Poussez, poussez l’escarpolette (4)

Suite de « Le cauchemar de Gisela »

Poussez, poussez l’escarpolette

Un plumeau nonchalant, la poussière retombe. Il caresse une main, chatouille une joue.

Des monocles, l’air sérieux, observent, cherchent la patte  Fragonard; se retirent en silence, l’air dubitatif. « Nous repasserons. »

Gisela est partie, achetée par un collectionneur de porcelaine: « Oh! Un d’Isigny! Cela fait longtemps que j’en cherche! »

Elle fut emballée avec précaution, dans du papier journal:  » J’étouffe! Sortez-moi d’ici! A-a-atchoum! Je suis allergique à l’encre d’imprimerie! Vous me…

Le reste de ses paroles  couvert par le grelot de la porte.

La redingote noire a retrouvé fière allure, lorgne vers Bergère, tout en surveillant les beaux étalons piaffeurs.

Pierrot,  la disparition de Gisela, l’a rendu nostalgique. Il se voit, trônant sur la cheminée, chez la vieille dame. Lorsqu’elle invitait la famille, elle l’ornait de sucettes, pour le plaisir des petits enfants, mais les grands ne résistaient pas, non plus. Un autre, aussi, ce petit aboyeur, prétentieux, frétillant à la vue des friandises, lui cassait les oreilles avec ses glapissements couinés.  » Mon petit trésor, ce n’est pas pour toi, tu gâterais tes dents; et puis, pense à ta ligne. » Déjà qu’il est gras de partout, je me demande comment il arrive encore à marcher. Bientôt, il roulera le Boud…Patatras, petit trésor a sauté sur la cheminée, volé une sucette, bousculé Pierrot, qui se retrouve au sol. On le remet en place. Petit Bouddha, ainsi l’a surnommé Pierrot, a filé, la queue entre les pattes, mort de trouille, abandonnant son butin.

On constate les dégâts. « Mamie, je t’achèterai de la peinture dorée. Tu pourras le repeindre. Ça ne se verra pas. »

Mamie n’a jamais peint. On a passé une annonce pour donner Petit Bouddha. Pierrot eut de la chance, de ne pas finir à la déchetterie. Il pouvait encore servir.

Pierrot lisse sa mèche, tâte ses égratignures. Plus de peur que de mal, tu dois l’oublier, pense-t-il. Oublier la chute ou Bergère?

Voilà que reviennent les monocles: « Nous l’emportons et celui-ci aussi. » désignant redingote noire.

Bergère se démène sur sa balançoire, s’agite. Tous, témoins muets de la scène, se tournent vers elle.

« La petite a un problème. Il faut savoir pourquoi. » Tout cela chuchoté, passé de bouche en bouche.

Déjà l’Antiquaire a décroché l’élégant; s’apprête à en faire autant de Bergère…

 » Remettez la tout de suite en place! Ce n’est qu’un simple sosie de la demoiselle peinte par Fragonard. » Une voix puissante a retenti dans la boutique. D’où vient-elle?

« Ecoutez-moi bien, messieurs les monocles, monsieur l’élégant, qui cachez si bien vos jeux. Vous ne toucherez pas un cheveu de Bergère! Foi de ramoneur! »

Les paroles venaient du chemin sinueux, on crut apercevoir survolant les collines coiffées de bosquets en plumeaux, un immense oiseau.

Le voici qui tourne, menaçant au-dessus des acheteurs. Sous l’oeil courroucé du marchand, ils prennent la porte, l’élégant sous le bras.BALANçOIREDSC_0366

Un jour l’oiseau viendra
Un jour il m’emmènera
Retrouver mon ramoneur, aussi petit, qu’il soit
Goûter le bonheur, on y aura bien droit.

Quand l’odieux ravisseur
A jamais, de nos vies, disparaitra.
Et l’ oiseau est venu
Bel oiseau te voilà,
La liberté enfin, m’as redonné.

Bergère chante, se balance: « Aidez-moi les amis. »

Et voici tout le monde qui pousse, tire, efforts déployés, souffle coupé, visages rougis sous l’effort. Plus haut, toujours plus haut, dans un bruissement de jupon soyeux; au diable si Bergère en perd ses deux escarpins. Pousse, tire…

Enfin, elle atteint les larges ailes de l’Oiseau.  » Merci, les amis; je vais retrouver Ramoneur. Je suis libre!!! » Et d’envoyer à tous des baisers, tandis qu’Oiseau la dépose doucement au bord de la rivière zigzagante.

« Ramoneur devrait être arrivé » dit Oiseau.

 » Il aura voulu te faire une surprise. »

Tous deux appellent: « Ramoneur! Ramoneur! »

Et tandis que s’écoulent les eaux murmurantes de la rivière, ne revient que l’écho.

Notes de Jacou: les mots en italique sont empruntés au texte « En vis-à vis » écrit par carnets paresseux.

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