AGENDA IRONIQUE JUILLET 2017

La perte en une phrase

Consigne pour l’agenda ironique de juillet, initié par Carnets Paresseux.

Perdre ses clefs, ses repères, ses cheveux, son âme, quelqu’un, un souvenir, une opportunité ; perdre son temps, une habitude, le repos, des kilos, ses feuilles, sa saveur, son parfum, sa raison, sa vanité. La perte est le sujet de ce mois. Elle se dira en une seule phrase, brève ou longue, avec ou sans ponctuation, fluide ou hachée, fuyante chutant avec l’objet perdu et se perdant avec lui, précipitée cherchant à le rattraper et se combler, ou lente, précautionneuse cernant le vide qu’il a laissé. On peut être ironique, ou pas. Sujet moins sombre qu’il n’y paraît : la perte ne se limite pas au manque, elle libère à sa manière, offre un espace où naître. La phrase unique lui donne voix.
Quelques livres d’une phrase, procédé très répandu dans la littérature contemporaine : Comédie classique de Marie N’Diaye, Zone de Matthias Énard, J’aime de Nane Beauregard, Anguille sous roche d’Ali Zamir, Verre cassé d’Alain Mabanckou, La nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès, Réparer les vivants de Maylis de Kerangal, et certainement bien d’autres – n’hésitez pas à les ajouter en commentaire. Autre modèle, les longues phrases de Marcel Proust et Claude Simon, mais vous pouvez aussi vous limiter à sujet verbe complément, ou même un mot, pire rien qu’un point. Prose ou vers. Bref, à vous.

A souffle d’aile

Le temps d’un silence, elle soupira, pensa à l’instant présent, qu’il n’aurait jamais dû se terminer ainsi, cette inéluctable catastrophe, frémit à l’idée des conséquences désastreuses, dans un futur proche ou lointain, qu’elle espérait bien ne pas voir arriver tout de suite, décidant, au moment même, de ne pas remettre à demain, ce qu’elle aurait pu accomplir hier, car aujourd’hui tout proche de ce passé, qu’elle voudrait oublier, qui déjà s’estompe, un brouillard couleur nuit effaçant peu à peu ce terrible souvenir, alors quand commencèrent, pour elle, une attente inespérée, un avenir comme elle n’avait jamais imaginé, elle se posa, retenant chaque seconde, savourant chaque minute, célébrant les heures, les jours, humant avec délice les semaines, les mois, goûtant ces années qui lui restaient, ces espaces de vie qu’elle avait réussi à reconquérir.

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Catégories : Agenda Ironique | 8 Commentaires

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8 réflexions sur “AGENDA IRONIQUE JUILLET 2017

  1. Là, pour être franche, j’ai perdu haleine 😉

  2. Exercice de style bien maitrisé, et la phrase est très jolie. J’aime beaucoup la chute qui s’ouvre à l’avenir.

  3. C’est parfait ! On sent le temps, tous ses courants et ses contre-courants, et je ne pense pas avoir votre sagesse pour y naviguer 🙂 J’aime beaucoup cette impression d’immersion.

  4. Quelle inéluctable catastrophe ?

  5. Au début, je me suis cru dans un tourbillon, au plus près du siphon et puis, sûrement par une prise de conscience, c’est comme si elle s’était extirpé (momentanément ?) de l’inéluctable !

  6. Pingback: Le temps des cerises – Nervures et Entailles

  7. Pingback: Vingt-deux phrases perdues en juillet | Carnets Paresseux

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