Un rosier créatif

Mardi 29 décembre 2015

Depuis hier, je trie, jette, range, publie des textes oubliés sur mon blog.

Ecrit pour écritoire, Titre de Juin 2014, Le calendrier.

MASQUES

Un rosier créatif

C’était une journée ensoleillée ; le ciel d’une bleutée infiniment immobile ; l’air cristallin apportait sa note sereine. Je m’installais à mon bureau. Sur la page de l’éphéméride, un pétale de rose ; songeuse, je le froissais entre mes doigts ; d’où provenait-il ?
Le rosier près de la fenêtre montrait ses branches dénudées, garnies d’épines ; quelques bouquets de feuilles persistaient ; les bourgeons minuscules abritaient dans leurs écrins une future floraison.
Mes doigts rosissaient, une odeur d’herbe écrasée montait à mes narines.
Le pétale écrasé n’était plus qu’une bouillie entre mes doigts.
Cette belle journée tint ses promesses, accompagnée d’un froid sec revigorant, dont je profitais au cours de ma balade quotidienne.
Les jours passèrent, janvier traînait un soleil enjoué, s’endormant plus tardivement au fur et à mesure que passaient les jours.
Nous attaquâmes février avec de légers flocons, rideau neigeux dansant devant les fenêtres. Elle était là, gisant sur un rebord, frileuse et magnifique.
J’ouvris la fenêtre, la recueillais, au passage me piquant la main. Je suçais mon doigt, pensive. Le feuillet du calendrier montrait la date d’aujourd’hui. La veille, je ne l’avais pas changée. Je plaçais la rose dans un vase ; m’habillais chaudement, et sortis, offrant mon visage aux bises légères et fondantes de la neige. La nappe blanche posée sur mon jardin scintilla sous les rayons du soleil.
Ainsi se fit février, la nature attendait prudemment le retour du printemps, Quelques giboulées plus tard, entre averses d’eau et lumière dorée, le printemps nous salua, chants timides d’oiseaux, primevères et pâquerettes.
Les bourgeons frémissaient, gonflant, chargés d’espoir. Mars passa. La rose de février, depuis longtemps fanée, ses pétales un à un détaché, tombant silencieusement, tapis rose sur mon bureau.
Le mois d’avril, attention, ne nous découvrons pas d’un fil. Pluie, vent, soleil chaleureux ; caresses prometteuse sur le rosier ; feuilles tendrement vertes, minuscules boutons ; déjà les pucerons.
Devant l’éphéméride, un bouquet odorant a remplacé la rose de février.
Encore une fois, les feuillets montrent la date du jour, sans que j’y aie touché.
Je ne sais, ne sais pas, ni quand, ni pourquoi ; le mystère s’épaissit.
Arrive mai, puis-je faire ce qu’il me plaît ? Me promener en robe légère, pieds nus dans mes sandales, offrir ma peau libérée aux rayons déjà ardents du soleil ?
Le jardin oublie ses précautions, inventant des bouquets multicolores, des concerts de trilles, roucoulements traversent l’air.
Mon rosier achève de se déplier, étire ses branches, libérant des fleurs, odeur veloutée, délicate ; sur la table, un bouton, tige sans épines, feuilles largement déployées ; le vase n’a pas quitté mon bureau ; j’y installe la rose naissante.
Elle se dévoilait tous les jours un peu plus, semblant immortelle. Chaque matin, gestes immuables, j’enfouissais mon nez dans le velours odorant, ajoutais quelques larmes aquatiques, entrouvrais la fenêtre sur les odeurs bruissantes, tournais la page de l’éphéméride, rêvassais un peu, avant mes activités journalières.
Le temps passait, accompagnant des jours radieux ou orageux. La rosée du matin se faisait plus rare. Les nuits raccourcissaient.
Des bruits rafraîchissants, de cris d’enfants joyeusement s’aspergeant d’eau, à grands coups de « ploufs » dans la piscine du jardin voisin. Les papillons de juin, colorés, déposaient leurs œufs ravageurs dans les bourgeons, fleurs et fruits sacrifiés. Nous étions en juin.
Arriva juillet, sa transhumance, désirs d’espace, de rêveries paresseuses, de cultures d’ailleurs, de farnientes, de rompre avec les habitudes, faire le plein de belles images, instants plaisirs, délassements.
Chaque jour, je découvrais une nouvelle rose, en bouton, épanouie ; chaque jour différente, cela allait du rouge sombre au blanc pur, passant par le jaune, le mauve, l’orangé ; parfums sucrés, doux, entêtants ; elles me parlaient, mais je ne savais pas ce qu’elles disaient.
Les orages grondaient, mutilant les fiers glaïeuls, tapissant le sol de branches, bouquets de feuilles. La chaleur asséchait tout. Déjà les arbres portaient la marque précoce de l’automne.
Un matin d’août, je trouvais, sur le bureau, une lettre : A ouvrir le jour de votre anniversaire.
Tant de jours à patienter ! Qui avait donc déposé cela ? Etait ce la personne qui apportait les roses ?
Tiens, cela faisait un certain temps que je n’en avais pas reçu.
Sagement, chaque jour, je dévidais l’éphéméride. Aujourd’hui, pourtant, quelque chose avait changé. S’affichait le jour de mon anniversaire. Où étaient passés les autres feuillets ?
Je les découvris bien classés, chacun orné du dessin d’une rose.
Nous étions en septembre. Beaux jours d’été avec cette délicatesse dans l’air, fraîcheur infime nous rapprochant doucement de l’automne. Le soleil luttait vaillamment, sa chaleur généreuse se répandait encore ; les dernières fleurs estivales achevaient leurs cycles ; laissant place aux chrysanthèmes, bruyères et autres ne craignant pas les gelées. Les oiseaux migrateurs rayaient le ciel de leurs cris rassembleurs.
Octobre passa, frileux déjà, raisins entassés dans les cuves, châtaignes délestées de leurs bogues ; quelques roses résistaient courageusement au brouillard ; l’humidité faisait son apparition derrière les volets clos.
L’automne s’installait, faisait son nid en ce mois de novembre, feuillages illuminés, rassemblant leurs dernières forces, pour ne pas mourir encore.
Ouf ! Nous voilà en décembre, mois des fêtes, ou à défaut de nature vive, nous la parons des couleurs et scintillements lumineux de guirlandes, étoiles ;
Le houx nous offre la gaieté de ses boules rouges vernissées, le gui réapparaît, juste à temps pour le traditionnel baiser du nouvel an. Pauvres arbres offrant l’asile à ce parasite qui les tue à petit feu.
Tataaa, j’ai un an de plus ! J’ouvre enfin la lettre. S’en échappent des soieries parfumées, fragiles pétales séchés de roses ; un mot les accompagnent :

