Mettre des bâtons dans les roues

Ecrit pour le défi du 20 octobre, proposé par Passiflore

En Octobre c’est moi qui vous propose le thème:!

Ce sera le mot BICYCLETTE

une histoire de…

un souvenir de…

des photos de….

Mettre des bâtons dans les roues

 » Cet enfant ne marchera jamais. » s’inquiétait ma mère Ismérie, comtesse de Sivrac.

Nous étions en 1787. Je gazouillais de façon fort intéressante, avais délaissé mon pouce et les seins de ma nourrice. Mais voilà, pas du tout pressé d’imiter ces drôles d’animaux perchés sur deux pattes, je  leur préférais la compagnie des quatre pattes. Mon père crut bon de me poser sur Atalante. Nous fîmes un tour de manège. Triomphant, je déclarais « Je sais y faire » ou quelque chose d’approchant. Mède, mon père s’exclama: »Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ! » Il s’enferma dans son atelier; nous entendîmes, des semaines durant, raboter, scier,  clouer. Mon père, malgré les remontrances de ma mère »  Mède, mon cher, vous ne vous êtes pas encore changé pour le diner, toute cette sciure, c’est d’un inconvenant ! Que va-t-on penser de nous ? »

Mon père souriait » Ismérie, très chère, soyez patiente. Vous ne le regretterez pas. »

Ma mère soupirait, d’un air fataliste; recommençait à chaque dîner, craignant que tout ceci ne ternisse sa réputation.

Nous étions en 1790. Exactement le jour de mes cinq ans. La veille, mon père avait dit à ma mère: » Demain, je vous réserve une surprise. » sans se soucier de l’air ombrageux pris par ma mère.

Au salon, ducs, duchesses, comtes et comtesses du voisinage caquetaient avec entrain. »Ma chère, votre petit Césaire a fait bien des progrès. Que dit-il ? Oui, je sais, mon petit, tu t’appelles Césaire. » « Je sais y faire » insistais-je. « Mais oui, dit ma mère, nous le savons. Rosalie, occupez-vous de Césaire. Cet enfant m’épuise. »

Apparut mon père, poussant un cheval. Les conversations s’arrêtèrent. Ma mère s’éventa de plus belle. Une voix s’écria:  » Comte, que nous avez-vous donc inventé, cette fois-ci. Quelle est cette chose ? »

 » Un célérifère. » répondit-il fièrement.  » Je sais l’y faire. » dis-je, me précipitant sur la chose. Mon père me posa sur l’engin, me poussa.  » Je sais l’y faire » répétais-je. Il me lâcha, et j’avançais sous les applaudissements et les acclamations de l’assistance.

 

Mon père, le comte Mède de Sivrac avait inventé  le CÉLÉRIFÈRE*, ou « machine à courir », roulant grâce aux mouvements de jambes, en ligne droite car il n’avait pas de système de direction. Le célérifère,   devint VÉLOCIFÈRE, et m’aventurant dans le parc, je vis foncer sur moi, montée sur son vélocifère, la plus merveilleuse des vélocipèdes, toutes voiles au vent. J’en oubliais de m’arrêter. Nous nous percutâmes. Aucune conséquence fâcheuse due au choc, si ce n’est, sur le champ, je tombais amoureux.

 

* Dans les années 1890, le journaliste Louis Baudry de Saunier affirme qu’un Français, le comte de Sivrac, a inventé en 1790 (donc vingt-huit ans avant la draisienne) le célérifère sorte de « véhicule tout à fait rudimentaire, constitué par deux roues en bois, réunies, dans leur sens radial, par une traverse, également en bois, servant de selle »Son histoire prend place dans un contexte d’inimitié forte entre la France et l’Allemagne, suite à la guerre de 1870. Le canular est dénoncé dans la seconde moitié du XXe siècle. (http://cnum.cnam.fr/expo_virtuelle/velo/celerifere.html)

 

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Catégories : Défi du 20 | 6 Commentaires

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6 réflexions sur “Mettre des bâtons dans les roues

  1. captivante, l’histoire de cette « machine à courir » on te lit jusqu’au bout
    mettre des bâtons dans les roues,
    défi relevé avec « adresse »
    agréable journée à bientôt

  2. Ah y’a pas à dire, pour écrire un billet original, tu sais l’y faire !! 😉 Bravo !!

  3. il n’y a que toi qui célifère! Et en plus avec cet machine à courir pas besoin de salle de sport hein!
    Merci pour ta participation et bon W.E

  4. Un billet bien troussé, drôle et intéressant. Merci pour ce joli moment. Beau week-end.

  5. soene

    Coucou Jacou
    J’ai cru que c’était un joli copié, ce texte !
    Mais quelle idée stupide ai-je eu, tu es la reine des mots, ça roule pour toi 😆
    Je repasse demain avec des idées claires pour profiter de tout !
    Bon dimanche et gros bisous
    PS c’est PassiFlore qui m’a donné ton lien, je me suis encore perdue, hier 😥

  6. Quel beau billet, mes aïeux ! Bravo !

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