La vieille maison tremblait sous le poids de la neige

Ecrit pour « LA MAGIE DES MOTS » chez Mandrine.

Chaque fois que je commencerai un nouveau livre,

je vous donnerai

la première phrase de la première page de ce livre, et ce sera à vous de broder à partir de cette phrase.

Aujourd’hui je commence par un livre de Sarah McCoy

mandrine

“ La vieille maison tremblait sous le poids de la neige.”

Silencieusement, elle me nargue, belle, blanche, aérienne; n’en finit pas de tomber.

J’ai la trouille, la peur à mon ventre qui gargouille. Ecrasée par cette magie maléfique, ce manteau blanc, cliché bien réel sous les pneus de ma voiture, jouet de glissades impromptues et terrifiantes. Mes doigts, auxquels j’ai communiqué mon angoisse, s’agrippent au volant.

Dans ce pays, qui n’est pas le mien, pays vanté pour ses paysages montagneux, les beaux sapins, pistes de skis à faire rêver, je cherche ma route, direction une petite école,  pour y faire un remplacement. Cette neige qui n’en finit pas, elle était belle et bienvenue dans mon pays natal, tellement rare; cet évènement,  certes, source d’embarras, mais que de jeux, bonshommes de neige, glissades sur les coteaux, réjouissements inattendus et inhabituels.

Et me voilà à la détester, obligée de la subir, envahie d’ anxiété,  et pour couronner le tout, les panneaux indicateurs rendus inutiles.  Délestés par mes soins de l’épaisse couche poudreuse,  je peux lire les indications. Enfin, la direction du village, route étroite, grimpant dans la montagne, rideaux de neige épaisse, une école, et un accueil chaleureux.

Durant une semaine, il ne cessa de neiger; un soir, à la fin des classes, un mur de neige coinçait ma voiture; je suppose créé par le chasse-neige, du moins son conducteur, avec qui, le matin même, j’avais échangé des mots aigre-doux; je montais, lui, descendait, m’obligeant à reculer sur cette route étroite, dont je ne voyais ni centre, ni bas côtés; la manoeuvre dura un certain temps, provoquant l’ impatience du conducteur, me lançant « T’as trouvé ton permis dans une pochette surprise? », amabilité à laquelle je répondis par une grossièreté, chose qui n’est pas dans mes habitudes. Mon véhicule, toujours immatriculé 33, attache sentimentale, petite R….ault 5, jaune de surcroit, ont dû les inspirer, lui et son collègue.

Bien que lui devant la priorité, je trouvais anormal cette attitude, eux du pays, habitués à circuler sur cette neige, de plus avec un véhicule autrement plus sûr que le mien, sans pneus neige, ni chaines. Pour moi de parfaits connards…et c’est avec l’aide d’une instit et des mamans que, soulevant ma voiture, garée dans la montée, nous l’avons mise dans le sens de la descente et du retour vers mon domicile.

De retour dans ma Gironde natale, lorsque tombe la neige, évènement heureux, surtout lorsque l’on peut rester chez soi, ou circuler sans souci,  reviennent à mon esprit ces moments où la neige n’était pas une amie,  sachant qu’il peut-être dur de vivre dans ces conditions, pas seulement en pays de montagne, pas seulement dans une vieille maison tremblant sous le poids de la neige, mais quand la vie jette sur les routes, ces êtres humains malmenés, guerres, dictatures, restriction des libertés, absence des droits les plus élémentaires, menaces d’esclavagisme, manque de travail, tous ces maux, qu’un joli manteau de neige n’effacera jamais .

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Catégories : La magie des mots, Les mots biographent | 3 Commentaires

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3 réflexions sur “La vieille maison tremblait sous le poids de la neige

  1. Ce que tu nous raconte là est une triste vérité malheureusement, une fois j’ai affronté les routes de montagnes enneigées, et je n’étais vraiment pas à l’aise du tout
    Quand aux pauvres gens sans toit, l’hiver approchant cela a être encore une fois horrible pour eux
    Bonne soirée
    Bisous
    Mandrine

  2. est-ce un fait réel??? En tous cas ça y ressemble bigrement! Amitiés

    • Oui, vécu par moi. La première phrase a remué en moi ce souvenir et quelques autres, je dirai peu enchanteurs, et bien moins que celui-ci; aussi, j’ai mis longtemps à pouvoir écrire quelque chose.

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