Chère demoiselle

Rendez-vous ce jour de l’an
Au bal costumé de la rose.

Un admirateur de votre talent.
PS : je vous reconnaîtrai

Un admirateur ? De mon talent ? Tout cela m’intriguait. Décembre passa en courses folles, achats de cadeaux, recherche d’un costume.
Le jour de noël passa, festins, folies, émotions ;
Trente et un décembre, Je me rendis au Bal costumé de la ROSE.
Il y avait foule ; musiciens, orchestre symphonique, petits fours, champagne à gogo ; bouquets de roses dans tous les coins, sur les tables ; accrochées aux corsages ou tenues masculines. Tous ou presque portaient perruques, robes et vêtements d’un autre siècle.
Nous dansâmes, danses anciennes, que je ne connaissais pas. D’instinct mon corps sut ce qu’il fallait faire. Nous changions fréquemment de partenaires.
A minuit, tout s’arrêta ; je me retrouvais sous le gui ; un homme aussi, costume Renaissance ; le loup dissimulait une partie du visage, qu’il me semblait connaître. Moi-même, sans trop savoir pourquoi, j’avais choisi une élégante robe, inspirée des tableaux du quattrocento florentin.
Il s’approcha de moi ; enlevant mon masque. « Puis-je vous embrasser ? »
Je ne sus que répondre. Il posa sur mes lèvres un baiser léger, enleva son loup : « Pierre de Ronsard. »
Se tournant vers les invités :
« J’ai le grand honneur de vous présenter mon égale en poésie, Justine Rose »
Sous les applaudissements, il m’entraîna alors dans une danse endiablée du vingt et unième siècle.

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Catégories : Jeux d'écriture | 3 Commentaires

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3 réflexions sur “Un rosier créatif

  1. tu fais un bon tri et tu choisis de belles choses

  2. Je fais du ménage parfois chez moi aussi.
    Tu as bien fait de garder ce texte -là.
    C’est toute une année féérique et parfumée à l’essence de rose.

  3. Quel bon moment ce matin à lire ces mots, continue ton ménage, je t’en prie,
    merci

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