Agenda ironique du mois onzième- Le prince des ténèbres en pince pour moi

Ecrit pour agenda ironique du mois onzième, organisé par martine (enfin, c’est elle qui le dit, m’étonnerait pas qu’il y ait du Professeur Taurus, la-dessous; à moins que mademoiselle Dithyrambe, la secrétaire…mais, chut…ne nous dispersons pas .)

Bref, voici la suite une de La collection de timbres

Le prince des ténèbres en pince pour moi.

Noir le café, ce matin là.

Sonnerie vrillée au crâne.

Bruits de verre cassé. Odeur incommodante.

Sans sucre.

Le réveil.

Une bouteille. Scotch.

Je vais me recoucher entre mes draps douillets.

Ombre dans la chambre. Reflets du jour sur le plancher.

Affalée, complètement sonnée sur mon lit.

Souvenirs d’un voyage dans le temps. Concert de cornemuses.

Un tic tac obsédant, se rapproche. Mon réveil cogne ma tête. Je, non, il roule sous le lit; tout démantibulé. Ressorts ricanants, dents qui grincent, ballet d’aiguilles infernales. TIC-TAC, TIC-TAC, DRIIIIIIIING, TIC-TAC, TIC-TAC, DRIIIIIIIIIIIIIIIG! Mince, mon rendez-vous de trois heures!

DRIIIIIIIIIIIIIIIIIG, DRIIIIIIIIIIIIIIIIG, je tâtonne pour trouver ma pantoufle, l’autre, je la récupère à plat ventre sous le lit. Ré-vei-llée, je-suis-ré-vei-llée. DRIIIIIIIIIIIIIIIIIG.

  • Ça va pas, non?

A la porte, le facteur, sourire jusqu’aux dents, énorme paquet entre ses mains. Je prends le paquet, lui claque la porte au nez. Il repassera, pour les timbres, ou pour les timbres, il peut repasser. C’est lui qui sait, non qui comprendra…je sais plus.

Pose le paquet sur la table. Repars me coucher. Mince, mon rendez-vous! C’était pas lui.

Et si c’était le paquet?

Me relève. Quelle heure il est? Réveil introuvable. Où il est encore allé se cacher, celui-là? Si je le retrouve, je …tic-tac, tic-tac, tic-tac. Ah, te voilà, tu te crois malin, jouer à cache-cache, un 29 février, par dessus le marché!

Je vois bien qu’il se marre, se gondole; je l’entends me dire: j’adore quand tu es chocolat, Blanche Neige.

  • Merci, je préfère le café.

Mais voilà que je parle à un réveil, maintenant. Et lui qui ronronne, se bidonne, se contorsionne, se fusionne. Stop, arrêtez!!!!!!

Devant moi, le paquet ouvert, posés sur la table, une cassette, une oeuvre d’art, enfin, une reproduction, n’allez pas croire…, une carte postale.

Décoller les timbres, les mettre à sécher; pinces à linge spéciales pour séchage de timbres, sur fil à linge spécial pour séchage…où j’ai rangé tout ça, moi?

Commençons par la carte postale: Chère soeur, Désolé d’avoir raté le précédent rendez-vous . Pour me faire pardonner (Tu parles, ça fait huit ans que j’attends de tes nouvelles), je ne t’envoie pas ma préférée, boréale aurore , mais cette postale carte, écrite avec mon gros coeur, et une jolie plume. (Mon frère, quel sacrifice, écrire avec ton sang). J’ai déménagé (Pendant quatre ans!?), j’ai abandonné Ingrid, et ses infatigables aurores. J’ai suivi un kilt, tu sais que j’ai toujours aimé l’écossais. J’habite un charmant village, qui comme tous les écossais villages possède sa légende. Ecoute ça: «  En un certain village d’Écosse, on vend des livres avec une blanche page  glissée au milieu des autres. Si un lecteur débouche sur cette page quand sonnent trois heures………… ». Et bien, c’est dans ce certain village que j’habite, maintenant. Je ne te dirai pas le nom, ni l’endroit où il se situe. Tu aimes bien jouer. A toi de chercher. Quelques indices sur la cassette. Je t’embrasse, chère soeur, pour quatre ans. PS: mon écossais ami s’appelle Maclogan Keir.

