Agenda ironique octosombre

Erlkönig ou Le roi des aulnes

Un poème, que la proposition de Laurence Délis ,pour l’agenda ironique d’octobre, revient à ma mémoire.

Ce poème a inspiré de nombreuses adaptations, tant cinématographiques, littéraires que musicales, entre autres le lied Erlkönig de Franz Schubert (1815)

Ce poème a été interprété comme racontant le cauchemar  d’une victime de violence sexuelle.

Voici la version originale, pour les germanistes, et sa traduction.

Erlkönig

Johann Wolfgang von Goethe (1782)

Le roi des aulnes

Adaptation par
Jacques Porchat (1861)

Wer reitet so spät durch Nacht und Wind?
Es ist der Vater mit seinem Kind.
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,
Er fasst ihn sicher, er hält ihn warm.

Mein Sohn, was birgst du so bang dein Gesicht? –
Siehst Vater, du den Erlkönig nicht!
Den Erlenkönig mit Kron’ und Schweif? –
Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif. –

„Du liebes Kind, komm geh’ mit mir!
Gar schöne Spiele, spiel ich mit dir,
Manch bunte Blumen sind an dem Strand,
Meine Mutter hat manch gülden Gewand.“

Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht,
Was Erlenkönig mir leise verspricht? –
Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind,
In dürren Blättern säuselt der Wind. –

„Willst feiner Knabe du mit mir geh’n?
Meine Töchter sollen dich warten schön,
Meine Töchter führen den nächt lichen Reihn,
Und wiegen und tanzen und singen dich ein.“ –

Mein Vater, mein Vater, und siehst du nicht dort
Erlkönigs Töchter am düsteren Ort? –
Mein Sohn, mein Sohn, ich seh’ es genau,
Es scheinen die alten Weiden so grau. –

„Ich liebe dich, mich reizt deine schöne Gestalt,
Und bist du nicht willig, so brauch ich Gewalt!“
Mein Vater, mein Vater, jetzt fasst er mich an,
Erlkönig hat mir ein Leids getan. –

Dem Vater grauset’s, er reitet geschwind,
Er hält in Armen das ächzende Kind,
Erreicht den Hof mit Mühe und Not,
In seinen Armen das Kind war tot.

Qui chevauche si tard à travers la nuit et le vent ?
C’est le père avec son enfant.
Il porte l’enfant dans ses bras,
Il le tient ferme, il le réchauffe.

« Mon fils, pourquoi cette peur, pourquoi te cacher ainsi le visage ?
Père, ne vois-tu pas le roi des Aulnes,
Le roi des Aulnes, avec sa couronne et ses longs cheveux ?
— Mon fils, c’est un brouillard qui traîne.

— Viens, cher enfant, viens avec moi !
Nous jouerons ensemble à de si jolis jeux !
Maintes fleurs émaillées brillent sur la rive ;
Ma mère a maintes robes d’or.

— Mon père, mon père, et tu n’entends pas
Ce que le roi des Aulnes doucement me promet ?
— Sois tranquille, reste tranquille, mon enfant :
C’est le vent qui murmure dans les feuilles sèches.

— Gentil enfant, veux-tu me suivre ?
Mes filles auront grand soin de toi ;
Mes filles mènent la danse nocturne.
Elles te berceront, elles t’endormiront, à leur danse, à leur chant.

— Mon père, mon père, et ne vois-tu pas là-bas
Les filles du roi des aulnes à cette place sombre ?
— Mon fils, mon fils, je le vois bien :
Ce sont les vieux saules qui paraissent grisâtres.

— Je t’aime, ta beauté me charme,
Et, si tu ne veux pas céder, j’userai de violence.
— Mon père, mon père, voilà qu’il me saisit !
Le roi des aulnes m’a fait mal ! »

Le père frémit, il presse son cheval,
Il tient dans ses bras l’enfant qui gémit ;
Il arrive à sa maison avec peine, avec angoisse :
L’enfant dans ses bras était mort.

 

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Catégories : Agenda Ironique | 8 Commentaires

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8 réflexions sur “Agenda ironique octosombre

  1. très beau texte

  2. Poème allemand très beau et très connu, mais qui a le don,
    à chaque fois, de me glacer le sang…

  3. J’avais vu le film avec John Malkovich. Ne connaissant pas du tout le sujet, il y a de cela de nombreuses années, je suis restée très interrogatives quant à ce film, et à cette ambiguïté qui s’en dégage et du gros malaise que j’en ai ressenti. Jusqu’au moment où j’ai mieux compris de quoi il s’agissait.
    Le poème est superbe. Merci Göethe

    Je ne puis résister à y ajouter Fischer Diskau qui interprète ce lieder de Schubert. Au premier son émis j’avais reconnu ce célèbre grand baryton dont j’ai les paroles « Die Winterreise » du même compositeur. J’adore les chanter lorsque je suis seule. Un exercice difficile et dont j’aime relever le défi, ceci de manière totalement anonyme 🙂

  4. J’ai étudié Goethe en cours d’allemand, il y a longtemps. Et la dimension tragique de ce poème marque.

  5. Il me semble avoir lu ce poème il y a des années lorsque j’ai lu « Le roi des Aulnes » de M. Tournier. Magnifique poème, magnifique roman. Merci Jacou.

  6. Quelque mystère implacable du vivant traversant le temps et le cœur telle une lame d’acier brillant sous la lune… J’adore !

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