Confusions sentimentales

Ecrit pour les impromptus

Semaine du 7 au 13 septembre 2015 – Portraits de femmes
Malgré les rimes imposées vous nous avez offert de superbes poèmes ciselés de main de maître.
Cette semaine nous vous proposons de nous raconter une histoire inspirée par ces 3 portraits de femmes, de 3 époques bien différentes. Et pourtant …Prose ou vers vous avez toute liberté pour faire encore vivre vos imaginaires.
Seule contrainte, vos textes devront nous arriver avant le dimanche 13 à minuit.

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CONFUSIONS SENTIMENTALES
Cela ressemblait à un canular,
Faillit bien se terminer en cauchemar.
Tombé par hasard,
Sur un article d’un quelconque canard,
Je lus : « Coïncidence bizarre
Héritière d’une grande fortune, venue de nulle part,
Chanteuse de piano-bar,
Mademoiselle Radar
Se trouve en possession d’un lupanar,
Ayant appartenu à un tsar,
Fermé pour trafic de narcodollars.
Notre héritière, en pétard,
Offre récompense à toute personne retrouvant le lascar,
Responsable de ce bazar. »
Le billet, accompagné d’un portrait,
D’une femme de grande beauté.
Blonde, bouche fardée,
Le cou ceint d’un lacet.
Le patronyme de la belle m’intriguait,
Et aussi m’intéressait :
Détective privé,
Radar, je me nommais.
Je décidais de la contacter.
Que ne fus-je surpris de rencontrer
Non pas la fille du portrait,
Mais une brune élancée,
Seule ressemblance avérée,
Son cou orné d’un collier.
Elle me souriait, embarrassée,
Tenant dans ses mains, un camée.
Expliquant, que n’étant pas fortunée,
Pour mes investigations payer,
Ce bijou me proposait.
Une jolie figure, élégamment chapeautée,
Et entourant le cou, une soierie, rose poudrée
Sous le menton, nouée.
J’en fis la remarque à Edmée,
D’elle-même et de ces portraits,
Leurs cous d’une parure décorés.
Elle ne dit mot, se contentant de sourire,
Me demandant si j’acceptais pour prix de mes honoraires,
Ce qui, pour elle, représentait bien plus qu’un joli souvenir.
J’acceptais, rangeais le bijou dans mon coffre-fort,
Promis de résoudre sans plus tarder son affaire.
Je me mis au travail dès le soir.
Téléphonais à des connaissances, amies ou ennemies,
Me couchais, il était plus de minuit.
Plus tard, réveillé par un bruit,
Je m’approchais de mon bureau, en catimini.
Par un éclair, ébloui,
Puis je m’évanouis.
Je me réveillais, ma secrétaire en furie,
Me montrait le saccage,
Que, tout seul,  je n’avais plus qu’à faire le ménage,
Que d’ailleurs, je ne lui avais pas encore payé ses gages.
Elle fit un tel tapage,
Que de toutes les officines de l’étage,
Accoururent employés, dactylos et autres personnages.
Je me relevais aussitôt.
Un bourdon sonnait dans mon cerveau.
Je réclamais un whisky sans eau.
Aperçus les dégâts, et par-dessus tout
Dans le mur, un énorme trou.
Calmement, j’expliquais que je n’y étais pour rien du tout,
Ce qui réactiva, de ma secrétaire, le courroux :
Que j’étais encore rentré saoul,
Que j’allais la rendre folle.
Sous mon crâne, un tintamarre de casserole.
Bien sûr je ne méritais pas une auréole,
Mais, dans tout ceci, je n’avais joué aucun rôle.
Je fus sauvé par la sonnerie du téléphone :
« Une certaine mademoiselle Radar Yvonne,
Demande à vous parler. Qui est cette c…personne ? »
« Une cliente. C’est pour elle que je travaille. »
« Vous n’avez rien de mieux, comme trouvaille ? »
« Pensez ce que vous voulez, il faut que j’y aille. »
Nous avions rendez-vous à la gare.
Elle m’attendait au bar.
Ne la voyant pas, je pensais : elle est en retard,
Ou bien, c’est à cause de mon cocard.
Quelqu’un me faisait signe de la main.
Une femme, certes, mais pas celle de hier matin.
C’était le portrait !
Je crus que je rêvais,
Les yeux, voulus me frotter :
Aïe, cela me fit un de ces mal !
C’était bien elle, la femme du journal !
Je m’approchais, essayant de ne pas paraître bancal :
« Monsieur Radar ? C’est bien vous, le détective privé ?
Que vous est-il donc arrivé ? »
« Je ne désire pas parler de ma vie privée.
Que faites-vous ici, à la place d’Yvonne ? »
« Yvonne est ma bonne.
Je suis mademoiselle Radar, l’authentique.
Je suis venue récupérer ma breloque. »
« Le camée serait donc un faux ? »
« Peut me chaut,
Rendez-le-moi.»
Me voilà, plongé dans un grand embarras, espérant que cela ne se voit.
