Astique rond

Jeudi 31 décembre 2015, grand nettoyage et textes bradés

TITRE DE MAI : Histoires Rondes par lise le 27 avril 2014 , pour l’atelier d’écriture Ecritoire
Contraintes :
1 ) Utiliser le mot « rond » (ou similaires phonétiquement : ron, rhon, raum, etc.. ) dans le titre et au minimum une fois dans le texte
2) Utiliser un des monuments ronds que vous trouverez sur l’autre blog de Jean-Marie Dutey : comme cadre de l’action racontée. Attention, il y a plus d’une centaine de monuments, maisons, aqueducs, gares, et même des GAZOMETRES et un fabuleux monument complètement délabré avec de superbes peintures dedans – oui, c’est dingue tout ce qui peut se construire en rond de par le monde. Choisissez celui qui vous inspire.

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1979-84 : Palais Bulles, à Théoule-sur-Mer, construite par Antti Lovag

Astique rond

Mon métier : homme d’entretien de bulles.
Oui, ne riez pas : c’est un métier comme un autre.
Je vous entends : « Faire des ronds dans l’eau, peigner la girafe, il se moque de nous ce gars-là. »
Je vous explique. Je suis rentré au service de la famille Fermigou, il y a de ça trente, trente cinq ans. Trente cinq ans, oui, on venait juste de se marier la Maryse et moi.
Je travaillais à l’usine ; elle vendait le pain à la boulangerie du village.
La famille Fermigou cherchait un couple de la région, pour s’occuper de la propriété. J’étais homme à tout faire, j’avais la responsabilité du bon état du domaine, et Maryse faisait la cuisine, le ménage au château.
C’était une jolie maison, flanquée de deux tourelles, un grand escalier sur le devant, quatorze pièces. Nous logions dans une des tourelles. Nous avions un petit appartement très confortable.
La famille Fermigou partit quelques temps aux Etats-Unis ; à leur retour, ils décidèrent de vendre la propriété, pour aller s’installer sur la côte d’Azur ; madame Fermigou parlait d’architecture d’avant-garde, qu’elle voulait vivre en osmose avec la nature, la mer, le soleil, la lune, les étoiles, que sais-je…
Nous vendîmes, heu, ils vendirent le château, nous faisant suivre avec leurs bagages. Ils furent
quelques temps hébergés chez des amis. Nous nous joignîmes aux autres employés. Ce ne fut pas toujours facile, d’autant que le couple d’amis, de monsieur et madame, avait une fille, cette mijaurée, qui menait tout le monde à la baguette.
Un jour, madame emmena Maryse avec elle, afin de procéder à quelques nettoyages dans la nouvelle maison. Les travaux étant terminés, les entreprises avaient laissé ça et là quelques saletés.
Maryse, à son retour, me confia : « Gérard, tu vas pas me croire, la maison, et bien c’est comme si on était sur la lune. Et puis, c’est grand, tu verrais ça ! C’est plein de hublots, de coins et de recoins, enfin, de ronds et de reronds, non de murs, je sais pas comment t’expliquer. J’y comprends rien à cette maison. Enfin, madame est heureuse, folle de bonheur. Tout le temps, elle venait me dire, « regardez Maryse, c’est pas merveilleux, on se croirait dans la mer », « vous voyez là, ce paysage, respirez l’air, sentez comme c’est comme le paradis ». J’avais envie de lui dire que le paradis, j’y suis jamais allée, et que j’espère y être, mais le plus tard possible. A propos de sentir, pas une seule odeur de peinture, de plâtre, rien…
Nous emménageâmes dans la quinzaine.
J’étais pressé de découvrir ce lieu lunaire, aux dires de ma femme. Et je la vis, plutôt, je vis des coupoles roses, certaines, on aurait dit des seins de femme, d’autres avec des ouvertures rondes pareilles à des yeux, toutes de grosseurs différentes, collées les unes aux autres, et plus nous approchions, plus j’en découvrais, prêtes à rouler, posées sur des rochers, avec des bouches comme si elles voulaient les avaler. C’était curieux, inattendu, je trouvais cela très étrange et beau.
Madame courait partout, radieuse, monsieur satisfait du bonheur de madame.
« Nous voilà au Palais des Bulles ; Gérard, je vous nomme l’homme d’entretien des bulles. »
C’est ainsi que je veille sur les lieux, j’ai une échelle courbe, qui s’adapte à la forme des murs, pour grimper jusqu’aux hublots. Chaque jour je vérifie le bon fonctionnement de toutes les ouvertures ; et croyez-moi, j’en ai pour un bon moment ; il y en a partout, des rondes, des ovales, des coulissantes ; et je ne fais que l’extérieur. Parce que l’intérieur, c’est pas difficile, tout est rond ; les murs, les couloirs, les lits…Maryse ne se plaint pas. Au début, la tête lui tournait un peu, mais elle s’y est faite. Et puis, surtout, quand les patrons sont pas là, à nous la belle vie !
Nous avons notre petite bulle rien qu’à nous ; et les jours de congé, bien installés dans notre cocon, nous rêvons au jour quand nous partirons. Nous avons déjà acheté notre billet. Ensemble, sur la lune, nous irons.

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Une réflexion sur “Astique rond

  1. un beau texte

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