Agenda ironique de mars 2016

Ecrit pour l’agenda ironique de mars, confié par Carnets Paresseux à Une patte dans l’encrier

Il était une fois un homme, monsieur Propre. Participant à un concours de savons pour planches en pente, son nom fit toute la différence. Désormais, il fut célèbre dans le monde entier blogosphérique. Modeste, il se retira des concours de tous ordres, écrivant parfois sous d’autres pseudonymes, des articles sociétaux,  ironiques à souhait, et o’ combien véritables.

Un dodo, que l’on disait paresseux, mais contrairement à ce que peut laisser supposer son nom, pas le moins endormi, cherchant inspiration parmi contes de fées, fabliaux et légendes, s’empara, plume alerte, de cette histoire, créant ainsi un agenda, portant le nom d’ironique, pour écrivains amateurs d’histoires et récits en tous genres.

Le boomerang fit son effet et d’écho en quiproquo, l’agenda  conjugua  son passé, son présent, son futur avec flegme. Un calendrier, plus loin, revisita la révolution ubuesque, avant de se payer des vacances incognito et maritimes. Ces vacances se prolongèrent en pays de grenouilles aussi grosses que des citrouilles, transformées bientôt par la grâce de collages incongrus.

Fatima qui errait à la recherche de l’herbe d’or, tomba sur une double page blanche, véritable énigme, l’envoyant en Egypte, étudier de près ce Sphynx,  maître du blanc désert. Une fois n’est pas coutume, il lui fit cadeau de ce sage conseil: « C’est en cherchant l’hirondelle, que tu trouveras le printemps. »

Fatima scruta le ciel. Elle ne vit que ciel bleuissant et soleil aveuglant.

Heureusement, une caravane arriva. Se hissant sur un dromadaire, elle partit au Caire. Par train, bateau, avion, arriva à Paris. ne put que constater, déçue, les hirondelles avaient disparu. Rencontra des gendarmes à cheval, uniformes sans capeline, motards toujours pressés, voitures aux sirènes hurlantes, fourgons blindés et flics robotisés.

On était déjà le premier mars, mois sans coup de barre, et si l’on en croit les rumeurs, mois où tout repart.

Elle partit au hasard, s’assit dans un bar, commanda un thé à la menthe, puis descendit le premier boulevard, vit la station Champ de mars.

Choisit de descendre au huit mars. Là elle rencontra mademoiselle Dithyrambe, féministe à ses heures perdues, qui, cela tombait bien, attendait le métro, direction Printemps. Devisant sur l’évènement à venir, elles s’étonnèrent du peu de précisions sur la date équinoxale. Evidemment,  discutèrent de la disparition des hirondelles, de la nature et du climat détraqués, concluant en choeur:

« Une date ne fait plus le printemps. »

Mais alors, ou, mars alors, où se cache-t-il donc? Quand passent les hirondelles?

Plus jamais dans les villes, à cause de la pollution; plus un seul petit insecte ou vermisseau à se mettre dans le bec…

Munies d’une carte,  posèrent un doigt, quelque part, et par un heureux hasard, pointèrent un estuaire, et ses falaises blanches. Sûrement, nichaient là quelques oiseaux.

Elles prirent le train, TGV, à Montparnasse, débarquèrent à la gare Saint Jean. S’enquirent de la direction de l’estuaire. Là, un gardien de phare se rendant à Cordouan, leur offrit de l’accompagner sur son bateau. C’était jour de grande marée; et le mascaret biquotidien les balança joyeusement, accompagné du bruit soyeux de la vague.

En même temps que s’éloignaient les rives, apparurent les falaises blanches. Le gardien leur montra des ouvertures: « Des maisons troglodytes. » Des nids géants apparurent. Et en même temps, sur l’autre rive, sablonneuse, celle-là, un cri d’oiseau. Une hirondelle! pensèrent-elles. « C’est un goéland. Mais bientôt, reviennent les hirondelles.  » les renseigna-t-il.

