Je ne suis pas celle que vous croyez.

Ecrit pour le Concours agenda ironique de Juillet : « Prends ta pelle et ton seau… »

organisé par

Une patte dans l’encrier.

Juillet est un mois qui, en France, rime avec Révolution… Oui, j’ai fait beaucoup de recherches, j’ai lu trois thèses, deux mémoires et demi pour en arriver à cette conclusion hâtive et peu argumentée. C’est aussi un mois où on relègue beaucoup de choses au placard, le travail, un sujet cohérent pour un concours ironique, les soucis et qu’on sort de ce même placard des objets qui nous y attendaient patiemment depuis dix mois.
Et si ces objets se révoltaient et prenaient la parole, s’ils s’exprimaient sur leur condition les faisant travailler deux pauvres mois, qui plus est quand tout le monde s’amuse, s’ils devaient raconter leurs souvenirs, année après année, voyant grandir ou évoluer leur propriétaire, s’ils passaient de main en main pour accomplir leur destinée, s’ils parlaient de leur attente, dix mois cloîtrés… Et si, et si… Et si on leur donnait l’opportunité de nous montrer leur endroit du décor !!
Nostalgie ou autre, je vous propose de plonger dans leurs souvenirs sucrés-salés !
Donc, on dit jusqu’au 14 Juillet pour proposer des textes, la lecture sur la plage de tous les textes et le vote jusqu’au 25 Juillet et je serai ravi de proclamer les résultats le 26 Juillet !! Merci Carnets !

Je ne suis pas celle que vous croyez.

Et c’est reparti ! L’autre, revenue, plumeau à la main, chantant la même ritournelle, dix ans qu’elle la chante, astiquant, brossant, tapant les tapis, les coussins. Je ne supporte plus cette chanson ; les jolies colonies de vacances, surtout, ce qui m’énerve c’est le « merci maman, merci papa, on voudrait bien que ça recommence…
Mais moi, j’ai pas envie que ça recommence ! Et pourtant, me voilà briqué, astiqué, récuré, brillant flambant neuf. Tout ça, pour quoi ?
Pour poireauter des heures et des heures, dans le bruit et la fureur, j’ai chaud, y’en a qui me frôlent, aïe mes ailes, d’autres klaxonnent à qui mieux mieux, excusez, vous voulez pas que je grimpe sur celui qui est devant moi. Et les odeurs, à recracher son radiateur ; puis cette fournaise, mes jantes sont brûlantes, mon vernis est près de dégouliner.
Nous voilà arrivés ; petite pinède charmante, les aiguilles ne vont cesser de pleuvoir sur mon dos, les pignes, le choc des pignes chaque fois me fait sursauter ; et par-dessus tout, je colle, tout poisseux de la résine qui me dégouline dessus.
Avec ça, les mêmes voisins, qui me mettent des claques, et des coups de pied, posant toujours ces mêmes questions idiotes, du genre : « Ça consomme beaucoup ? » « Vous l’avez acheté neuf ? » « Combien ça coûte ? » « Il faut un grand garage pour le mettre. »
S’ils savaient ! On me parque des mois entiers dans une pension pour camping-car. Une petite virée, de temps en temps. Alors là, j’ai droit à des routes glissantes ; on m’enchaine, je patine ; une fois, j’ai même cru que j’allais finir dans le décor ; finir rouillé au fond d’un ravin, c’est pas mon rêve ! Et puis il faut que je supporte le poids glacé de ce qu’ils nomment un manteau neigeux. Question chaleur, je préfèrerais une bonne polaire. En plus, je suis tout crotté, je trimballe des kilos de stalactites boueuses, salées. Je suis pas beau à voir ; j’essaie bien de m’en débarrasser, mais c’est que ça tient bien, cette bouillasse.
On me passe au karcher. Alors là, rien que d’y penser, j’en frémis de répulsion. C’est comme si on m’enfonçait des aiguilles dans la peau, et le vacarme de toute cette eau ; ça me martèle de tous les côtés. Il y a quand même le moment où je me régale ; quand on me fait passer entre deux grands rouleaux ; c’est doux, c’est soyeux, ça me caresse partout, j’en ai des frissons, rien que d’en parler.
Pour en revenir à la pinède, c’est un autre genre de vie. On plante devant moi comme un drap, qui part du côté de mon ouverture, supporté par deux piquets. J’ai l’air fin avec cette verrue.
On entre pieds nus, on m’emplit de sable ; ça se faufile partout ; ça gratte.
Des après-midi entiers, je suffoque de chaleur ; aucun courant d’air, mes ouvertures sont bouchées. On m’abandonne, au milieu de mes semblables ; enfin, quelques-uns sont agréables à regarder ; mais y’en a, prétentieux avec leurs bouquets de fleurs artificielles ; d’autres font les dédaigneux, parce qu’ils ont la télé !
Moi, au moins, le soir, je profite de l’animation extérieure : concours de boules, engueulades-rigolades, belotes, trivial poursuit, que quelquefois, quand ç’est des questions de géographie, je connais les réponses, aussi pour la botanique…
A la fin des vacances, ils me remplissent de choses sales, de souvenirs de la mer, pas toujours sympathiques, comme les coquillages qui puent, ou bien des cailloux « magiques » ; j’ai jamais compris à quoi ils servent, juste à rouler en faisant un boucan d’enfer.
Ils sont un peu tristes ; alors moi, je fais ce que je peux pour les aider ; sauf la fois où, je ne sais pas ce qui m’a pris, je ne sais comment, j’avais attrapé une maladie,la panne, je n’arrivais plus à avancer ; j’aurais voulu, que je ne pouvais pas. Ils ont dû appeler le médecin ; j’étais un peu inquiet, lorsqu’il a soulevé ce qui protège mon cerveau. Il s’est penché ; a pris un instrument plein d’aiguilles, qui semblèrent s’affoler à la vue de mon cerveau. Houlà, j’ai pensé, ma dernière heure est arrivée. Au bout d’un moment, qui m’a paru très long, je toussais un peu, mais je bougeais à nouveau. Tout est reparti. J’étais guéri.
Eux, qui paraissaient tout tristes, de me savoir malade, ont été bien soulagés à ma guérison. J’ai bien vu comme ils souriaient.
Hormis cette fois-là, je me débrouille pour leur rendre le retour agréable. Je trouve de charmantes routes ; je les amène dans une jolie auberge. Je les attends dehors ; moi non plus, je n’ai pas très envie de rentrer à la pension. Alors je me fais des souvenirs. Je regarde les prés verts et les arbres fleuris, ou couverts de fruits, j’écoute les oiseaux..,
J’appréhende le décrassage, le bruit de l’aspirateur, le karcher ; mais puisque tout ça finit entre deux grandes brosses douces, caressantes à me donner des frissons…

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Catégories : Agenda Ironique, Jeux d'écriture | 8 Commentaires

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8 réflexions sur “Je ne suis pas celle que vous croyez.

  1. jolies, ces mémoires d’un camping-car !

  2. On voyage avec lui !

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  4. Il est charmant, ce camping-car! Et tu as bien su rendre ses émotions. On en a la larme à l’oeil…

  5. Oh la la ! La toux spasmodique saisonnière du héros était un passage haletant. Une vie de camping car, c’est quand même dingue quand on y pense. Il a du caractère celui-là, même si on sent bien que c’est un grand tendre sous ses airs un chouïa acidulé.
    🙂

  6. La vie d’un camping vu de l’intérieur, aiguille de pins et sable, aie ça gratte en prime ! j’en vois un qui va finir l’été crevé, si « l’autre » le gonfle trop !
    Bises rigolardes !

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