Je me précipite sur l’emballage. Flute, la partie tamponnée n’est plus que dentelle translucide, fragments détrempés et délavés par mes actes décolleurs. Décolleurs, décollation, Marie Stuart, brrrr…

La carte postale, recto. Montres biscornues, me revient l’aventure avec mon réveil, c’est exactement son portrait. Je vous montre:

Dali', Salvador (1904-1989): The Persistence of Memory (Persistance de la memoire), 1931. New York, Museum of Modern Art (MoMA) Oil on canvas, 9 1/2 x 13 (24.1 x 33 cm). Given anonymously. 162.1934*** Permission for usage must be provided in writing from Scala. May have restrictions - please contact Scala for details. ***

Au verso, commentaire,  « Salvator Dali, La Persistance de la mémoire, 1931″.

  • Tu t’es vu quand t’as bu, je dis à mon réveil.

Ça recommence; je parle à un réveil. Là, je vous mens pas, il prend un air furax, tremblant de toute sa carcasse,  pour au final se remettre à sonner TOC-TOC-TOC.

  • Et en plus, tu sais même plus parler comme un réveil.

TOC-TOC-TOC.

  • Oh, mais arrête! C’est nul!

TOC-TOC-TOC. Flute! Mon rendez-vous de trois heures! Ce serait un comble de le rater, avec toutes ces montres à ma disposition.

C’est le facteur.

  • Je sais pas où j’ai rangé les spéciales à linger le pincé fil. Excusez-moi. Repassez un autre jour.

Je lui claque la porte au nez.

TOC-TOC-TOC.

  • Quoi, encore? Il faut que je vous le dise comment?
  • Je viens pas pour ça. J’ai oublié de vous dire que à partir de demain, c’est un autre facteur qui prend ma tournée.
  • Pouviez pas le dire tout de suite! Me déranger en pleine sieste. Au fait, quelle heure est-il?
  • Cinq heures vingt trois.
  • 5heures23 pm, ou 5heures23 am?
  • Pardon, je ne comprends pas.
  • Je veux savoir si c’est l’après-midi, ou le matin.
  • Nous sommes 5heures23 am.
  • Vous êtes sûr? Pas 17heures23?
  • Si nous sommes l’après-midi. 17heures23 après midi.
  • Qu’est-ce qu’on vous apprend à l’école des facteurs? AM is abbrevation for ante meridiem, mean before noon and PM is abbreviation for  post meridiem, mean  after noon.
  • Poste, oui, postal, colis, mais votre charabia, sûrement pas.

Je le sens un peu vexé, le préposé de la poste, collectionneur de timbres.

  • Je vois. Bon, pour faire simple, AM, c’est avant midi, PM c’est Passé Midi. Donc, vous me dites il est 17heures 23 PM. Compris.
  • Ah non, il est 17heures 28PM. Je dirais même 29PM.
  • Bon, qu’est-ce que je fais de vos timbres, pas encore pinchés sécés, non enfilés lingèrement.
  • Vous pouvez me les donner. Ma femme est lingère. Elle saura comment faire. En plus, elle vient d’acheter une nouvelle essoreuse.

« Il a dû arroser son départ, le petit facteur. Sait plus ce qu’il dit. »

J’en étais où, déjà? Ah, oui! A la Persistance de la mémoire, 1931. Et lui Dali, aujourd’hui, il s’en souvient de l’endroit où il range son nécessaire à sécher les timbres du facteur qui les collectionne. J’ai compris! Toutes ces montres posées un peu n’importe où, c’est pour se souvenir. Et il les peint. Après il colle sa peinture sur le mur. Ça doit être grand chez lui, parce que s’il veut se souvenir de tout…quoique, en même temps, pas besoin de tapisser.

