Agenda ironique octobrien- Les malheurs de Fatima (2)

Fatima était venue pour les vendanges. Et n’était jamais repartie.

Chez les Richard, Samuel le fils, et Achille participaient à la récolte des raisins.

Le soir, des grandes tablées réunissaient les vendangeurs. c’est au cours d’une de ces soirées, que Fatima se mit à danser. Quelqu’un égrenait une vieille rengaine sur sa guitare, puis une autre,  une autre encore. Accompagnée de claquements des mains, Fatima avait esquissé quelques pas de flamenco, puis ses déhanchés somptueux se transformèrent en une sensuelle danse du ventre. Toutes et tous séduits par la langueur voluptueuse du spectacle, Achille et Samuel n’étant pas les derniers à l’apprécier.

Fatima, qui cherchait du travail, pour payer ses études, resta à la ferme des Richard; aidait aux travaux ménagers, aux travaux agricoles; partait tôt à la ville, et rentrait tard, les jours où elle suivait les cours. Samuel aurait bien voulu apprendre à danser avec elle. Il n’osait lui demander. Elle lui prêtait des romans, ils discutaient souvent de leurs futurs métiers respectifs. Samuel vendait des vélos, les réparait, participait à des courses, le dimanche; cela lui permettait d’essayer et d’améliorer ses inventions. Tout cela , il le partageait avec Achille, aussi. Les trois amis se voyaient souvent.

  • A ce qui paraît, la Fatima, elle aurait ensorcelé l’Achille et le Samuel.
  • Marabouté, tu veux dire.
  • Ensorcelé, marabouté, le résultat est le même. C’est le Jean Louis qui me l’a raconté. Pendant les vendanges, elle te leur aurait fait une danse du ventre, à réveiller un mort; même que le Jean Claude quand il me racontait ça, fallait voir comme ça le rendait tout chose. Hihi!
  • La danse du ventre? C’est quoi, cette invention?
  • C’est comme ça, regarde.
  • Lucie, si je te reprends à te contorsionner comme ça, je te mets en pension! Et puis d’abord qui c’est qui t’a appris?
  • C’est Jasmine qui m’a montré.
  • Jasmine, qui c’est celle-la?
  • C’est la petite du Claude. Enfin…t’es pas au courant? Quand il est revenu de faire son service militaire en Algérie, la Marinette, sa fiancée, hébé, elle était enceinte. Alors le Claude, il a accepté de se marier, à une condition: c’était lui qui choisirait le prénom du bébé.
  • C’est pas bien chrétien, ce prénom, aussi. Et si ça avait été un garçon, tu crois qu’il l’aurait appelé Jasmin?
  • Va savoir?

Un matin, Samuel partait traire les vaches, avant d’aller travailler; une échelle posée sur la façade, ce n’était pas habituel, et Achille en descendait; l’échelle menait à la fenêtre de la chambre de Fatima.

  • Achille! C’est gentil de venir m’aider!
  • Ben, c’est à dire…je…
  • Mais oui! Suis-je bête! Tu es venu voir si Fatima dormait bien!
  • C’est pas ce que tu crois. Nous…
  • Mais je ne crois rien. Je vois juste mon meilleur ami descendre de la chambre de ma meilleure amie. Ou devrais-je dire de ta meilleure amie?
  • Tu sais que je prépare un concours  pour entrer à la SNCF et Fati…
  • Et moi je prépare le concours du plus grand des couillons, pardi!
  • Samuel!
  • Bon, tous les deux, quand vous aurez fini, je pourrais peut-être dormir. Demain, je me lève tôt.
  • Mademoiselle veut dormir? On est déjà demain! La prochaine fois, Achille, passe par la porte. Comme ça, au moins, je saurai à quoi m’en tenir!

Deux voix protestent ensemble:

  • Samuel, c’est pas ce que tu crois.
  • Je vois que vous l’avez bien révisée, tous les deux votre leçon. Fatima est une excellente maîtresse. Bon, les vaches m’attendent. Fidèlement. Enfin je l’espère…
  • Samuel, qu’est-ce que tu vas t’imaginer?
  • Et toi, qu’est-ce que tu imaginerais, si je descendais de la fenêtre de Suzanne?
  • Ya pas d’étage chez Suzanne…parce que tu?
  • Va-t-en Achille. Bonne nuit, mademoiselle Fatima. Faites de beaux rêves!

Samuel, maussade, emplit les seaux; une parole gentille à chacune des bêtes; le lait coule, blanc crémeux, tout chaud.

  • Muuum, on en mangerait.

Une main arrête un instant le travail de Samuel.

  • Merci. Je n’ai pas besoin d’aide pour apprendre à traire.
  • Moi, oui.
  • Alors, vous les regardez bien dans les yeux; comme cela. Vous leur dites: » Tu es belle, je pense à toi tout le temps. » Alors, elle te rép…te fabrique le meilleur lait du monde.
  • Continue. J’aime ce genre de leçon.
  • Je sais pas moi…puis… oh! Fatima, tu apprends vite.

Ce matin-là, les vaches attendirent…entendirent, enfin que Samuel finisse son travail. Par contre, il embaucha plus tard.

 

 

 

 

 

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Catégories : Agenda Ironique, Jeux d'écriture | 4 Commentaires

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4 réflexions sur “Agenda ironique octobrien- Les malheurs de Fatima (2)

  1. Fatima serait marabouteuse ?
    Trop bien 🙂

  2. Pttffff!!! ta Fatima est dépassée…
    maintenant Samuel, ou un autre, est au ChômDû,
    les vaches par chez moi, sont traites par un ROBOT qui trait bien sûr, soigne,quantifie et analyse la qualité du lait… etc… tout ça grâce à la Fée Electricité…

    • Merci d’avoir lu mon texte. Merci d’éviter dorénavant ce genre de commentaire, ou de ne plus commenter mes textes.

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