Agenda polaronique de novembre

Ecrit pour l’agenda ironique de novembre 2016, thème proposé par Valentyne

POLAR

 

Vacances sulfureuses

 

Ce samedi, beau soleil sur la petite route de campagne. Helmut et Claudia, profitant de quelques jours de vacances, roulent, direction la France.

Devant eux, un camion bâché, bouchant toute la vue, se traîne à l’allure d’un escargot.

  • Qu’est-ce que tu fais? Je te signale qu’ici la vitesse c’est 70.
  • Le camion, là devant nous, tu veux passer tes vacances derrière? J’accélère pour le doubler.

Helmut se lance. D’on ne sait où, surgit un chien, obligeant  le camion à freiner. Helmut ne peut l’éviter. Le chien poursuit son chemin tranquillement.

Les deux conducteurs n’ont plus qu’à constater les dégâts.

  • Pas très prudent, monsieur.
  • Peut-être. Mais s’il n’y avait pas eu ce chien…Un chien vagabond, c’est interdit. J’ai bien envie de le signaler.
  • Non! Ils ne se déplaceront pas pour ça. Regardez, c’est juste la plaque d’immatriculation. Rien de bien grave.
  • Parlez pour vous! Moi, ma voiture est fichue. Elle ne peut plus rouler…
  • Hé, vous deux! les apostrophe Claudia.
  • Claudia, tout va bien, juste quelques dégâts matériels.

Devant le calme de son mari, elle reste sans voix.

  • Chère dame, il a raison. Ce n’est pas si grave.
  • Pas si grave? Ça va pas, vous deux! fulmine-t-elle, montrant son front.  » Et ça? C’est aussi un dégât matériel?

Les deux hommes ne veulent surtout pas envenimer la situation. Helmut lui donne un coup de coude. « Nous avons un problème. Je n’ai pas l’autorisation d’utiliser ma voiture de fonction pendant les vacances » murmure-t-il.

Il appelle un dépanneur. Le camion redémarre.

  • Il est parti!  Le constat!

Plus tard, attendant la dépanneuse, elle dit doucement: « Tu n’as rien entendu, dans la remorque? »

  • Quoi donc?
  • Je ne sais pas. On aurait dit du bruit, comme des voix…
  • Tu entends des voix, maintenant! C’est sûrement…ta bosse! Voilà le dépanneur.
  • La police est déjà repartie? Et pour l’assurance?
  • Nous n’avons pas le dr…
  • Je règlerai, intervient Helmut.

Voiture déposée chez un carrossier, Claudia, énorme bosse,  due à l’airbag, se fait soigner dans une pharmacie.

Doucement, la pharmacienne lui dit: « Vous devriez porter plainte. » Claudia répond: » Impossible. C’est la voiture de fonction de mon mari. Nous n’avons pas le droit de nous en servir pendant nos vacances. »

Embarrassé, Helmut la prend par le coude, et ils sortent rapidement.

La pharmacienne soupire: « Encore une victime de violences conjugales. »

 

Dans la ville, tous les hôtels affichent complets.

  • Bel anniversaire de mariage. Pas de chambre. Je te félicite. Bravo.
  • Nous pourrions peut-être dormir dans la voiture, suggère Helmut timidement.
  • De mieux en mieux!
  • Tu préfères dormir dans la rue?

Après s’être arrangés avec le carrossier, ils s’installent dans la voiture.

  • Il aurait pu nous proposer de nous héberger, grommelle Claudia.

Dès le matin, en quête d’un hôtel…

  • Il n’y a pas de balcon. Je veux un balcon avec vue sur le fleuve.

Fermement Helmut prend le bras de sa femme et entre.

  • Nous voudrions une chambre. Pour la semaine.

Helmut s’écroule sur le lit; s’endort tout de suite.

Claudia le secoue, crie: « Je ne veux pas rester tout le temps ici. Je veux aller ailleurs! »

Furieuse, elle sort. La  porte claque.

Revient, aimable.

  • As-tu bien dormi? Nous allons au concert ce soir.

Une semaine, le temps des réparations.

  • Où est notre voiture?
  • Je suis vraiment désolé, je n’ai pas pu la réparer. Les ouvriers de l’usine font grèv…
  • Comment? Nous devons rentrer! Que va dire le patron d’Helmut? Nous n’avions pas le dr…
  • Pas de problème, Claudia, dit Helmut, lui faisant les gros yeux.
  • Je pourrais vous prêter une voiture.

Le jour suivant.

  • Que vas-tu dire à ton patron?
  • Je vais trouver. Ne t’en fais pas.

Le soir:

  • Comment cela s’est passé? Ton patron?
  • Il est à l’hôpital.

Quelques jours plus tard.

  • La voiture est prête.
  • Chouette!
  • Mais ça va nous coûter un maximum. 8000 euros.
  • Les pièces de rechange sont en or?!
  • Nous allons payer avec quoi? Si tu n’avais pris la voiture…
  • Nous pourrions…
  • Quoi?
  • Emprunter.
  • Pas question!
  • Mais comment…
  • T’inquiètes. J’ai ma petite idée.

Ils sont à table, silencieux, la télé allumée. Apparait un portrait.

