Azzuro

Ecrit pour LES PLUMES 28 – Résultats de la collecte des mots tombés du CIEL !

Mardi, nuage, mari, enfer, empyrée, céleste, horizon, lit, paradis, tempête, embellie, azur, atmosphère, étoile, tonnerre, mystérieux, septième, coin, vague, festoyer, feuillée, fable.

 

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Azzuro

J’eus une envie, une envie de quoi déjà… ?
C’est là que les choses se compliquèrent.
Ou plutôt, s’embrouillèrent, devrais-je dire.
Bref, de quoi avais-je donc envie, je ne le sais plus.
D’ailleurs, tout cela n’a point d’importance, puisque je vais vous raconter autre chose.
Une histoire bien réelle, celle-là, une histoire qui m’est arrivée à moi, oui à moi.
Non point de ces fables célestes, ou dieu sait quoi, qui ont lieu dans quelque empyrée lointain, que même une lunette astronomique à très forte puissance ne peut déceler.
Cela se passa un jour, au petit matin, plus exactement à l’heure où notre astre diurne et les coqs paressent encore quelques instants. C’était le moment, où le corps hésite entre réveil et somnolence, où le lit, véritable paradis, nous retient encore, avant que ne se lèvent les tempêtes. Petit déjeuner, café trop chaud, douche froide, où sont les clefs de la voiture, brouillard sur la route, refaire le plein d’essence, queue à la station…travail, téléphone, courrier, accueil, politesse, patience, sourires, manger à la va-vite, téléphone, courrier, accueil, sourires, patience, politesse. La route, les phares, les bouchons, les courses, où est mon portefeuille, je suis crevée, j’ai sommeil.
Je me souviens, c’était un mardi, non un jeudi, quelle importance, c’était n’importe quel jour de la semaine, sauf le samedi et le dimanche.
Ce n’était donc ni un samedi ni un dimanche. C’était un jour sans nuage. Ah si, peut-être un peu, enfin rien de bien méchant, ou bien y avait-il eu une embellie, mon mari était sorti sans son imperméable, non, sans son parapluie, je crois que c’était sans son parapluie.
Donc, il était sorti de ma vie, sans parapluie, ni imperméable, de toute façon, cela m’était bien égal, qu’il aille en enfer, si cela lui faisait envie !
Il s’était éloigné, comme cela, petit point à l’horizon, ce jour là le ciel avait pris une couleur bleu azur. Cela ne m’étonna pas, il chantait tout le temps « Azzurro, le ciel est bleu comme l’azzurro en Italie », puis plus rien, enfin je veux dire, il disparut un jour, sans un mot.
Bon, qu’est-ce que je vous racontais. Peut-être est il en Italie. Il ne m’a jamais donné aucune nouvelle. Cela ne m’étonne pas, il était très mystérieux. Je ne lui posais pas de questions ou très peu ; de toute façon, il me répondait d’un air vague.
J’allais oublier, c’est le bruit de l’orage qui m’avait réveillée ce jour-là ; tonnerre, éclairs, c’est pour cela qu’il aurait dû prendre son imperméable ; il avait taillé sa moustache, cela lui allait plutôt bien, il ressemblait à, à qui déjà, ah oui, je me souviens, à Alain Delon, non Enrico Macias, non, ça c’était le fiancé de ma sœur Monique.
Le mariage de ma sœur, il y avait une ambiance, elle était belle Monique, c’était la petite dernière, nous étions sept enfants, elle était la septième. Elle voulait devenir danseuse étoile.
Ou pilote d’essai, ou vétérinaire ou esthéticienne.
On a festoyé pendant trois jours et trois nuits à son mariage. Après ils sont partis au Canada. Ça faisait une drôle d’atmosphère; maman pleurait, Monique pleurait, sa belle mère pleurait. Je me souviens qu’elle s’essuyait les yeux avec un coin du voile de la mariée. Je m’en souviens très bien ; Monique le lui avait reproché ; Enrico, heu François s’en était mêlé. Les relations entre Monique et sa belle mère  commençaient mal. Heureusement, un océan les séparerait bientôt.
Bon, cela nous éloigne de mon histoire à moi, qui m’est réellement arrivée.
Mais elle ne doit pas avoir beaucoup d’importance, puisque vous avez déjà oublié.
Je ne sais plus ce que j’avais envie de vous raconter.
Voilà que je recommence à tout embrouiller.
Pourquoi les choses sont elles compliquées.
J’avais une envie, une envie de quoi, déjà…
« Azzurro, mais à Paris il pleut des cordes, et je m’ennuie
Allora je me fabrique un train de rêve qui va, qui va vers toi »

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Catégories : Jeux d'écriture | 14 Commentaires

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14 réflexions sur “Azzuro

  1. Très bien vue cette façon de passer du coq à l’âne, d’une idée à l’autre, c’est vraiment ce qui se passe parfois dans nos têtes

  2. Très beau texte ; le recit tourne autour de la rupture comme pour l’éviter et la raconte en creux ; et on oublie les mots imposés, qui se fondent dans l’histoire.

  3. Pingback: LES PLUMES 28, les textes tombés du CIEL ! | Les lectures d'Asphodèle, les humeurs et l'écriture

  4. Très beau texte ! J’y ai ressenti toute la souffrance et le désarroi d’une rupture…et puis aussi de la détresse ….

  5. Perdue dans sa mémoire, perdue sans son mari…perdue, perdue, perdue…

  6. Jolie histoire qui n’en finit pas de commencer ou de finir, on flotte entre deux comme dans une bulle…et puis l’Italie, moi, je craque…

  7. Ton texte de pensées embrouillées est un petit bijou. 😀 J’adore ! 😀

  8. J’aime beaucoup la manière d’évoquer la vie, sans avoir l’air d’y toucher, mais en allant, finalement, à l’essentiel!

  9. le monde vu à travers l’oubli …superbe texte

  10. On sent la maîtrise de la plume ma chère Jacou, tu ne nous embrouilles pas mais tu te débrouilles superbement ! Dans ce faux dédale où l’on ne retient que la souffrance d’une rupture… bravo encore une fois ! 😉

  11. Cette façon de raconter sans raconter, de nous faire vivre une période de la vie mais sans trop de détails. Tout est en subtilité. C’est une réussite pour moi.
    Je te souhaite une très bonne semaine.

  12. En lisant le titre j’avais déjà l’air de cette chanson en tête 😉 Ah c’est malin voilà que je te quitte et qu’il est toujours là hihi!!!
    On comprend que cette rupture t’ait troublée au plus haut point 😉
    Avec ton air de ne pas avoir l’air aucun détail de ce départ ne t’a échappé!!!
    Bravo, j’ai aimé te lire!!!
    Bisous Jacou!!!
    Domi.

  13. momo

    nous? déjà oublié? …mais comment oublier la confession d’une telle douleur encore si vive….
    c’est tellement poignant…

  14. Les pensées nous échappent et elles reviennent, parce qu’on aimerait simplement que ce se soit passé autrement peut-être
    C’est bien joli, merci

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