Ça.

Ecrit pour bricabook Atelier d’écriture : Harcèlement de rue (209è)

Cette semaine, l’atelier prend une autre dimension et sort du cercle du net. Comme l’an dernier, Framboise m’a proposé de collaborer avec elle à un projet fou fou fou, mais tellement porteur. L’idée est de proposer une photo ET un thème pré-défini : le harcèlement de rue. Mais cela ira même beaucoup plus loin …

Je lui laisse la parole :

Comme l’année précédente, nous organisons sur l’Université de Toulon, une manifestation autour de la question du sexisme et du harcèlement de rue. Vos textes feront l’objet d’une exposition durant toute la semaine. Et, pour illustrer notre débat (qui clôturera une semaine d’évènements culturels) vos textes seront lus sur scène par des étudiants de l’atelier théâtre.

Deux contraintes pour cet atelier : écrire à partir d’une photo et d’une thématique : le harcèlement de rue.

Ça

Chaque jour, revenant de ses cours, elle traverse le parc. Elle aime bien ces moments-là, c’est calme, reposant. Elle pense à des conversations SEXISMEéchangées entre copines et copains, au film qu’elle a envie d’aller voir, à la personne qui promène son chien et a répondu à son bonjour par un sourire…

« Bonjour…t’es belle; tu vas où comme ça? »

« Tu réponds pas! On t’accompagne. T’es trop mignonne! Tu sais que t’es mignonne! »

« Fais pas cette gueule. T’es toujours vierge? Nous on aime ça les vierges! C’est les meilleures pour sucer! « 

Ils sont deux; elle voudrait s’enfuir à toutes jambes. Ils se rapprochent. Il n’y a plus de parc, plus de sourire, plus de souvenirs. Juste cette idée, fuir, fuir, s’éloigner d’eux, qui la frôlent; ne plus se sentir prise au piège,  pouvoir répondre, les anéantir d’un mot méprisant, être plus forte qu’eux, se débarrasser d’eux. Faire comme s’ils n’existaient pas; mais son cerveau est paralysé. Elle, la proie; eux, deux prédateurs.

Enfin, ils la laissent partir.

« Laisse-la, c’est qu’une mocheté, fous le camp salope! »

« Tu t’es vue! Même pas en rêve, je te baise, sale pute! »

Ne pas les entendre, oublier ces mots qui salissent, anéantissent. La peur, retrouver la quiétude d’avant. Comment? Pourquoi n’avoir pas répondu? Ne s’être pas défendue? N’avoir pu trouvé les mots?  Où aller? Que faire? Penser à autre chose. Oublier, effacer ce cauchemar,  fermer la porte à  ce sentiment d’impuissance totale dans cette  solitude, au delà de la peur. Etre comme avant. Avant ça.

 

 

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Catégories : Bricabook, Les mots graffiti | 13 Commentaires

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13 réflexions sur “Ça.

  1. eva

    Excellent. Les mots claquent, c’est efficace !

  2. Oui, c’est exactement ça, on passe de la bombe à la salope en deux claquements de doigt …

  3. jmb14

    Super joli texte qui claque comme dit Leiloona. Merci !

  4. un texte incroyablement réaliste, c’est exactement le schéma classique de la bombe à la laideur frigide incarnée….C’est très percutant et très réussi.

  5. Benedicte D.

    Bombe quand on se fait « draguer », salope quand on refuse…..Difficile d’être simplement sereine dans la rue quand on peut croiser un harceleur à chaque coin de trottoir…..

  6. Beaucoup de similitudes entre nos textes, sur les sentiments contradictoires qui se bousculent dans la tête de cette jeune fille, ni bombe, ni salope, juste femme.

  7. c’est tout à fait ça!!!

  8. framboise

    Très beau texte, et ce sentiment d’impuissance qui perdure, toujours….
    Merci infiniment ….

  9. Curieuse grignoteuse

    C’est fou comme mon texte semble être un écho au tien… Oui, on reste souvent coi devant tant d’obscénités, comme paralysé par la honte d’être le sujet de leurs terribles remarques. Pourtant, on est victime et en rien responsable. Qu’on se le dise et, la prochaine fois, notre héroïne relèvera la tête fièrement 🙂

  10. Claude

    Dans ton texte, le lecteur reçoit les insultes de plein fouet. C’est très bien écrit.

  11. On perçoit la frustration à l’état brut de ton personnage.
    Beau texte

  12. Le lecteur perçoit toute la violence et l’impuissance face à cette agression qui fait aussi des bleus à l’âme.

  13. Nady

    Ton texte est vraiment le complément des autres car nous détaille que les simples mots salaces peuvent aussi heurter violemment et durablement. J’adore la richesse de cet atelier d’écriture ! Merci !

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