La Tour de Pise n’a jamais été penchée.

Ecrit pour LES PLUMES 32 – Résultats de la collecte du Silence: Essentiel, réserve, regard, félicité, observer, musique, minute, nuit, agneau, son, muet, méditation, apaiser, angoissant, justesse, jacaranda, jouer.

La Tour de Pise n’a jamais été penchée

Ce texte fait suite à un texte écrit et publié dans Désir d’histoires chez Olivia Billington, intitulé Tragédie.
Résumé : Trois comédiens, sur un tournage ; Julie, pas du tout inspirée par son texte ; Antoine disparaît à chaque pause pour fumer… ; Jean Claude retardé par une tempête. Aucun des trois n’est très concentré ; Julie entraîne Jean Claude dans ses facéties langagières et détournements de texte.

– Silence sur le plateau ! « La Tour de Pise n’a jamais été penchée. » Vingt troisième.
« Regardez-le venir. Il porte sur son dos tous les fardeaux de l’énigme terrienne. Oh, Maître des aériens, ton cœur de vieillard ne s’émeut-il pas à sa vue. Je t’en supplie, détourne de lui le courroux de cette loi injustifiée. Je me donnerai à toi, sans tricher. Je t’en prie, délivre le. Tu hésites ? Ne vois-tu pas combien cet homme interroge nos habitudes. Je sais, il te dérange. Oh Maître… »
« Il a détourné l’attraction vers lui, apporté la désobéissance dans ce royaume, semé des interrogations. Sans incertitude aucune, je déclare : il doit être puni! Que sur le champ s’accomplisse la sentence.»
« Adieu, Maître, mes pas m’entraînent vers lui, mon corps sera à lui. »
« Garde Zélé, empare-toi d’elle. Le Maître des Aériens est La Loi Une. Garde Zélé ? »
« Mon Maître, si son corps est à lui, le mien la suit. Rien n’y puis. »
« La Litanie des Oublis livre aux vautours celui qui se détourne à son tour. »
« Maître, j’en perds mon latin, j’entends ici une mélodie, …je ne contrôle plus rien, de la tour, j’observe un troupeau…
– Coupez ! Antoine ! TON texte ! On reprend. « La Tour de Pise n’a jamais été penchée. » Vingt quatrième. Silence, Julie, ton portable ! « La Tour de Pise n’a jamais été penchée. » Vingt cinquième. Qu’on arrête cette sonnerie !
– Primo, j’ai perdu mon portable. Deuxio, ce n’est pas la même musique. Troisio…
– Tu as pensé à faire une déclaration de perte. Non, parce que là c’est essentiel…
– D’où il sort celui-là ?
– Mon rêve ! Un inca ! M’endormir dans tes bras ! Au son de ta flûte, Atahualpa, Allongés sur le sol, jonché de fleurs de jacaranda.
– Julia ! Que l’on fasse taire cet énergumène et qu’on le renvoie dans sa réserve ! Qui est-ce qui hennit ! C’est malin ! Des…des agneaux, il ne manquait plus qu’eux.
– Des lamas ! Maître, heu, David. Ce sont des lamas, plus précisément des alpagas. Moi avec toi, toi avec moi, mon bel inca, , Grimper le Machu Pichu, Se réveiller tous les deux nus, Enroulés dans une couverture en alpaga.
– Elle est folle. Antoine, où est encore passé Antoine ?
– Il nage en pleine félicité. Je veux dire, il fume. Il est au nirvana.
– Voir le septième ciel, Avec toi mon nirvana, heu, mon bel inca, Etre ta bergère fidèle, Nous connaîtrons une éternelle lune de miel.
– Faites la taire ! Jean Claude, c’est quoi ce regard ? Non ne me dis pas que TOI AUSSI, tu as fumé !
– Maître, j’avoue ;  ce tournage est angoissant au possible. J’y joue ma carrière. Cela m’apaise ; me permet de continuer.
– Ressaisis toi JC, tout va bien. Tout le monde en place. Silence. On t…Qu’est-ce que !?!
Dans un coin du décor, Julie embrasse goulûment son berger, qui a endossé les vêtements d’Antoine.
– Que cet olibrius disparaisse  de ma vue, sur le champ !
– Mais, David…
– Déshabillez-le. Allez me chercher Antoine ; ramenez le moi par la peau des c …s’il le faut !
– Mais David…
– Ferme-là, Julie, pour une fois, fais la muette, la carpe, tu entends. Plus un mot. Motus et bouche cousue.
– Maître, on a cherché, fouillé partout, on a appelé ; nous n’avons pas trouvé Antoine.
– Volatilisé, parti en fumée ! Pfuitt ! Vous allez me le trouver, dussiez-vous y passer le reste de la nuit.
– Monsieur, permettez-moi de me présenter.
– Pas encore parti, celui-là ! Il reste une minute de plus et c’est moi qui le fous dehors.
– Monsieur, je remplace Antoine, il est part…
– Comment, ce rastaquouère a la prétention de remplacer Antoine ! Celle-là, on me l’avait pas encore faite.
– David, tu vas m’écouter. C’est ce que j’essaie de te dire depuis un moment. Antoine est parti avec le troupeau, retrouver les compagnons d’Atahual…Guaritito, comédien dans son pays, venu se ressourcer quelques temps, parmi des bergers de son village natal. Et puis, on s’adore…
– Guaritito?. Va pour Guaritito. Vous connaissez votre texte ? Déjà ! Vous avez écrit le roman, dont on a tiré le scénario ? Silence. On tourne.Tout le monde en place. « La Tour de Pise n’a jamais été penchée. » Vingt sixième !
« Maître, ce vautour me comble d’amour. Voyez donc tout autour. Bientôt va tomber le jour. Ria sera à moi pour toujours. »
« Maître, que vous arrive-t-il ? Vous tremblez ? De froid ? D’effroi ? Pourtant ne souffle point le vent de norois. »
« Adieu ma belle Pocahontas, je me meurs. Ma tour s’effondre.  »
« Garde Zélé, faites quelque chose. Empêchez-la de tomber. Ne voyez-vous pas comme elle penche. »
« Il est trop tard, belle Pocahontas, La Tour de Pise jamais ne pencha, Son destin de s’effondrer sera. La Loi Une à jamais s’effacera. Que vive la Liberta-d ! »
– Excellent. Guaritito, Julie, toi aussi. La justesse du ton, les gestes. On la garde. Et on vous garde aussi, mon cher Guaritito.

