Agenda ironique d’octobre- La concierge n’est toujours pas dans l’escalier.(2)

La concierge n’est toujours pas dans l’escalier

  • Monsieur Richard? Mon ami? Je…Cela suffif! Arrêtez ce jeu! C’est d’un puéril. Vous devriez avoir honte de jouer ainsi!
  • Monsieur Richard! Si vous continuez, vous allez le regretter! Vous allez me le payer! C’est ridicule à la fin!
  • Oh, monsieur Richard, grand coquin, mon Toinou chéri, il y a longtemps que…Monsieur Richard! Ici! Tout de suite!
  • Bon , puisque c’est comme ça, vous voulez la guerre, et bien, vous allez l’avoir! Attention, j’arrive!

C’est ainsi que Gisèle Richard se retrouva sur le palier, enfermée dehors. S’étant résignée à jeter un oeil prudent, entrouvrant juste sa porte, appelant, murmurant des « Monsieur Richard, vous êtes là, », finissant, d’un geste furieux, par ouvrir la porte en grand, qui se referma derrière elle. Tenant son tricot à deux mains, la pelote coincée de l’autre côté, les aiguilles glissant, le travail déjà commencé se défaisant à la vitesse grand V; aidé en cela par Chanel, le chaton de la voisine, celle-ci entendant du bruit, a entrouvert sa porte, n’a pu retenir le délicieux petit animal.

Au désespoir, son tricot saccagé, monsieur Richard introuvable, impossible de rentrer dans son appartement, madame Richard,  outragée de se montrer en spectacle, se redresse, empêtrée dans un fouillis laineux, lisse d’un air digne son ensemble chiné.

  • Madame Richard, que vous arrive-t-il?

 » La gourgandine! Elle tombe bien celle-là! Je vais lui faire voir de quel bois je me chauffe! »

Sèchement:

  • Mademoiselle? Je ne crois pas vous connaître.
  • Mais si voyons! Vous êtes la femme d’Antoine.
  • Antoine? C’est de mon…, mon…de Monsieur Richard, que vous parlez?

 » Nous ne nous sommes jamais adressé la parole. Il l’emportera pas en paradis, j’te jure! Calmons-nous madame Richard, nous devenons vulgaire! »

  • Oui, Antoine.
  • Et vous l’appelez par son prénom? Vous le connaissez donc bien?
  • Nous faisons des mots croisés ensemble.
  • Des mots croisés…Voyez-vous ça!
  • Enfin, il fait les mots croisés du New York Herald Tribune; pour perfectionner son anglais.
  • Pour perfectionner son anglais.
  • Même qu’il fait de grands progrès.
  • Et pendant qu’il fait de grands progrès, que lui…, que faites-vous, vous, mademoiselle, mademoiselle?
  • Oh! Pardon! Je ne me suis pas présentée: Jennifer Atkinson. Vous pouvez m’appeler Jenny. D’ailleurs je pourrais être votre fille.

 » Et en plus, elle me traite de vieille! Si y’a une chose dont je suis sûre, c’est de ne pas être sa mère; mais le père…le pompier américain, Samuel, monsieur Rich… monsieur Richard! »

  • Antoine est là? J’ai trouvé une super grille; en plus il y a un voyage à gagner; pour deux personnes; à New York.
  • Non, Antoi…MONSIEUR Richard n’est pas là, figurez-vous. Vous avez dit un voyage à New York, pour deux personnes? Mais oui, ça me revient! C’est bien ça! C’était quand, déjà? Oh, nom de D…Excusez-moi, je dois vous quitter, je viens de penser que j’ai laissé le lait sur le feu! Mais c’est que je ne peux pas rentrer chez moi! Jenny, ma petite Jenny, vous voudriez bien me rendre un grand service; appeler un serrurier; j’ai laissé les clefs à l’intérieur. Parfois, je suis d’une étourderie…Antoi…monsieur Richard ne manque pas de me taquiner à ce sujet. Bon, qu’attendez-vous pour appeler le serrurier!On va pas y passer des heures! Oh, je suis confuse, je vous bouscule!

 » Quelle gourde! Et voilà qu’elle me fait déraper! Méfions-nous, madame Richard, méfions-nous, cela fait deux écarts de langage de trop. Nous avons un rang à tenir! Et avec ça, mon tricot fichu. Ce Chanel, je ne sais pas ce qui m’a retenue de l’envoyer valdinguer!  Et l’autre, avec ses sourires mielleux, de qui n’en pense pas moins- Excusez-le, madame Richard, il ne recommencera plus. Hein, mon bébé, on ne recommencera plus jamais, jamais…Buiouz, buiouz, buiouz, muuum, mon trésor!-J’avais envie de lui faire bouffer la laine à cette idiote!  »

  • Mais pas du tout! Suivez-moi. Ne restez pas sur le palier.

 » Pour sûr que je vais te suivre. Figure-toi que j’aimerais savoir où tu le caches Antoine! »

  • Entrez, je vous en prie.
  • C’est charmant chez vous.

 » Quel mauvais goût! Et prétentieux, avec ça! »

  • Installez-vous. Une tasse de thé?
  • Ce n’est pas de refus. Mais ne devriez-vous pas appeler le serrurier d’abord?
  • Tout de suite. « Allo, Serrurerie Samuel? » Ce n’est pas le bon numéro? Il a déménagé. Pouvez-vous me donner le nouveau numéro? Il est parti aux States? Connaitriez-vous un autre serrurier? Que j’aille me faire f…?Vous n’êtes pas une agence de renseignements. Je n’en doute pas monsieur, mais c’est pour une urgence. Que j’appelle les pompiers? Ce n’est pas pour un incendie, monsieur, c’est pour une porte fermée de l’int… Il a raccroché.
  • Quel malotrus! De nos jours, les gens sont d’une impolitesse! Tenez, moi, l’autre jour, j’attendais mon tour à la boulangerie, quand une morveuse est passée devant tout le monde, prétextant que sa mère allait accouch…Attendez, qui vous avez appelé là?
  • Les serrureries Samuel.
  • Ça colle! Excusez-moi, il faut que je parte.
  • Et votre thé! Et votre serrurier!
  • Vous l’avez dit. Mon serrurier! Le thé, une prochaine fois. Je suis sûre qu’il est délicieux!

« S’il est assorti à ton appart., m’étonnerait que je l’apprécie! Bon, par où vais-je commencer? Le Samuel, réparateur de serrures, comme moi mannequin chez Chanel. Il serait à New York…

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Catégories : Agenda Ironique, Jeux d'écriture | 9 Commentaires

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9 réflexions sur “Agenda ironique d’octobre- La concierge n’est toujours pas dans l’escalier.(2)

  1. Le chat n’est responsable de rien, j’en suis sûr au point de me porter garant !

  2. Monsieur Richard a dû être kidnappé, je ne vois que ça! La rançon sera forte?

  3. pfu, ça fuse entre les paliers !!! quelle vie dans cet escalier 🙂

  4. C’est « L’Elégance du paillasson », un nouveau roman qui vient de paraitre : ici, les extraits sont révélateurs. Madame Richard est loin d’être la tricoteuse bon-teint, qu’on croit qu’elle est, sans l’être pour paraitre. Quant à Jennifer Atkinson, je crains le pire du pire. Le chat Chanel parti, les souris dansent à tout va !

  5. on est rentré dans la spirale infernale du tricot ! ça va nous faire un drôle de pull à la fin ces histoires, et dire qu’en plus je vais avoir plein de trous, je vais manquer toute la semaine , ouiiiiiiiin !

  6. Il y a des chats, quand même !

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