Amours dans une vitrine (1)

Lu chez carnets paresseux, le texte En vis à vis. Ce texte m’a beaucoup plu. J’ai eu très envie d’écrire sur deux personnages, extraits de la phrase ci-dessous .

« Perchée sur un présentoir, une bergère en porcelaine relace éternellement sa sandale sous le regard ahuri d’un Pierrot Gourmand ébréché. »

Amours dans une vitrine

Voilà notre Pierrot déchu ; échoué dans cette boutique de malheur, transporté, emballé de journaux à l’encre nauséabonde, pour des déménagements incessants ;
D’abord, présentoir à sucettes, sourire béat, tentation permanente. Il se trouvait un air idiot ; mais c’était ça, ou se balancer, gelé sur une balançoire lancé dans le vide.
Puis, déco sans friandises, côtoyant tantôt un Tintin de bois, une cruche poiréiforme, quelques romans poussiéreux, un plumeau, sans nostalgie, l’envoya heurter le sol.
Il fut ramassé, placé sans un regard parmi d’autres rebuts, attendant un prochain vide-grenier…
Son sourire, ou sa notoriété, lui valut d’être troqué contre quelques euros…âprement discutés.
Le voilà, curiosité d’une vitrine fourre-tout, inspecté, enlevé, reposé, soupesé, l’ébréchure dévaluant les espérances d’éventuels acheteurs. Chaque fois, l’espoir renaît, vite éteint.

P1100660
Mais aujourd’hui, il n’a plus envie de partir. Ou alors, il ne partira pas seul. Celle qu’en secret, il a baptisée Sucre d’Orge, posée là, si près de lui, fait battre son cœur, chaque jour, un peu plus. Il en sourit de béatitude, plus que jamais ; se trouve un air idiot ; mais quand on est amoureux, on a toujours l’air un peu idiot, n’est-ce pas ?
Il n’en finit pas de la contempler. Elle ne remarque rien, absorbée, qu’elle est à renouer sa sandale. Comme son pied est fin, elle dévoile une cheville joliment tournée, retenue par des doigts délicats. Il aimerait les baiser, et puis sa jambe, et puis…Pierrot ! Tu vas l’effaroucher avec tes pensées lubriques ! N’oublie pas qu’elle est en porcel…Ce rire cristallin, ce ne peut- qu’elle ! Elle s’est redressée, elle me regarde…je rêve, la voilà qui cligne de l’œil, elle…elle me fait un…un signe de la main. C’est pas possible ; c’est pas pour moi, le signe ! Oh, elle relève son jupon, dégringole de son présentoir ; sa bouche m’embrasse partout, oh ! Sucre d’Orge, même ma blessure…ses mains, ses jolies mains impatientes… que…que fait-elle ? Sucre d’Orge, ma mèche est toute en désordre, son jupon, ma collerette, tout emmêlés…elle est partout, moi aussi, nous roulons, tombons de la vitrine, ne faisons plus qu’un, Sucre d’Orge et Pierrot Gourmand, Pierrot et Sucre d’Orge.

Tout l’monde connait maintenant
L’amoureuse à Pierrot Gourmand
C’est une jolie bergère
Qui ne fait pas la fière.
Sitôt relacé son chausson
Voilà que sans faire de façon
Sur notre présentoir à sucettes,
D’un bond elle saute.
De Pierrot Gourmand, ses friandises,
Notre bergère exquise,
A bouche gourmande se délecta,
Suça, suça, tant et si bien,
Que Pierrot, Sucre d’Orge la nomma.*

Chut ! Ceci n’est qu’un rêve. N’oubliez pas, Sucre d’Orge est en porcelaine !
Pour l’éternité, elle relacera son chausson, pour l’éternité, mon sourire béat la contemplera.

A moins que…

P1100661

*Texte s’inspirant de celui d’une chanson des années20, intitulée « Elle suçait une sucette. »

PIERROT BO06007

http://www.chansonsretros.com/index.php?param1=BO06007.php

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Catégories : E comme écriture, Les mots scénographent | 15 Commentaires

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15 réflexions sur “Amours dans une vitrine (1)

  1. Ca me rappelle « La Bergère et le Ramoneur »…………. avec un petit goût de Gainsbourg/Gall sur la fin 😉

  2. A reblogué ceci sur Gibulenepetitescargot's Bloget a ajouté:
    Merci à Jacou, j’aime bien cette histoire champêtre et sucrée !

  3. Ca y est. On a peut-être trouvé la piste d’un nouveau concours agenda ironique des mois prochains : le cadavre exquis. On prend une phrase de l’un et on continue l’histoire qui passe ainsi au suivant. Elle est pas belle cette idée-là ? Pas nouvelle mais vous l’ornez si bien que c’est un enchantement. Mais le concours, ce ne sera pas à moi de l’organiser. A vous peut-être ? Une autre info, c’est que dans le feuilleton du jeudi sur Arte, The Team, Sucre d’Orge est une prostituée qui a tout l’air de ne pas avoir froid nulle part, un peu comme votre Bergère. Comme c’est chouette de se lever dès potron minet et de dérouler les fils des histoires de mes camarades bloggeurs.

    • L’idée me séduit; j’y ai un peu pensé. Amusant, la coïncidence du prénom. Je ne regarde pas The Team, mais ce qui suit, à savoir Heimat.
      merci de commenter mes articles. 🙂

  4. Coquine et câline, cette histoire de porcelaines…

  5. Pingback: Suite pour Sucre d’Orge- après Amours dans une vitrine | Les mots autographes

  6. Joli ! Pierrot et la bergère étaient des personnages très secondaires dans mon histoire (ils n’étaient même pas prévus au début) ; je suis bien content qu’ils aient trouvé ton blog pour leur faire vivre leur propres aventures 🙂

  7. Un gout d’enfance dans ces sucreries, quoique ! Personnellement cela m’a fait pensé à un conte que j’ai lu il y a très longtemps, mais de qui était-ce bon sang de bonsoir ? Où les jouets s’animaient à la tombée de la nuit, et en effet tombaient amoureux les uns des autres.
    Bref, j’en redemande, l’avantage c’est que ça ne me fait pas mal à mon régime !!-)

  8. Pingback: L’agenda ironique d’octobre 2015 sera octobrien ou pas | Les mots autographes

  9. Le vaillant petit soldat ? Se disputera il avec le Pierrot gourmand pour la belle sucre d’orge ?

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