 

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Catégories : Jeux d'écriture, les plumes d'Asphodèle | 8 Commentaires

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8 réflexions sur “La Tour de Pise n’a jamais été penchée.

  1. J’ai beaucoup aimé la ménagerie : les agneaux qui sont en fait des lamas qui hennissent 🙂
    Sinon pas sur que j’irais le voir ce film 🙂 il sort quand :-)?

  2. Pingback: LES PLUMES 32 – Les textes en Silence ! | Les lectures d'Asphodèle, les humeurs et l'écriture

  3. Pas sûr que j’irais voir la pièce si l’occasion se présentait mais bravo pour les dialogues, ils sont de haute volée !!! C’est attendrissant malgré la cacophonie de ces acteurs… 😀

  4. La question est: « mais qu’ont-ils tous fumé? »
    Ça se laisse déguster comme un pétard (de quatorze juillet, je te rassure!)

  5. Etre metteur en scène est vraiment un métier très difficile, très usant pour les nerfs. Je le plains ! Je pourrai lui conseiller deux maisons de repos après la fin du tournage.

  6. Pas sûr qu’ils parviennent à terminer le tournage de ce film. Ou alors, il faut qu’ils arrêtent tous de fumer !

  7. Quelle troupe
    quel joyeux bazar
    quelle folie aussi

  8. De mal en pire, ce tournage. 😆 Le réalisateur à encore des cheveux ? 😉 Les dialogues sont absurdes à souhait. 😀
    Bises 😀

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