PAGE BLANCHE ou crampe de l’écrivaine

Anny Carrère, animatrice de Talents, partie, en tant que bénévole d’Educateurs sans frontières, en Moldavie, nous avait demandé d’écrire pendant son absence une page pour notre Journal. Ma page restait blanche, je n’étais pas vraiment inspirée. Quelques bribes d’idées traversaient mes pensées. Guidée par ces dernières, j’écrivis ce qui suit.

ecrivainMardi 6 novembre 2006

– Journal, mon cher journal, ne vois-tu rien d’écrit?

– Je ne vois que feuille blanche et plume dans l’encrier. Que t’arrive-t-il? Aurais-tu le cerveau engourdi?

– Veux-tu que je te dise? Dans ma vie, rien ne se passe. Que puis-je-en raconter? Rien à signaler, RAS, nada, nothing, nichts, le vide, le désert…

– Réfléchis, voyons!

-Rien, je te dis, rien de chez rien! Ere- i- eu- ène!

-Je vois. Tu as décidé de me laisser faire.  Ne viens pas, après, déclarer  mes idées  nulles.

– Moi? Tu exagères. J’ai toujours apprécié tes services.

– On dit ça, on dit ça…et les gros yeux, que tu m’as fait, quand j’ai écrit que tu avais plagié Col…

– Oui, ça va, ça va.  Je ne dirai rien, je te le promets. Tu es content. Qu’attends-tu pour commencer? Noooooon! Ne tourne pas la page!

– Hihi, je t’ai fait peur? Si tu savais ce que j’ai vu derrière, hihihi.

– On m’a toujours interdit de tourner la page, tant que celle-ci restait blanche. Rien de fâcheux ne s’est produit? Est-ce possible?

– Va voir toi-même!

– Tu es sûr…il ne va rien m’arriver?

– Voyons, un peu de courage!

D’une main tremblante, je tournais la page .les-10-livres-preferes-de-100-ecrivains,M19463                                                            Mes amis, quel spectacle!

  Rageusement, Victor Hugo visait une corbeille à   papiers, lançant des boulettes de feuilles froissées.

Guirlandes, découpées dans des feuillets couverts de son écriture, Colette décorait un arbre de noël.

On devinait l’esquisse d’une histoire de mare, sur les cocottes en papier fabriquées par George Sand.

  Alexandre Dumas mâchait des morceaux de papier, de l’encre violette dégoulinait sur sa chemise.

   Bouts de papier pas plus grands que des confettis, Balzac tentait de reconstituer un puzzle.

A ma vue, tous  stoppèrent leur activité.

Tous, sauf un, qui écrivait, écrivait, sa plume grattait le papier.

Je me penchais sur sa feuille, et je lus :

Je m’appliquerai à bien écrire

Tu t’appliqueras à bien écrire

Il s’appliquera à…

Nous nous appliquerons…

Vous vous…

D’autres pages pleines de signes écrits.

Je lus: Tu t’appliques à bien écrire, ou bien Nous nous appliquions, ou encore Elles se furent appliquées à.

         Mais pourquoi écrivez-vous donc cela, monsieur ?

         Ils m’ont puni.

–        Comment? Puni!

         Ils disent que j’écris mal. Qu’ils n’arrivent pas à me relire. Qu’ils ne veulent pas perdre leur temps à déchiffrer mes pattes de mouche. Ils ont décidé de cette punition.. Je dois conjuguer à tous les modes et à tous les temps de la conjugaison française ce que vous venez de voir.

         Quoi ? Mais c’est scandaleux ! Ce ne sont pas eux qui écrivent ! Mais mon pauvre monsieur, révoltez-vous ! Dénoncez cette situation !

         Hélas, c’est impossible ! Si j’agissais comme vous dites, je mettrais ma vie en danger.

         En danger ! En plus de tricher, ils se permettent de vous menacer. Je vais aller leur dire deux mots à ces gens-là.

         Je vous en supplie, n’en faites rien.

Comme vous voudrez. Dites-moi tout de même ce que vous risquez.  Il y a bien moyen de vous aider.

–    S i je les dénonce, ma vie sera pire que celle d’ aujourd’hui. C’est ma femme…

         Votre femme ?

         Je me suis enfui ; ma femme, lorsqu’elle était en colère après moi, et cela lui arrivait souvent, me faisait faire et refaire des heures durant la dictée de… vous voyez. Un jour, elle s’est endormie, recommençant à me dicter les mêmes mots, les mêmes phrases pour la énième fois. Je n’ai pas hésité, m’enfuyant.

         Et vous êtes tombé sur eux. Ce qui ne vaut pas mieux.

         Détrompez-vous. J’adore écrire, inventer, imaginer. Je suis mon maître. J’écris ce que je veux, ce qui me plaît, quand je veux, où je veux, sur des sujets que je choisis. D’ailleurs quand vous m’aurez quitté, je vais raconter votre histoire.

         Mon histoire ? Et que savez-vous de moi monsieur ? Je ne vous ai rien dit.

         Oh, ne vous en faites pas pour cela. Pour tous ceux qui tournent la page et viennent me voir, je devine toujours. Pour vous, j’ai déjà trouvé le titre, LA CRAMPE DE L’ECRIVAINE.  Au-revoir madame.

ecrivain5

Furieuse, je tournais la page dans l’autre sens ;  quelle  surprise! La page blanche s’était noircie. L’écriture? Celle d’un chat.

Et oui, ma vieille, reconnais-le, tu écris comme un chat.

chat1                                                                              MIAOU!

Catégories : E comme écriture | 8 Commentaires

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8 réflexions sur “PAGE BLANCHE ou crampe de l’écrivaine

  1. Pingback: A propos de page blanche | Les mots autographes

  2. Il y en a qui ont une écriture en pattes de mouches (remarque ça vaut mieux que d’avoir des « cuisses » de mouche, quand même)… mais je t’assure que ton texte n’est pas de la bouillie pour les chats !

  3. Eh bien voilà ! il suffisait de convoquer la souris qui commande les doigts qui délient le bras qui mécanise le cervelet qui fait taire le cerveau (droit ou gauche, je ne sais plus)… Et vlà le texte qui apparait et c’est bien agréable ! vive la mécanique !

  4. hihi, je me reconnais bien en tes mots, j’écris comme un chat aussi, j’ai beau m’appliquer en début de page, les idées vont plus vite que la plume et je saute des mots, les lettres se concatènent (si, si ça existe), si un jour mes survivants entreprenaient d’essayer de me relire, je leur souhaite bien du plaisir !) (mais dis-moi qui as-tu plagié ?) :D:D

    • Concatèner sera le mot du jour,
      Jour ou il me fut révélé,
      Révélé par Monesille,
      Monesille, pour le plagiat, chut!
      Chute et décandence pour moi
      Moi et toi gardons en le secret. 😀

      • si ça peut t’amuser, un jour j’ai écrit une chanson, chouette chanson qui me plaisait beaucoup ! jusqu’au moment ou un certain temps après, (assez long le temps !) je me suis aperçue que c’était exactement l’air d’Amterdam ! Quand on est sous une influence il est difficile de s’en défaire, on ne peut pas forcément parler de plagiat !-)

  5. cela m’arrive lorsque je vois une photo proposée dans un atelier d’écriture et je m’inspire de la chanson ou du refrain évoqué. J’écris accompagnée du sens des mots et de la mélodie. Et ne me sens pas du tout plagiaire. 🙂

  6. l’inspiration n’st pas tjs au rendez-vous et ce que tu met là est très bien

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