Elles décidèrent d’attendre. Se promenèrent sur les sentiers, visitèrent les carrelets, scrutèrent le ciel du haut du phare Richard,  admirèrent des châteaux, goûtèrent et apprécièrent leurs vins, découvrirent les esteys, quelques  petits ports abritant la traditionnelle  gabare, et les filadières, dégustant lamproies, cannelés et fritures de crevettes grises.

Ainsi, elles attendirent. Le vingt trois mars, elles virent passer, transporté sur un bateau énorme, remontant l’estuaire, un morceau de l’Airbus. Heureux présage, espérèrent-elles. Enfin, une première hirondelle fit son apparition; nous étions le trente mars. Elle nicha dans les falaises. Déjà les vignes bourgeonnaient, les jonquilles avaient défleuri depuis longtemps, les saules porteurs de chatons soyeux, s’ornaient de tendres feuilles vert pâles; des étoiles blanches démentaient le nom de cet arbuste appelé épine noire…tout, ici, était fleurs en promesses, vie et verdeur végétales.

« C’est en cherchant l’hirondelle que tu trouveras le printemps. »

Comment le Sphynx, qui n’avait jamais quitté son désert, ni ses pyramides, pouvait-il savoir?

 

 

 

 

 

 

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Catégories : Agenda Ironique, Jeux d'écriture | 12 Commentaires

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12 réflexions sur “Agenda ironique de mars 2016

  1. A la première gorgée, une merveille !! Je reviendrai lire derechef à nouveau ce récit aussi ciselé d’une falaise qui vous frôle tel l’embrun, nous rafraîchit telle la vague et nous emporte au large sur ses ailes telle l’hirondelle !! Félicitations, tu lances merveilleusement la compétition !!!

  2. Est-ce que je peux dire que c’est superbe !?! J’le dis ! Le tour d’un an d’agenda en un seul billet, avec gentillesse, bienveillance, humour, et sans complaisance pour notre biscornute actualité – ni ironie, mais avec malice… Bref, girond !

  3. Il y a tout ! Je suis émue d’avoir vu se dérouler l’année entière et toutes nos coopérations rythmées par ce proverbe et cette fin à la fois si jolie et si fine ! Je te remercie de cette lecture qui finit si agréablement ma journée qui avait déjà été un peu tourneboulante. Chapeau bas, l’artiste !

  4. Oh mais quel beau tour d’agenda tu nous joues là ! C’est joyeux, « bondissant », et ça se déguste d’un trait et sans essoufflement. Quand je disais que ça s’annonçait coton, va falloir s’accrocher aux branches du cotonnier ce mois-ci ! Les fous de bassan se tiennent encore les côtes qu’ils ont sablonneuses, monsieur propre est un génie. Superbe.

  5. Que du bonheur et de la douceur… Merci!

  6. Pingback: Concours agenda ironique de Mars 2016 : Les textes !!! | Une patte dans l'encrier

  7. « Ce n’est pas le but de la promenade qui est important mais les petits pas qui y mènent », de mois en mois, de date en date, d’hirondelle en hirondelle…
    Superbe, M’dame Jacou ❤

  8. Dites, Mâme Jacou, vous ne répondez pas à vos commentaires ? J’aime vous lire et continuer à vous lire même dans l’au-delà des textes. Nous feriez-vous encore l’aumône de vos tendres mots doux par l’après du 23 mars ?

    • Chère Mâdâme
      Prôphitemps de la libérassion de l’ortograf, je vou raie pondrais, ke je raie ponds s’oeufs Le Mans aux quest- tillons.
      Côme la vôtre, par ex ample.
      Tout jour à vôtre serre vis, Jacou de la Grande Région, qui aimerait porter un plus joli nom.

  9. Quel voyage! Vos mots font voler les pensées du lecteur comme sur des ailes.

  10. « C’est en cherchant l’hirondelle que tu trouveras le printemps »
    Merveilleuse chute à un texte non moins merveilleux 🙂
    Bisesss Jacou 🙂

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