« De nombreux clandestins ont été découverts, abandonnés dans une remorque, sans eau ni nourriture…le conducteur est en fuite. »

  • C’est le chauffeur du camion de l’accident! C’est lui! Appelle la police!
  • Tu sais bien que j’avais pas le droit de la cond…
  • On va avoir une récompense, c’est sûr.
  • Et qu’est-ce que tu leur diras? Que tu le connais? Ils vont te soupçonner. Vaut mieux rien faire.

Le jour suivant.

  • Je sais! Le patron est revenu!
  • Et alors?
  • Je l’ai vu qui descendait de notre camion.
  • Qui? Notre chauffeur?
  • Mon patron!
  • Et alors?
  • Tu ne comprends pas? Il était absent. Le revoilà avec le camion, notre camion. Nous allons  informer la police.
  • Des camions, comme celui-la,  y en a pleins. T’ es sûr?
  • Oui, mais la plaque d’immatriculation est détachée.
  • Et alors?
  • Tu as oublié? Le choc?
  • Rigoler! C’est grave, tout ça! L’accident, le prix des réparations…les voix!
  • Les voix?!
  • Celles de ces pauvres gens! J’avais raison! Le numéro! Je l’ai noté sur le ticket des wc. Mon sac. Vois. Je l’ai!
  • Je vérifierai demain.
  • On est riches!
  • Ce n’est peut-être qu’une coïncidence.
  • IM-PO-SSI-BLE! Hier, à la télé, je sais pas, j’ai ressenti, c’était étrange…je peux pas expliquer. Etrange…
  • Allons nous coucher. Demain, ça te reviendra.

Au petit déjeuner, Claudia chantonne.

  • J’ai trouvé! Le portrait…
  • Quel portrait?
  • Quel portrait?  Celui du chauffeur,  le frère de ton patron!
  • Impossible, mon patron n’a pas de frère!
  • Oh, si!
  • Et comment tu le sais?
  • Je le sais.
  • Je pars. Bonne journée!
  • Tu ne crois pas si bien dire!

 » Allo. Ces pauvres gens, que t’as abandonnés, ils t’ont donné un paquet de fric. Alors voilà…qui je suis, on s’en tape. Je t’ ai reconnu à la télé. Ce que je veux? 8000 euros. Tu  les as pas? A d’autres!   »

« Helmut! Nous sommes riches! Non je  suis pas allée à la police, je suis pas idiote. J’avais raison pour le frère; ah, bon, c’est son demi-frère. Comment je le connais? Comment tu crois que t’es rentré dans la boitaaaaaaargggh…

« Claudia, tu es toujours là? Je voulais te dire, j’ai parlé au patron, je grimpe les échelons, et tu devineras jamais, il paie les réparations, et en plus, ma voiture de fonction, je peux m’en servir quand je veux. Allo, Claudia, tu m’entends? Tu dis plus rien. C’est chouette, non? On a bien fait de pas aller à la police. Pour une fois, j’avais raison. »

 

 

 

 

 

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Catégories : Agenda Ironique | 13 Commentaires

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13 réflexions sur “Agenda polaronique de novembre

  1. un genre de happy end amoral 😀

  2. comme dit Gibulène ! c’est drôle et amoral, et drôlement amoral !

    • Comme j’ai répondu à Gibulène, je savoure les histoires amorales, jetant convenances empesées, bienséances hypocrites, et faisant fi de ces apparences, qui, sous couvert de morale, sont bien trop souvent trompeuses

  3. Pauvre Claudia qui finit dans la boitaaaaaaargggh !!!
    Quoique …

  4. Pingback: Agenda ironique Novembre – deuxième mi temps et votes | La jument verte

  5. Enfin une histoire qui finit bien!!! 😉

  6. Ce style quelque peu télégraphique est intéressant. j’ai eu un peu de lenteur parfois à dénouer les raccourcis, mais la fin est arrivée à me procurer un sentiment curieux et contradictoire. Plaisir et déplaisir. Amoral, certes, car les travers des humains sont tout à fait crédibles et pervers aussi, car les uns sont tout aussi tordus que les autres. Au fond, notre petite condition humaine flotte aussi entre plusieurs traits noirs de notre esprit comme le voyeurisme, le sadisme, égoïsme, etc… Gluant à souhait. Merci Jacou 🙂

  7. laurence délis

    Ironique à souhait ! 🙂

  8. Je vais noter dans mon agenda pas ironique d’éviter d’avoir une collision avec toi !)

  9. Moi, je trouve que ça part bien, on désigne le chien coupable, cela me paraît évident, puis, d’un coup, sans comprendre, on l’innocente, sans aucune forme de procès tronqué, alors qu’il n’a peut être ni traversé dans les clous ni seulement indiqué d’un geste explicite qu’il comptait traverser… Après, on insulte ces pauvres trafiquants d’âmes qui essaient de bosser dans des conditions difficiles vue l’odieuse illégalité dans laquelle on les a placardés !!! Et voilà, une fois de plus, et sous principe qu’il serait de l’homme le meilleur compagnon, on occulte le canin coupable sans lequel rien de tout cela ne serait arrivé sinon tous à bon port, le camion en Angleterre, les amoureux à l’hôtel quand il y avait de la place, le compte en banque du patron au plafond et les clandestins en cale d’un rafiot…
    Alors, je m’insurge… Un peu !!… Contre l’immoralité de cette morale où, nulle part, n’est fait mention de l’éradication pure et simple du genre chien qui me semble la solution à tant de maux !!!!!!!

    Je tiens à préciser que je dis tout cela sans agressivité Kfff Kffff !!!

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