Derrière le rideau

Ecrit pour bricabook Une photo, quelques mots (131è)

DANSEUSESatelier-ecriture

 © Romaric Cazaux

Derrière le rideau

Maman voulait apprendre la danse classique. Elle avait six ans.
Le jour de l’inscription, il y avait foule ; il fallait d’abord se mettre d’accord sur le jour et l’horaire du cours. En fonction des disponibilités de chacun et chacune.
« Ah, non, ce n’est pas possible ce jour-là, ma fille a cours de piano, tel autre jour, je l’emmène au club de tennis, elle fait de la natation, elle est dans une chorale, le mardi soir je dois aller chercher ses frères au foot, le vendredi, non plus, ils ont judo…
Ma grand-mère attendait stoïque, sa fille n’ayant aucune activité particulière, à part jouer dans le grand jardin, partir à la neige, quand les Alpes se couvraient de blanc, balade dans les forêts environnantes, regarder la télé, inviter ou aller chez ses copines, faire de la pâtisserie, dévorer des livres, aller à la bibliothèque, au cinéma,  vélo.
La prof finit par mettre un peu d’ordre dans tout cela, et un jour fut fixé.
Premier cours, ma mère arriva, panoplie complète de la future apprentie danseuse. Chaussons demi-pointe, justaucorps. « Ce n’est pas la marque « Gepetto » ? Celui-ci ne va pas. Il faut acheter un Gepetto. »Les demi-pointe convenaient.
Elle commença le premier cours en pantalon de survêt. Ma grand-mère alla échanger, enfin échanger, plutôt rajouter quelques billets pour un justaucorps adéquat.
Les parents furent invités à assister à un cours; afin de préparer les élèves de première année à danser devant un public.
C’est là que grand-mère comprit, à quel point la danse était un sport rigoureux, combien les gestes et les attitudes gracieuses ne devaient rien au hasard ; discipline du maintien et efforts sans relâche pour ces corps si jeunes. Cela confirma, ce qu’elle avait perçu, un jour de « mal au ventre » invoqué par sa fille ; elle avait tenu bon, l’amenant au cours, pensant que c’était l’aider à apprendre à persévérer.
Ma mère déclara qu’elle voulait arrêter la danse. Grand-mère lui expliqua, personne ne l’ayant obligée, que si elle ne désirait pas continuer, elle ne recommencerait pas l’année suivante, mais devait terminer l’année.
Tous les ans, un gala de danse clôturait la fin des cours.
Les premières années, jugées nulles, par leur prof, ne participèrent pas ; c’était la première fois que cela se produisait. Une seule put danser avec les deuxièmes années…
Maman continu…heu, arrêta la danse classique.

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Catégories : Les mots photographes | 3 Commentaires

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3 réflexions sur “Derrière le rideau

  1. Je crois que je n’aurais jamais pu faire de danse classique !

  2. Pingback: Pile ou face ? (Atelier d'écriture) | Bric à Book

  3. De la difficulté à aller au bout des choses…

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