Je me lance, heu non, c’est dans ma tête les élancements.
Et pour ajouter à mon tourment, la voilà qui reprend :
« Il n’y a pas à perdre un moment
J’ai reçu instamment,
Une menace précisément.
Je dois rendre l’objet,
Sans tarder, sinon on va me tuer. »
« Comment ? Il ne vous appartient donc pas ? »
« Si, mais c’est plus compliqué que ça ;
Une histoire qui date de l’au-delà. »
De l’au-delà ! Je délire !
La voilà qui se met à rire.
« Allons-y dare-dare. »
Pour qui croit-elle me prendre ?
Néanmoins, je la suis, pensant : Elle ne perd rien pour attendre.
Voilà que devant moi, elle se fait descendre.
Je n’en suis pas surpris.
Sur ce, aussi vite que mes courbatures me le permettent,
Je prends la poudre d’escampette.
Me revoilà, chez moi, quelqu’un a fait place nette,
Et devant moi, en tenue de soubrette,
Mademoiselle Yvonne Radar, minaude, coquette :
« Monsieur Radar, ne faites donc pas cette tête,
Pourquoi pour si peu, vous tourmenter ?
Mon camée, ne l’avez-vous point retrouvé ? »
Je suis éberlué, bluffé, trompé, berné.
Devant moi, non pas le portrait mignardisé,
Non pas la belle blonde, bien fardée,
Non pas ma brune éplorée,
Mais, trois en une, une en trois,
Se dédoublent, détriplent, même voix.
J’ai la berlue, ma tête tourne, je tangue, ne sais plus où je suis.
« Monsieur Radar, vous avez encore fait la fête, cette nuit ? »
« Que ? Quoi ? » J’aperçois Suzie.
C’est ma secrétaire.
Pour une fois, elle a le sourire.
« Affaire des portraits résolue.
En fait Yvonne Radar n’est pas plus
Radar, que moi je suis une grue.
Je l’avais tout de suite vu. »
« Dites plutôt que vous étiez jalouse. »
« Laissez-moi continuer, monsieur le soi-disant barbouze.
Donc, Yvonne, de Radar, avait bien le blair,
Mais n’était pas pour autant héritière.
Elle soudoya, pour arranger ses affaires,
Un petit clerc de notaire,
Il mélangea portraits et signatures,
Mais cette histoire de camée, fit découvrir la forfaiture. »
« Mais c’est bien sûr !
Comment ai-je pu me faire berner.
Elle s’appelait Edmée ! »
« Oui, c’est moi » entendis-je, tout à fait réveillé.
Ma secrétaire, ton courroucé :
« Je vous présente mademoiselle Radar Edmée,
Votre cousine, vous aussi, vous héritez.
Alors, monsieur l’héritier, sans plus tarder,
N’oubliez pas de me payer,
Avant que ne je vous donne mon congé. »
« Suzie, ce n’est pas vrai !
Vous n’allez pas me quitter ? »
« De moi, vous n’avez plus besoin,
Avec mademoiselle, vous serez en de bonnes mains. »
La demoiselle, sourit, air mutin :
« Je n’ai nulle intention de vous prendre la place,
Encore moins d’envahir votre espace.
Je suis juste venue faire connaissance de mon cousin,
Voir avec qui je vais partager mon butin.
Après, de moi, vous n’entendrez plus parler.»
« Promis ! Juré, craché ! »
« Suzie, restez polie, et…
Je ne puis rien ajouter,
Etouffé, que je suis,
Par les baisers de Suzie,
Sous l’œil amusé,
De ma cousine préférée.
Au fait, elle ne ressemble à aucun des portraits.
« Elémentaire, mon bien-aimé,
Depuis le début, sous votre nez,
La solution du mystère, aviez. »
Me susurre Suzie, la tête sur mon oreiller.
Pour la première fois, je la vois, elle,
Sans voiles ni dentelles.
Je comprends alors, le tour qu’elle m’a joué.
Je découvre, et contemple fasciné,
L’héritière, traits pour traits, de tous les portraits.

 

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Catégories : Jeux d'écriture | 2 Commentaires

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2 réflexions sur “Confusions sentimentales

  1. J’en suis toute éberluée, de cette histoire de camée, aux portraits mélangés, des demoiselles Radar, ou peu, si affinités. Magnifique, me dis-je, encore un conte mirifique ! Les bras m’en tombent d’émoi, à la lecture de ces exploits, finement en douce travaillés, pour le plaisir des initiés. Bravo que je rajoute, ça ne fait aucun doute, ce drôle a de l’allure, sous ces écrits bien murs, bourré de suspense et d’humour, je m’en vais de ce pas le relire sans détour.

  2. chinougl

    Je tombe par accident sur vos pages, sans me faire mal certes, mais vais en repartir très vite tant je me sens petite devant tant d’art épistolaire. Oui, je manie mieux le pinceau que la plume mais reviendrai ….en catimini

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