Le problème, c’est que comme je ne sais pas peindre, il faudra que je trouve un autre moyen. Ecrire. c’est ça. Ecrire et coller au mur; et puis, pour faire joli, écrire de toutes les couleurs. Mieux, choisir pour chaque chose, une couleur différente. Et l’apprendre par coeur. Merci monsieur Dali. chouette idée!

Oui, mais cela ne me dit pas où habite mon frère, maintenant. Il paraît qu’il y a des indices sur la cassette. Et si j’attendais trois heures, pour voir. Où est passé mon réveil? J’ai compris. Je lui écris. Quelle couleur? Assortie à mes draps. Oui, mais quand je les change, ils ne sont plus de la même couleur. Demain, j’irai m’acheter des draps, tous pareils. Alors, jaune. Fluo, pour qu’il voit bien le message, dans l’obscurité.

« Cher réveil, « Tu as acheté celui-là, parce qu’il était  bon marché ». Réveil, réveille-moi à trois heures. Je te préviens, pas  deux heures cinquante neuf, ni trois heures une. Trois heures piles. »A propos, il faut que je pense à les changer. » Good night.

Je vais me coucher. Sur mon bureau, brille, caressée par un rayon de lune,  la page blanche, désespérément blanche.

Peut-être, n’est-ce  pas celle qu’il fallait prendre. Et toujours, cette question, qui me hante. Trois heures am, ou trois heures pm?

Le lendemain, silence total dans la maison. Sur mon oreiller, est posée la feuille blanche. Ecrit  fluo rose (Couleur de mon réveil), ces mots: 3heuresPM ou 3heures AM?

Et si c’était bien la page?

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Catégories : Agenda Ironique, Jeux d'écriture | 10 Commentaires

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10 réflexions sur “Agenda ironique du mois onzième- Le prince des ténèbres en pince pour moi

  1. A reblogué ceci sur Écri'turbulente, c'est en écrivant qu'on devient écrevisse.et a ajouté:
    Peut-être pensiez-vous que Jacou-Blanche Neige avait terminé de coller tous ses timbres sur la bouteille de whisky qu’elle a englouti (« i » et pas ‘ie », parce que c’est le breuvage qu’elle a sifflé, pas le contenant). Ce matin, elle a mal aux cheveux, et elle poursuit – pas sa quête du Graal – son réveil rose fluo sous le lit, pendant que le facteur sonne, pas toujours deux fois. Question : 3 heures AM ou 3 heures PM ? Allez lire le dé-lire…

  2. il semblerait que tu ne sois pas à prendre avec des pinc(ette)s quand on te réveille à l’aube, qu’elle soit PM ou AM 🙂 mais j’ai bien suivi 😉

  3. On dirait que le facteur Temps joue un drôle de jeu…. sera-t-il remplacé par le facteur Chance ?
    vite, la suite !!

  4. Le whisky ne lui vaut rien du tout à la sister du brother bisexuel qu’on ne sait pas bien où il crèche sauf que pour quatre ans, tranquille elle est la sister au facteur non bilingue. On est dans le potage, je vous le dis tout net.

  5. J’adore ta riposte à ton réveil :: tu t’es vu quand t’a bu ! C’est digne d’un mal de Cranach de la plus belle envergure ! Il est poli ton facteur colis ! Moi à sa place je t’aurais sûrement avisé au bureau de Trifouillis les oies histoire de te faire marcher au pas et de t’aérer un peu les méninges, le temps de faire prendre l’air à ton réveil aussi que tu envoies vertement sur les roses (fluo) !
    Bises !-)

  6. quelle histoire

  7. Pingback: Agenda ironique du mois onzième- Petit Matin calme Appelle- Moi | Les mots autographes

  8. Pingback: Dans 4 jours, il sera 3 heures. | Écri'turbulente, c'est en écrivant qu'on devient écrevisse.

  9. Pingback: Heure 3, jour 26, mois 11: la votation | Écri'turbulente, c'est en écrivant qu'on devient écrevisse.

  10. Il est impressionnant ton réveil
    Surtout quand il part se cacher … Puis qu’il revient
    J’en ai les aiguilles toutes chamboulées 😉

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