui noie le poisson de la réalité. Mais regardez, ce sont les services publics qui, en ce moment, assurent majoritairement le fonctionnement du pays :  les hôpitaux, l’Education nationale et ses milliers de professeurs, d’instituteurs si mal payés, EDF, la Poste, le métro et la SNCF. Et ceux dont, naguère, vous avez dit qu’ils n’étaient rien, sont maintenant tout, eux qui continuent de vider les poubelles, de taper les produits aux caisses, de  livrer des pizzas, de garantir  cette vie aussi indispensable que l’intellectuelle,  la vie matérielle.

Choix étrange que le mot « résilience », signifiant reconstruction après un traumatisme. Nous n’en sommes pas  là. Prenez garde, Monsieur le Président, aux effets de ce temps de confinement, de bouleversement du cours des choses. C’est un temps propice aux remises en cause. Un temps   pour désirer un nouveau monde. Pas le vôtre ! Pas celui où les décideurs et financiers reprennent  déjà  sans pudeur l’antienne du « travailler plus », jusqu’à 60 heures par semaine.

Nous sommes nombreux à ne plus vouloir d’un monde dont l’épidémie révèle les inégalités criantes, Nombreux à vouloir au contraire un monde  où les besoins essentiels, se nourrir sainement, se soigner, se loger, s’éduquer, se cultiver, soient garantis à tous, un monde dont les solidarités actuelles montrent, justement, la possibilité. Sachez, Monsieur le Président, que nous ne laisserons plus nous voler notre vie,  nous n’avons qu’elle, et  « rien ne vaut la vie » –  chanson, encore, d’Alain  Souchon. Ni bâillonner durablement nos libertés démocratiques, aujourd’hui restreintes, liberté qui  permet à ma lettre – contrairement à celle de Boris Vian, interdite de radio – d’être lue ce matin sur les ondes d’une radio nationale. »
Annie Ernaux

Écrit le 30 mars 2020. J’en prends connaissance ce jour. Je n’ai plus rien à dire.

Cette année 2020 célèbre le 200ème anniversaire de Boris VIAN. Que d’hommages ne seront pas faits ! Le printemps des poètes en était l’occasion. Quelle triste ironie, de ne pouvoir publiquement faire revivre ses pensées, ses textes et chansons, si joyeusement libres et anarchistes, dénonçant ce monde dans lequel nous sommes englués.

 

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