Agenda ironique d’octobre- Mais où est donc la concierge? (3)

Mais où est donc la concierge?

Madame Richard ramasse son tricot. « Quel gâchis! Mais les aiguilles, où sont les aiguilles? Monsieur Richard serait-il revenu? »

  • Monsieur Richard, ouvrez-moi. Vous m’entendez? J’ai laissé mes clefs à l’intérieur.
  • Bonjour madame Richard. Un problème? Y’a Antoi…monsieur Richard qui vous fait dire comme ça que pour la clé, il en a encore pour un moment; vu qu’elle est coincée dans le tuyau; qu’il faut qu’il démonte tout; mais avant Madame veut faire sa toilette, alors il n’a pas encore pu couper l’eau.
  •  Sonia, allez dire à monsieur Richard qu’il vienne ici tout de suite. J’ai laissé les clefs à l’intérieur. Je ne peux pas rentrer.

« Si j’ai bien saisi, Samuel est à New York, qu’est-ce qu’il est allé faire la-bas? Pas se perfectionner en anglais, c’est sûr…

  • Ant…monsieur Richard fait répondre à madame qu’il est parti sans ses clefs. Mais si madame veut, Madame vous invite à prendre le thé.

« Et de deux! »

  • Dites à madame la Comtesse que c’est très aimable de sa part, que je la remercie, mais  j’ai une course urgente à faire. Et que monsieur Richard  vienne ici tout de suite. Je n’ai pas d’argent.

« Qu’est-ce qu’elles ont toutes à vouloir m’offrir du thé? Et si c’était au New York?  »

  • Monsieur vous fait dire qu’il n’a pas d’argent sur lui; vu qu’il avait pas prévu que madame serait enfermée dehors. Peut-être Madame peut vous dépanner?

« Cette vieille grigou, me prêter de l’argent? »

  • Très bien Sonia. Dites à madame la Comtesse que j’accepte; je la rembourserai dès que monsieur Richard aura réussi à ouvrir la porte.
  • Madame n’a pas bien compris; pour la porte, c’est déjà fait; c’est la clé qu’il faut récupérer, vu qu’elle est coincée et que…
  • Je parle de la porte de mon appartement; pas de chez la Comtesse.
  • …il faut qu’il démonte tout; mais qu’il peut pas couper l’eau, tant que Madame n’a pas fait sa toilette, vu que la clé, elle est coincée…
  • Je sais, merci. Allez dire à la Comtesse que je veux bien qu’elle me prête un peu d’argent.
  • …dans le tuy…Ah, mais madame n’a pas compris. Madame ne vous prête pas d’argent; ou alors avec intérêts.
  • Comment? Bien je monte prendre le thé.

Avant que Sonia, roulant des yeux effarés, réagisse, Gisèle Richard  grimpe quatre à quatre les escaliers, tambourine à la porte. Des portes s’entrouvrent, têtes étonnées, hilares, cheveux ébouriffés, yeux mal réveillés, trognes coléreuses. Mais que fait la concierge, pourquoi n’arrête-t-elle pas ce chahut?

  • Monsieur Richard, je sais que vous êtes la! Ouvrez! C’est vous, les aiguilles à tricoter! Votre sale manie vous a repris!

Gisèle se rend compte alors du silence de l’immeuble et Horreur! de toutes les têtes, en haut, en bas, ornant la cage d’escalier. Arborant le sourire le plus chic de sa panoplie, tapote discrètement, de ses ongles impeccablement manucurés, la porte de la comtesse:  » Madame la Comtesse, j’ai cru entendre un étrange bruit, venant de chez vous. Tout va bien? Non, non, quelles aiguilles? Je vous demandais si le plat d’anguilles, préparées selon une recette de madame Richard, feue ma regrettée belle-mère, vous a plu. C’est un délice, n’est-ce pas? Je ne vous dérange pas plus madame la Comtesse. Au-revoir, madame la comtesse. »

Et de redescendre tête haute; son tricot, qu’elle n’a toujours pas lâché, dévidant des kilomètres emmêlés de laine, aller-retour dans l’escalier, pour la plus grande joie de Chanel, qui se roule, s’entortille, bondit sur le fil, dévale les marches; un festival de cabrioles endiablées, sous l’oeil attendri de sa maîtresse.

  • Tenez, je vous le laisse. Faites-en ce que vous voulez. Ce tricot me sort par les yeux. D’ailleurs, le tricot c’est fini. A moi, la belle vie. Si vous voyez monsieur Richard, dites-lui juste: « Rendez-vous au New York. » Il comprendra.

 

 

 

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Catégories : Agenda Ironique, Jeux d'écriture | 3 Commentaires

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3 réflexions sur “Agenda ironique d’octobre- Mais où est donc la concierge? (3)

    • Merci pour cette « Liberté, la grande muette. »
      J’apprécie beaucoup Nougaro. Ses textes sont un régal; il joue si bien avec les mots. Et quel poète!

  1. C’est la révolte de la concierge? Debout les damnées du tricot!

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